Du hockey de rue jusqu’à la LNH, Yanni Gourde a gravi les échelons un à un. Avant de s’envoler vers Tampa pour le début du camp, il avait accepté de poser dans une rue près du Soleil.

Yanni Gourde: l'éloge de la persévérance

Aussi loin qu’il se souvienne, Yanni Gourde a toujours confondu les sceptiques. Mis de côté dans le midget AAA à 15 et 16 ans, ignoré au repêchage de la LHJMQ et à celui de la LNH, l’attaquant natif de Saint-Narcisse-de-Beaurivage a fait son chemin à force de ténacité et de résilience. L’année 2018 qui se termine n’est qu’une suite logique à son parcours, car après une première saison complète à Tampa Bay, le Lightning l’a récompensé avec un contrat à long terme au début du mois de novembre. Voici un éloge à la persévérance!

Si le joueur qu’est devenu Yanni Gourde avait un conseil à donner au jeune de 15 ans qu’il était, il ne chercherait pas à lui faire croire que tout serait facile pour évoluer dans la LNH. «Je lui dirais : “Attèle-toi, mon gars, ça va être dur. Mais ne lâche surtout pas, parce que ça en vaut la peine”», répond l’attaquant du Lightning de Tampa Bay, qui a fait plusieurs fois la démonstration qu’aucun obstacle n’était insurmontable pour atteindre son but.

«Personne ne m’a jamais dit que j’allais faire un joueur professionnel dans ma vie. Je ne me le disais pas non plus, je n’avais aucune attente. Pour moi, c’est arrivé un peu de nulle part. J’y suis allé une année à la fois, petit train va loin, comme on dit», racontait-il en entrevue avec Le Soleil avant le début de la présente saison. 

Fort d’une récolte de 25 buts et 64 points à sa première saison complète dans la LNH, il s’était lui-même déplacé dans les locaux du journal pour faire l’entrevue, peu de temps avant de retourner en Floride en prévision de la présente campagne. «Je vis une belle expérience. Je me pince encore de tout ce qui m’arrive. Et me pincer, ça m’empêche aussi de m’endormir. J’y ai goûté, j’aime ça et j’en veux encore plus. J’ai connu l’incertitude et les ligues mineures, je n’arrêterai jamais d’apprécier où je suis rendu», disait le joueur de 5’9”, qui a fêté son 27e anniversaire le 15 décembre.

Gourde a monté une à la fois les marches menant à la plus importante ligue au monde. Il n’a jamais renoncé, même s’il y a des moments où il aurait pu «arrêter ça là pour aller m’amuser avec mes chums», pour reprendre ses mots.

Il a disputé sa seule saison dans le midget AAA, à 17 ans, avec les Élites de Jonquière, puisque les Commandeurs de Lévis n’avaient pas cru bon lui faire une place dans leur alignement auparavant. «C’est la seule fois où j’ai été repêché. En fait, je ne l’avais même pas été, les Élites m’avaient juste réclamé au repêchage des joueurs laissés sans protection», rappelle-t-il en riant.

Le petit qui faisait tout

Les Tigres de Victoriaville l’ont découvert en allant observer Yoan Pinette, dans le midget espoir, en prévision du repêchage de 2008. «Étant originaire de Lévis, j’ai déjà donné des chances à des gars de la Rive-Sud», raconte Jérôme Mésonéro, ancien dg des Tigres. «Pinette était bien classé sur notre liste, on le suivait. Mais à chaque fois qu’on allait à l’aréna, c’était toujours le petit Gourde qui faisait tout. Après le repêchage de 2008, on l’avait signé comme joueur affilié, et comme il n’avait pas joué midget AAA, je lui avais dit d’aller à Jonquière, que Claude Bouchard pourrait l’aider. Je lui avais donné le défi de finir parmi les 10 meilleurs compteurs de la ligue.»

Le mandat a été rempli, Gourde a percé l’alignement des Tigres à 18 ans et a remporté le championnat des marqueurs de la LHJMQ à 20 ans avec 124 points. «Je n’aime pas parler de mes statistiques ni de mon championnat des marqueurs. Ça fait partie de mon cheminement, mais ce n’est pas important. J’aurais été aussi fier si mon coéquipier Philippe Maillet l’avait été à ma place. À 20 ans, tout ce je voulais, c’était qu’on gagne, mais malheureusement, ça ne s’est pas produit.»

Pas en touriste

Comme dans la LHJMQ, aucune équipe de la LNH ne repêchera Gourde. Premier de classe, son plan de carrière devait passer par le hockey universitaire, mais une invitation de dernière minute viendra tout changer. Après l’élimination des Tigres, en 2012, Worcester lui offre un contrat d’essai pour les quatre derniers matchs de la saison de la Ligue américaine. Il y obtiendra trois points. Les Sharks lui consentiront un contrat d’un an à titre de joueur autonome et il ne fréquentera jamais l’Université de Moncton, où il devait aller.

À sa deuxième année professionnelle, il opte pour un contrat indépendant dans la Ligue East Coast «afin de pouvoir ensuite signer avec n’importe qui si ça allait bien et voir où ça me mènerait». En milieu de saison, Worcester fait encore appel à ses services et il amassera 24 points en 25 matchs. La même année, il signera un contrat à deux volets (LNH-LAH) avec le Lightning, pacte qui entrera en vigueur la saison suivante. Il jouera trois saisons avec leur club-école de Syracuse, étant rappelé pour de courtes promotions de deux et trois matchs avant de saisir sa troisième chance, en 2016-2017.

«La troisième fois, je m’étais dit : “Yanni, ne viens pas ici en touriste”. J’ai réalisé que j’étais là pour une raison, que je pouvais apporter quelque chose à une équipe. Même si je ne le suis pas, j’ai toujours été un petit gars qui voulait être le meilleur.»

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JEAN ET GROULX, DES ENTRAÎNEURS INFLUENTS

À sa première saison complète dans la LNH, Yanni Gourde s’est souvent fait taquiner par ses coéquipiers du Lightning, qui le surnommait la plus vieille recrue de la ligue… Il faut dire que Gourde était à la limite de pouvoir faire partie de cette catégorie, l’an passé. Il devait avoir 25 ans ou moins en début de saison et ne pas avoir encore joué 25 matchs dans la LNH. Or, il avait 25 ans et n’avait disputé que 24 matchs. «Moi, je me voyais comme une recrue avec de l’expérience», raconte-t-il en souriant.

Des entraîneurs comme Yanick Jean (Victoriaville) et Benoît Groulx (Syracuse) ont eu de l’influence sur la suite de sa carrière. «Yanick m’a rentré dedans plusieurs fois pour me brasser, cela a forgé mon caractère. Il a été à la fois dur et bon avec moi, il m’a aidé à devenir le joueur et l’homme que je suis.

«Ben, lui, a eu la vision de me mettre au centre, où je n’avais pas joué depuis le junior. J’ai commencé sur le quatrième trio, j’ai monté sur le troisième et j’ai fini sur le premier. Avec lui, j’ai acquis beaucoup de confiance, je pouvais utiliser ma vitesse.»

Le conseil de Marchessault

Gourde finira par comprendre qu’en jouant son style, il pouvait être utile à un club. Il se souvient encore d’un conseil de Jonathan Marchessault, aujourd’hui avec les Golden Knights de Vegas, qui lui avait dit à son premier rappel de se laisser aller, de ne pas être stressé.

«Sur le coup, c’était dur à réaliser, mais après, je me suis dit : c’est vrai, il n’est pas meilleur que moi, je suis capable de jouer avec eux, j’ai eu une belle carrière junior, j’ai plusieurs saisons professionnelles derrière la cravate, je n’ai rien à envier à personne.

«Mais je devais profiter pleinement du temps de glace qu’on me donnait. Si je jouais 10 minutes, je devais m’en servir au maximum sans me dire que j’aimerais en avoir 20, parce qu’à ce moment, je n’étais pas prêt pour ça. Je me disais, si je joue 10 bonnes minutes, ils vont m’en donner 12, 14, 15 et encore plus. Je ne suis pas un gars qui va marquer un but par match, mais je suis intense et, à chaque présence, j’essaie de faire une différence.»

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À L'ÉPICERIE DES BONNES VALEURS 

La scène se passe sur la patinoire extérieure de son village de Saint-Narcisse-de-Beaurivage, en Chaudière Appalaches. Yanni Gourde et ses frères avaient participé à un petit concours de lancers de punition contre Dany Dallaire, qui a joué dans la LHJMQ avec plusieurs équipes, dont Drummondville et Halifax. «S’il y a en a un qui score contre moi, je lui paye une liqueur», leur avait lancé le gardien comme défi.

«Il s’était habillé avec son équipement au complet. Ça m’avait peut-être pris 25 chances, mais j’avais réussi à le faire. Je l’ai revu, cet été, mes frères [Guillaume et Jason] me demandaient s’il avait payé sa dette», raconte en riant ce fils d’épiciers. Pour la petite histoire, oui, il a eu droit à sa boisson gazeuse...

Gourde est le deuxième de trois garçons ayant grandi dans la maison jouxtant le commerce de leurs parents. Au sous-sol, une patinoire servait de lieu de rassemblement pour eux et leurs amis.

«Je voyais mes parents qui mettaient des heures et des heures dans leur travail, j’ai appris que le résultat ne venait pas sans efforts. J’y ai appris des valeurs qui me suivent encore, aujourd’hui. Ils sont ceux qui m’ont le plus montré comment on devait faire les choses.»

Sur une ferme

Quand ses parents ont vendu le commerce, Yanni s’est trouvé du boulot sur une ferme de la région, où il a encore découvert les bénéfices du labeur. «J’ai fait ça pendant plusieurs années. J’allais m’entraîner le matin, je travaillais sur la ferme ensuite. J’ai fait cela jusqu’à l’âge de 17 ans», rappelle-t-il avec un brin de fierté.

Puis, le petit Yanni s’est frayé un chemin jusqu’à la LNH, en passant par le midget espoir, le midget AAA, la LHJMQ, la Ligue East Coast et la Ligue américaine.

«Quand je suis arrivé dans le junior majeur, le monde capotait : “Eille, Yanni Gourde dans la LHJMQ, on s’attendait pas à ça, il est bien trop petit” qu’on disait à mon sujet», souligne celui qui disputé son premier match dans la LNH le 15 décembre 2015, à Toronto, à l’occasion d’un rappel de deux parties. Il avait obtenu une passe dans une victoire de 5-4 du Lightning en prolongation.

«J’étais dans le vestiaire, avec [Nikita] Kucherov et [Steven] Stamkos, je me disais que ces gars-là étaient 100 fois meilleurs que moi, que ça n’avait pas d’allure que je sois dans la même ligue qu’eux.»

Jérôme Mésonéro est l’homme de hockey le moins surpris de voir Gourde dans la LNH. «Yanni est un jeune hyper intelligent, travaillant. Il ne prend jamais rien à la légère ni pour acquis, il y a un sentiment d’urgence dans tout ce qu’il fait», précise l’ancien dg des Tigres et dépisteur de l’Avalanche du Colorado.

«Je ne pensais pas qu’il marquerait 20 buts dans la LNH, mais je savais qu’il y jouerait. Parfois, certains passent, mais tu sais qu’ils ont triché. Pas lui! Il est structuré, discipliné, il n’a jamais rien laissé au hasard.»