André Tourigny et Éric Landry ne s'attendent à aucun cadeau.

Olympiques — 67's: le duel vu par les entraîneurs

Le Canada est un pays nordique. Vendredi, dans la capitale nationale, il neigeait à plein ciel. Il faisait froid. Le décor parfait pour souligner le 100e anniversaire du premier match disputé dans la LNH avec un match extérieur à la Place TD. Le Canadien de Montréal et les Sénateurs d’Ottawa feront les frais de cette célébration hivernale samedi, mais dimanche, les deux équipes de hockey junior de la région vont s’affronter. Le Droit a rencontré les entraîneurs-chefs des 67’s d’Ottawa et des Olympiques de Gatineau en après-midi. Compte rendu d’une discussion amicale... à deux jours des hostilités.

Le Droit (LD) : La majorité des hockeyeurs canadiens ont commencé à jouer sur des patinoires extérieures. Pouvez-vous sentir la fébrilité de vos joueurs qui retourneront aux sources en disputant un match en plein air dans un encadrement de la LNH ?

André Tourigny (AT) : De notre côté, avant-hier (jeudi), pas beaucoup parce qu’on pensait au moment présent et notre match à Peterborough. Après le match, ç’a commencé à parler de ça.

Éric Landry (ÉL) : Dans notre voyage dans les Maritimes, je n’en ai pas entendu parler du tout, mais après le dernier match, dans l’autobus, j’ai entendu les gars dire : « Yé, il reste une semaine ! »Nous avons un match contre Chicoutimi ce soir (vendredi), mais ce matin, les gars ont commencé à parler de la température !


LD : On annonce un maximum de -15 °C dimanche, est-ce que ça effraie les joueurs ?

AT : Inquiéter, c’est peut-être un grand mot.

ÉL : Nous pensons surtout aux façons de contrer les éléments. Allons-nous porter des cagoules ? Comment allons-nous nous organiser s’il fait soleil ? Nous sommes là-dedans.


LD : André, tu es un ancien gardien. Par temps froid, n’est-ce pas la position la plus difficile à jouer ?

AT : Nous en avons parlé ce matin en regardant la pratique des Sénateurs. Les gardiens auront les mitaines froides et ça sera le plus grand défi. Ça va pincer. Les joueurs ? Ils vont être OK, malgré que ceux qui vont bloquer des tirs vont se faire pincer aussi !

ÉL : Moi, je n’ai pas été gardien, mais jouer dans le froid, je connais beaucoup ça ! Quand j’évoluais à Ambri-Piotta en Suisse, c’était dans un aréna extérieur. Il n’y a pas de murs aux extrémités ! Les partisans viennent aux matches avec leurs habits d’hiver. Ton deuxième hockey est dans la chambre, au chaud, parce que si tu casses ton bâton, l’autre sera gelé comme une barre. Ici, il y aura des chaufferettes sur les bancs. Il va faire plus chaud qu’à Ambri, c’est sûr. Il y aura aussi des vitres derrière le banc qui vont couper le vent.


LD : Coacher un match extérieur, est-ce que ça change la dynamique d’un match à l’intérieur ?

AT : Non. Si c’était 10 matches de suite, peut-être. Il y aura beaucoup de distractions. Tous les parents des joueurs seront là. Toutes leurs voitures seront pleines parce qu’après, ils vont rentrer chacun à la maison pour la pause des Fêtes. Si les coachs réussissent à gérer ça, ils mériteront tous les deux une augmentation de salaire !

ÉL : Ce n’est qu’un match. Il faut d’abord gérer l’événement. J’ai joué un match extérieur à Berne et je ne me souviens plus de rien sauf l’événement. Je ne me souviens plus du pointage final, mais je retiens toute l’excitation qui entourait ce match.

LD : La dernière fois que les deux clubs se sont affrontés pour un match qui comptait au classement, ça s’était pratiquement terminé dans un bain de sang. Faut-il s’attendre à des débordements 15 ans plus tard ? Le hockey a beaucoup évolué.

AT : On sent la rivalité, mais aussi de la curiosité. Les gars ont beaucoup de questions sur les Olympiques, leurs joueurs et leur façon de jouer, mais je serais surpris qu’il y ait des débordements.

ÉL : Nous sommes contents d’avoir Giordano Finoro qui a joué en Ontario avec nous. Les gars vont se tourner vers lui pour avoir de l’information. Comme les joueurs ne se connaissent pas trop, ils ne savent pas à quoi s’attendre. Un seul incident peut faire prendre une drôle de tournure à un match. Ça peut changer vite. Ça ne prend pas grand-chose pour que les gars s’allument entre eux ! L’événement est grandiose aussi. Comment les jeunes vont-ils réagir là-dedans ?


LD : André, tu as déjà quelques matches interligues sous la cravate du temps où tu étais avec les Huskies de Rouyn-Noranda. Des souvenirs ?

AT : Connor McDavid (Érié) a disputé son premier match junior en carrière contre les Huskies. C’était un match hors-concours. 


LD : Vous vous affrontez pour la première fois dans des rôles d’entraîneur-chef, mais vous vous connaissez plutôt bien à l’extérieur de la glace.

AT : Éric coachait avec Ben (Groulx) et j’ai passé pas mal de temps dans leur bureau à échanger des niaiseries à Gatineau ! (rires)

ÉL : André est un des premiers coachs que j’ai connu à cause de ça, mais on se voyait aussi dans le hockey d’été avec la structure intégrée U13. Je coachais le fils à Ben et André avait son équipe aussi. Aujourd’hui, je côtoie encore André dans les arénas de la région parce que mon fils (Manix) de 15 ans joue en Ontario cette année et André fait du recrutement.


LD : Le match est une question de fierté pour les deux organisations. Allez-vous procéder à un pari amical ?

AT : Non ! Je vais dire une chose. Je ne m’attends pas à ce qu’Éric Landry me fasse un cadeau. Je ne suis pas inquiet là-dessus et je vais essayer de ne pas trop lui en faire non plus.

ÉL : Pas inquiet moi non plus ! Le match est tellement important pour les jeunes. Ils vont en conserver des souvenirs toutes leurs vies. Même les entraîneurs, pas sûr que nous allons revivre cette expérience.


LD : Ce match-là, André, tu aurais pu la coacher contre ton vieux chum devenu ton adjoint chez les 67’s. Mario Duhamel dirigeait les Olympiques avant d’être remplacé par Éric en janvier dernier. Y aura-t-il une valeur ajoutée pour vous ?

AT : Pour Mario, j’imagine que oui ! Nous n’en avons pas parlé, mais ce n’est pas le genre de discussion que tu as besoin d’avoir. Il y a beaucoup de joueurs différents chez les Olympiques par contre. C’est la seule chose dont nous avons parlé jusqu’à présent.


LD : Les deux équipes connaissent des saisons surprenantes dans leurs ligues respectives. Les Olympiques ont 10 matches de suite avec au moins un point au classement et les 67’s ont connu une baisse de régime récemment  mais avec une défensive qui n’a pas de général de 19 ou 20 ans, ils étaient près du premier rang de leur conférence il y a trois semaines. Comment avez-vous fait ?

ÉL : Nous allions très bien sans Vitalii Abramov en début de saison. C’est un joueur qui prend beaucoup de place dans une chambre et sur la glace. Il était beaucoup aimé de ses coéquipiers. Sa façon de jouer fait en sorte que les autres joueurs se sentent moins utiles dans une équipe. Quand il était avec nous, ils étaient confortables à lui laisser prendre cette place. Quand il est parti, ils ont mis du temps à revenir où ils étaient en début de saison, mais ils ont compris l’importance de prendre la place qui leur revenait.

AT : L’expérience que j’ai eue dans la LNH m’a amené à accepter de diriger les joueurs que j’avais sous la main. Parler de ce que nous n’avons pas, ça ne fait pas avancer. Aussi, nous aimons nos joueurs. Ils sont talentueux. Ils sont jeunes. Ils ont besoin d’apprendre, mais ils sont bons. Un jour, ils vont nous faire gagner.


LD : Merci messieurs. Que le meilleur gagne !