Michael Woods a relaté sa rencontre en 2000 avec un certain Yves Sikubwabo, un mordu d’athlétisme qui allait devenir un de ses meilleurs amis.
Michael Woods a relaté sa rencontre en 2000 avec un certain Yves Sikubwabo, un mordu d’athlétisme qui allait devenir un de ses meilleurs amis.

Michael Woods rend hommage à son ami Yves Sikubwabo

L’équipe professionnelle EF Pro Cycling a invité ses cyclistes à partager avec les amateurs une histoire qui a changé leur vie.

Le premier de ses gros noms à se prêter au jeu sur les médias sociaux dans les derniers jours? Michael Woods, qui a fait ses classes dans le parc de la Gatineau avant de se hisser dans les pelotons internationaux depuis six ans.

L’athlète âgé de 33 ans aurait pu parler de ses nombreuses malchances sur le bitume. De sa conquête à une étape de la Vuelta, sa troisième place aux championnats du monde ou sa percée l’été dernier au Tour de France.

Ou même la naissance de son fils au début de l’année.

Woods a plutôt relaté sa rencontre en 2000 avec un certain Yves Sikubwabo, un jeune orphelin du Rwanda qui venait d’arriver à Ottawa à l’âge de 17 ans avec seulement 10 $ dans ses poches. Un mordu d’athlétisme qui allait devenir un de ses meilleurs amis.

Michael Woods

«Ça m’a touché qu’il parle de nous. Il avait plusieurs autres histoires qu’il aurait pu choisir, avoue Sikubwabo au bout du fil.

«Mike m’a appelé avant pour savoir si c’était correct avec moi. C’est un honneur pour moi d’être son ami. Lui aussi il a changé ma vie.»

Les parents biologiques de Sikubwabo ont été tués un an après sa naissance durant le génocide au Rwanda. Sa tante l’a élevé.

«Sa famille élargie vendait des bananes pour boucler le budget», relate Woods dans son témoignage.

Le jeune Yves, qui était rapide sur ses deux jambes, a fini par gagner une place au sein de l’équipe nationale rwandaise d’athlétisme en vue des championnats du monde juniors en 2010, à Moncton.

«Yves n’était jamais allé au Canada. Il n’avait jamais pris l’avion, mais quand il a atterri il a décidé de rester. Après sa course, ne connaissant personne au pays et avec 150 $ dans ses poches, il a acheté un billet d’autobus simple pour la capitale canadienne, écrit Woods.

«Après une journée de voyage en bus, il est arrivé avec seulement 10 $, quelques phrases anglaises dans son vocabulaire, et rien d’autre.»

Sikubwabo s’est retrouvé sans abri à son arrivée à Ottawa, aboutissant dans un refuge pendant deux mois. Ça ne l’empêchait pas de participer à des courses du crépuscule au stade Terry-Fox.

Un endroit où Woods, qui était aussi un mordu d’athlétisme à l’époque, l’a remarqué. Il lui a serré la main après une épreuve de demi-fond, l’invitant à se joindre à son équipe.

«On a commencé à s’entraîner ensemble. Il m’a traité comme un petit frère. Il m’a donné une bonne fondation.»

Yves Sikubwabo

Tout comme un couple de professionnels de la santé, Nicole et Jim LeSaux qui allait devenir ses parents adoptifs à Ottawa. L’infectiologue et l’ophtalmologiste en ont fait leur quatrième enfant, eux qui avaient déjà trois filles.

«Je suis chanceux d’avoir trois soeurs», mentionne avec fierté Yves Sikubwabo.

Dans la dernière décennie, ce dernier a gagné sa citoyenneté canadienne. Il a fréquenté l’université Laval, gagnant deux titres nationaux d’athlète masculin au pays en cross-country en 2016 et 2017.

Sikubwabo a aussi fondé une entreprise et une organisation caritative au Kenya.

«Yves m’a appris beaucoup de choses, cependant l’une des plus grandes leçons que j’ai apprises de lui était que peu importe à quel point les circonstances horribles, si tu souris, si tu es honnête, si tu es prêt à donner, même quand tu n’as rien, les choses auront souvent une conclusion heureuse pour toi», explique Michael Woods en faisant valoir son choix de Sikubwabo comme histoire qui a marqué sa vie.

Quant au principal intéressé, il continue de courir. Quand le déconfinement le permettra, il retournera à Québec où se trouve son entraîneur de l’équipe civile du Rouge et Or de l’université Laval, Félix-Antoine Lapointe.

Sikubwabo a représenté le Canada aux championnats du monde de cross-country en mars 2019 au Danemark. Il fait carrière surtout sur 10 000 mètres en plus de se taper des demi-marathons, terminant 44e à Houston, il y a deux ans.