Le Dr Laurent Duvernay-Tardif s’ennuie du sport.
Le Dr Laurent Duvernay-Tardif s’ennuie du sport.

Laurent Duvernay-Tardif de passage à l’Ud’O

Sylvain St-Laurent
Sylvain St-Laurent
Le Droit
Le Dr Laurent Duvernay-Tardif était de passage dans la capitale fédérale, lundi matin. Il a participé à la série de conférences Alex-Trebek, sur le campus de l’Université d’Ottawa.

Pendant une heure, les gens qui se sont branchés – gratuitement – sur Internet ont pu apprendre que l’athlète québécois ne regrette pas du tout sa décision de faire l’impasse sur la saison 2020 de la NFL.

Il s’ennuie du sport. Il ressent «comme une brûlure au fer rouge» chaque fois qu’il voit son équipe à l’oeuvre.

Il était devant son écran, dimanche, quand les Chiefs de Kansas City ont vaincu les Broncos de Denver 22-16.

Lundi, dans une conversation avec la vice-doyenne aux Affaires francophones de la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa, la Dre Manon Denis-LeBlanc, il a parlé de ses deux grandes passions.

On vous offre, ce matin, quelques extraits de la conversation.

Entre empathie et sympathie

Le réputé magazine Sports Illustrated a décidé d’inclure le médecin québécois parmi ses cinq personnalités sportives de l’année 2020.

Le garde continue de s’impliquer dans un CHSLD québécois. Il a beaucoup de sympathie, beaucoup d’empathie pour ses patients.

«Dans le contexte qu’on vit, les patients des CHSLD n’ont que nous, explique-t-il. Quand j’arrive, le matin, je me sens privilégié. J’ai le droit de prendre ma voiture pour me rendre quelque part, pour faire quelque chose qui fera du bien aux gens. Les patients, ils étaient là hier. Ils étaient là avant-hier. Ils ont encore confinés dans leurs chambres. C’est important de prendre le temps.»

«Ça va peut-être me rattraper plus tard. Je ne sais pas à quoi va ressembler ma pratique dans 20 ans. En ce moment, j’ai le temps de mettre un genou au sol. Je fais confiance à mon équipement et aux mesures sanitaires. Je prends le temps de m’approcher et de parler. Je sais que ces gens ne retourneront jamais à la maison. Ce qui leur reste, c’est le confort et la dignité.»

Laurent Duvernay-Tardif a parlé de ses deux grandes passions avec la vice-doyenne aux Affaires francophones de la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa, la Dre Manon Denis-LeBlanc.

Une transition trop difficile

Il n’a jamais été facile de faire la transition entre le football et la médecine.

«Quand je suis à Kansas City, c’est moi, le centre d’attention. J’ai toute une équipe de médecins autour de moi pour optimiser mes performances. Quand la saison se termine, je rentre à Montréal. Je fais partie d’une autre équipe, mais je me retrouve pas mal au bas de la chaîne alimentaire de la hiérarchie médicale. Ce changement de mentalité a toujours été difficile.»

Ce fut encore plus dur cette année, dans le contexte de la pandémie, a-t-il révélé.

«Un soir, j’étais branché sur une plate-forme virtuelle, avec mes coéquipiers, en train d’étudier le nouveau cahier de jeux. Le lendemain, j’essayais d’extraire de force des patients de leurs chambres, qu’ils occupaient depuis des années, pour les emmener dans une zone rouge pour les patients qui souffrent de la COVID-19. J’ai vraiment senti, à ce moment-là, que mes passions commençaient à diverger, un peu.»

Ces événements ont provoqué, chez lui, une réflexion qui lui a permis de prendre la «grosse» décision.

Question d’équilibre

Plus jeune, Duvernay-Tardif cherchait à compartimenter. Quand il était aux États-Unis, il était un joueur de football. Au Québec, il était un étudiant en médecine.

Le printemps dernier, au plus fort de la crise, il s’est rendu compte que c’était impossible. Il s’est aperçu que sa présence, dans les tranchées, pouvait avoir un effet positif sur ses collègues.

«Il ne faut pas balayer du revers de la main les gens qui nous regardent. Je me suis rendu compte, en travaillant dans les CHSLD, que je ne faisais pas qu’administrer des soins. Au début, je ne réalisais pas que ma présence pouvait avoir un impact positif.»

En tant que jeune professionnel de la santé, LDT s’interroge. Sa notoriété pourrait-elle finir par lui nuire?

Cette réflexion ne serait pas étrangère à sa décision d’entreprendre une maîtrise en santé publique, à l’université Harvard.

Il apprécie d’ailleurs énormément son retour sur les bancs d’école, même si tout se fait à distance.

Un retour au jeu en 2021?

Duvernay-Tardif garde le cap. Le temps n’est pas venu, pour lui, d’accrocher ses crampons. Si la pandémie est maîtrisée, il voudra jouer au football en 2021.

«Je continue mon régime d’entraînement et mon régime alimentaire, dans le but de garder mon poids pour l’an prochain. Je n’ai pas tourné la page. Loin de là! C’était juste une pause nécessaire. Dans trois ans, dans quatre ans, dans 10 ans, je regarderai derrière moi et je pourrai me dire que j’ai pris la bonne décision en 2020.»

«Les choses vont s’améliorer. Ça va prendre du temps, mais éventuellement, ça va aller mieux. Le temps est peut-être bien choisi pour s’adapter. On peut se faire un plan pour sortir, plus fort. Il est important de ne pas rester au neutre. Il faut se questionner. Il faut se trouver des projets. Il faut se trouver des passions. Comme ça, quand la vie reprendra son cours normal, on pourra avoir une longueur d’avance pour accomplir de grandes choses.»

«Parfois, prendre une pause, dans une carrière, ça peut te faire grandir. Ça peut te faire réfléchir. Ça peut faire de toi une plus grande personne.»

Il sourit en disant tout ça. «Je suis conscient qu’en disant tout ça, j’essaie d’abord de me convaincre, moi-même...»

Message aux conspirationnistes

LDT pourrait parler de football et de médecine pendant des heures.

On l’a un peu déstabilisé, par contre, quand on lui a demandé ce qu’il pense des adeptes des théories du complot.

En fait, on lui a surtout demandé comment on devrait s’y prendre pour convaincre ces gens des réels dangers de la pandémie.

«J’ai essayé. J’ai essayé par tous les moyens possibles!»

«Je ne sais pas! Les mouvements complotistes, les gens qui doutent, on dirait que ça se multiplie. J’ai envie de leur dire qu’on devrait s’attarder aux chiffres. On donne des montants sans précédent à tous les Canadiens qui sont dans le besoin. Toutes les agences mondiales se mobilisent pour essayer de vaincre ce virus. Comment peut-on imaginer que c’est une mise en scène? C’est impossible! En ce moment, on vit une pandémie sans précédent. Chaque geste compte. On a un problème parce que des gens, à la base, sont très égocentriques. On cherche la solution rapide. On veut le vaccin. On veut le médicament qui a été administré à Donald Trump. Parfois, ça ne fonctionne pas comme ça.»