La Franco-Ontarienne Nancy Locke fait partie des combattantes les plus populaires au sein de la World Armwrestling League.
La Franco-Ontarienne Nancy Locke fait partie des combattantes les plus populaires au sein de la World Armwrestling League.

Nancy Locke, la reine du tir au poignet

Deux de ses combats ont été diffusés l’an dernier sur Fox Sports One (FS1), une chaîne sportive spécialisée aux États-Unis. Cette athlète franco-ontarienne rêvait même de gagner un quatrième titre mondial en 2020 avant que la COVID-19 s’invite dans le quotidien de l’humanité.

Faites la connaissance de Nancy Locke, qui a grandi près de Navan avant de brasser des affaires en Outaouais en tant que barbière puis massothérapeute.

Non, la femme de cinq pieds cinq pouces et 123 livres ne fait pas carrière dans une arène de boxe ou une cage de l’UFC. Encore moins sur un tatami à la lutte ou le judo.

Sa spécialité ? Le tir au poignet.

«Juste de la main droite, précise-t-elle. Avec ma main gauche, même des enfants peuvent me battre !»

Redoutable et surtout très émotive, Locke fait partie des combattantes les plus populaires au sein de la World Armwrestling League (WAL), un circuit diffusé sur FS1. «On peut voir assez facilement sur ma face comment je me sens, lance-t-elle en riant.

«J’aime crier durant mes combats. Les promoteurs m’ont dit d’être moi-même à la télé. Je parais bien aussi !»

Nancy Locke n’avait que 14 ans lorsqu'elle a commencé à pratiquer le tir au poignet.

Son contrat prévoyait un gala le 11 août à Chicago. Mais l’événement vient d’être annulé en raison de la pandémie.

«Tu as des gens dans plus de 160 pays qui regardent la WAL. Ça paie bien aussi. Quand tu reçois un appel pour un match, tu dis oui. Ils ne prennent que les meilleurs au monde.»

Locke fait partie de l’élite, même si elle fêtera ses 51 ans en novembre prochain. Même si elle a renoué avec la compétition l’an passé après une absence d’un quart de siècle.

Cette dernière avait opté pour la retraite en 1993. Elle était alors au sommet de son art avec ses trois titres mondiaux et six couronnes canadiennes.

«Je toussais fort et je me suis cassée à un moment deux côtes à droite. J’ai eu une pneumonie et je suis restée couchée pendant trois mois. Ça m’a pris beaucoup de temps pour guérir.»


« Je me suis rendu compte que j’étais plus forte que l’an passé, même si je vieillis. »
Nancy Locke

Nancy Locke s’est fait des copains au fil des ans. Elle a commencé à pratiquer d’autres sports.

«Voile, rollerblade et kayak... Faire des activités à l’extérieur. Faire ce que les autres voulaient et pas nécessairement ce que moi je voulais.»

Puis il y a eu un divorce. «J’ai décidé de recommencer ensuite à faire ce dont je m’ennuyais», dit-elle du tir au poignet.

Locke a aussi repris contact, il y a deux ans, avec un ami en Californie qui est devenu maintenant son amoureux. Elle a même tout vendu afin de le rejoindre.

«C’est aussi un professionnel de tir au poignet, souligne-t-elle au sujet du poids lourd Eric Woelfel qui fait 6’4’’ et 280 livres. Il a sa compagnie de panneaux solaires dans le domaine résidentiel et commercial. Je l’aide avec le marketing.»

Surtout le couple s’entraîne quotidiennement. Il reçoit des combattants de temps en temps dans son gymnase personnel.

Une des meilleures femmes chez les poids moyens, la Russe Aleksandra Ozerova, a rendu visite à Locke plus tôt en juillet.

«Elle habite à New York. Elle fait partie du top-3. Je l’ai descendue toute la journée. J’étais tellement surprise et aussi soulagée. Je me suis rendu compte que j’étais plus forte que l’an passé, même si je vieillis.

«Je suis à la lettre le programme que mon entraîneur de conditionnement physique m’a donné. Je mange bien et je dors bien. Je ne veux pas du stuff que certaines filles prennent, ces pilules...»

Nancy Locke a hâte à 2021. Parce qu’elle y a les championnats du monde qui auront lieu à Orlando.

Ajoutez à cela la possibilité de participer à la téléréalité, «Game of Arms», qui suit le quotidien de certaines étoiles du tir au poignet aux États-Unis. La première saison avait été diffusée en 2014 sur la chaîne AMC, puis reprise sur diverses plateformes, dont Netflix et Amazon Prime.

Bref, une année mouvementée attendra la championne du tir au poignet, si la COVID-19 a été clouée au tapis.

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Nancy Locke

DES DÉBUTS DANS UN CARNAVAL DE L'EST ONTARIEN

Nancy Locke se souvient encore très bien de ses débuts au tir au poignet. Elle n’avait que 14 ans à l’époque.

«Mon père m’avait amené à une compétition au Carnaval de Bearbrook. J’avais affronté des femmes qui étaient fermières. Des femmes fortes, relate-t-elle.

«Je me rappelle d’être arrivée à la table et demander à l’arbitre où je mets mon bras ! J’avais terminé en première place. L’arbitre m’avait demandé mon nom par la suite et m’avait invité à m’entraîner avec les autres tous les mardis soirs.»

Locke avait dû décliner.

«J’étais un peu jeune. Mais à partir de 16 ans, mes parents m’ont laissé sortir un peu. Puis à l’âge de 17 ans en route vers Saint-Catherines pour visiter mes grands-parents, mon père avait décidé d’arrêter à Hamilton où se déroulaient les championnats canadiens. Il me l’avait dit à la dernière minute.»

La jeune Locke avait surpris en gagnant un premier titre national. Une conquête qui avait retenu l’attention au sud de la frontière.

«Ça avait passé à l’émission Wide World of Sports à l’époque», dit-elle de l’ancien rendez-vous hebdomadaire des années 1980 à l’antenne d’ABC.

Quatre mois plus tard, Locke remportait l’or aux championnats du monde. En 1991, elle a gagné une compétition internationale majeure à Paris, obtenant un chèque de 2500 $ et un... diamant.

«Je l’ai encore», souligne la droitière, qui a été élevée en campagne dans l’Est ontarien.

«Notre entrée était pas mal longue.... On pelletait pas mal de neige l’hiver. On travaillait fort.»

Son seul frère, James Locke, a cinq enfants. «Ils sont bons aussi au tir au poignet, explique la tante.

«Mon frère, lui, me bat facilement, mais il n’a jamais fait de compétition. Il fait 160 livres. Il n’a pas des airs musclés. Mais il n’a pas de gras. Il ne boit pas. Il est fort naturellement.»

Ça, et il possède une excellente technique comme sa sœur. «Tu peux faire 200 livres et tu ne gagneras pas. Si tu ne t’entraînes pas de la bonne façon, tu vas te blesser facilement aussi», explique Nancy Locke.