Laurence Vincent Lapointe et son avocat, Adam Klevinas, lors du point de presse à Trois-Rivières.

«Mon rêve olympique, je ne veux pas l'abandonner», réagit Laurence Vincent Lapointe

MONTRÉAL — Ébranlée et émue, la championne du monde de canoë Laurence Vincent Lapointe a pris la parole devant les médias pour la première fois, mardi matin à Montréal, à la suite de l'annonce concernant l'échec de son test antidopage. La substance trouvée dans son urine est le ligandrol, un agent anabolisant. Aux côtés de son avocat Adam Klevinas, elle entame une bataille au front pour, dit-elle, prouver son innocence.

«Toute ma vie, j'ai travaillé chaque jour pour être la meilleure. J'ai mis mes études en pause depuis l'automne afin de me concentrer sur mon objectif, les Olympiques. Pourquoi aurais-je tout risqué à un an des Jeux? Ça fait presque dix ans que je gagne grâce à ma force et mon endurance, pas à cause de substances illicites», a martelé la Trifluvienne de 27 ans, devant plusieurs journalistes.

Plus tard en journée, elle était à Trois-Rivières afin de répondre aux questions des médias de la région.

«Mon monde s'est écroulé, c'est un cauchemar. J'ai toujours considéré les tricheurs dans le sport comme des gens malhonnêtes.»


Au courant depuis une semaine

L'univers de Vincent Lapointe s'est effondré le 13 août, alors qu'elle se trouvait en Allemagne avec l'équipe nationale, en préparation pour les Championnats du monde de canoë-kayak, où elle devait défendre ses titres et, surtout, obtenir sa qualification pour les Jeux de Tokyo.

«L'échantillon A pris le 29 juillet a été testé positif au ligandrol, une substance interdite selon l'Agence mondiale antidopage», précise son avocat.

«Dès que nous avons appris la nouvelle le 13 août, nous avons demandé l'ouverture de l'échantillon B, ce qui a été fait le 15 août au laboratoire de l'Agence, à Laval. Nous avons eu la confirmation que le test était positif le lendemain.»

La Fédération internationale de canoë a immédiatement suspendu la canoéiste. Elle est arrivée à Montréal tard lundi. Elle avait les traits tirés, mardi, lors de son premier point de presse en matinée.


Suspension provisoire

À la suite du test antidopage, une suspension provisoire est obligatoire, avant l'audience finale qui devrait avoir lieu, selon Adam Klevinas, vers le milieu de l'automne.

Est-ce que cet échéancier serré compromet les chances de voir l'athlète à Tokyo en juillet prochain? Il est encore tôt pour s'avancer, répond Me Klevinas.

«Un cas comme celui-ci peut aller de la simple réprimande jusqu'à deux ans de suspension. C'est à nous de creuser l'origine de l'affaire. Moi, je suis persuadé que Laurence n'a rien à se reprocher, son degré de faute est très bas.»


Contamination?

Le ligandrol est une drogue interdite au Canada, mais qui reste néanmoins facile à dénicher sur le marché noir.

En entrevue à Radio-Canada, la directrice du laboratoire de contrôle du dopage de l'Institut national de recherche scientifique, Christiane Ayotte, mentionnait que le marché noir en fait la promotion en comparant ses effets à la testostérone, effets secondaires en moins.

Mardi, Adam Klevinas a expliqué que l'avenue de la contamination est explorée.

«Ce n'est pas une dope que l'on trouve dans la nourriture et la médication ici, donc on pense que le cas de Laurence est compatible avec une contamination.»

Il rappelait avec justesse que d'autres histoires d'athlètes ayant échoué des tests ont fait la manchette ailleurs dans le monde avec cette drogue, dont celle de la nageuse australienne Shayna Jack. La jeune femme de 20 ans, à l'instar de Vincent Lapointe, représente un espoir de médaille pour les Jeux de Tokyo en 2020.

«On étudie la possibilité de la contamination, mais aussi de la contamination croisée, par exemple par le biais d’ustensiles. Il faut trouver une explication, c'est l'étape où nous en sommes.»

«Paranoïaque»

En mêlée de presse, Laurence Vincent Lapointe a juré que les suppléments, c'était désormais chose du passé. Elle a dit qu'elle a toujours consommé trois sortes de suppléments et sous la supervision d'une nutritionniste, dans un centre national d'entraînement. Elle a admis en avoir pris durant son camp d'entraînement, à Montréal.

«J'ai toujours été paranoïaque là-dessus. Je ne laisse jamais ma gourde d'eau traîner dans un lieu public. Si je l'oublie pendant quelques minutes sur le comptoir, je la jette ou je la vide. J'ai toujours fait attention en compétition, dans ma vie de tous les jours.»

De voir sa réputation désormais entachée l'affecte et remet en question sa routine. «Je suis rendue au stade où je n'ose plus prendre de tylenols. Les suppléments, c'est fini. Même les vitamines. Ça ne m'intéresse plus.»

Son avocat a confirmé que les suppléments utilisés par Vincent Lapointe seront testés. Le centre national achète les suppléments de compagnies qui, de leur côté, suivent les recommandations du centre antidopage.

«Je ne prépare aucun supplément moi-même», a ajouté la canoéiste.

«Nous sommes en communication avec le centre national, les compagnies de suppléments et le laboratoire. L'important, c'est que Laurence soit présente aux Jeux», poursuit Me Klevinas.


Sabotage

C'est une possibilité qui existe, mais Laurence Vincent Lapointe croit plus ou moins au sabotage. Elle dit avoir reçu bon nombre de messages d'encouragement depuis l'annonce de l'échec de son test.

«Autant des partenaires d'entraînement que des adversaires de canoë féminin. Je fais confiance en ces gens. Nous sommes plusieurs filles à avoir travaillé fort pour amener la discipline aux Jeux olympiques.»

Reste que cette option ne doit pas être éliminée. Vincent Lapointe domine son sport depuis 2010: elle a remporté 13 titres aux Championnats mondiaux et demeure l'athlète à battre, jusqu'à preuve du contraire.

Elle vise deux médailles d'or à Tokyo: en canoë individuel sur la distance du 200 m, ainsi qu'en équipe, avec sa partenaire Katie Vincent, en C2 500 m.

«Katie a été l'une des premières à le savoir. Elle est seule en ce moment en Hongrie, je trouve ça triste pour elle, mais de savoir qu'elle me supporte, c'est important pour moi. Elle m'a répondu qu'elle m'attendrait pour l'an prochain. J'ai versé une larme.»

Un long processus se met donc en branle pour Laurence Vincent Lapointe, alors que ses énergies devraient se focaliser sur sa préparation et sa qualification olympique.

Une bataille d'opinion publique aussi, comme elle le souligne. «J'ai peur que les gens ne me croient pas. Sauf que je vais me battre jusqu'au bout, entre autres pour m'assurer que ça n'arrive pas à d'autres athlètes. D'ici là par contre, j'ai besoin de repos. Mentalement et physiquement.»