Francis Charron va toujours se souvenir de sa première finale de la Ligue nationale de hockey.
Francis Charron va toujours se souvenir de sa première finale de la Ligue nationale de hockey.

Une première finale spéciale pour Francis Charron

Marc Brassard
Marc Brassard
Le Droit
Francis Charron va toujours se souvenir de sa première finale de la Ligue nationale de hockey.

Pour l’arbitre gatinois de 37 ans, c’était l’aboutissement de plus de 20 ans de travail en portant un chandail zébré. Et comme si ce n’était pas suffisant, les deux parties qu’il a officiées de la série entre le Lightning de Tampa Bay et les Stars de Dallas ont été disputées dans un environnement totalement différent, celui de la «bulle» créée par le circuit Bettman pour en arriver à terminer la saison 2019-2020 malgré une certaine pandémie mondiale.

«Ça fait longtemps que je rêve de pouvoir faire la finale, donc j’ai été content d’être un des cinq arbitres sélectionnés, ça c’est certain. Les circonstances ont fait que ça a été dans la bulle, mais c’est pas grave, on l’a pris quand même. C’est ma 12e année dans la Ligue nationale, tu travailles en espérant un jour d’être capable de te rendre là. D’avoir été sélectionné, ça a été un privilège et un grand honneur, ça, c’est sûr», a-t-il confié récemment en entrevue avec le Droit.

Charron, qui habite en banlieue de Philadelphie, revenait de vacances avec sa petite famille, passées dans un centre de villégiature en Floride avec son épouse Tara et leurs deux enfants -- Zack, 7 ans, et Mila, 4 ans -- quand ses supérieurs lui ont donné la permission d’accorder une entrevue pour revenir sur cet exploit.

Il rattrapait ainsi un peu le temps perdu près d’eux pendant cet été où il s’est absenté pendant deux mois et demi, devant se contenter de conversations via des applications comme FaceTime.

«J’ai été dans la bulle pendant 73 jours. C’est certain que ça a été long, mais ça a quand même bien été, raconte-t-il. Sur 73 jours, il y a eu des journées un peu plus difficiles où ta famille te manque, mais en général, ça s’est bien passé. J’ai été occupé, j’ai fait 18 matches de séries, et j’ai eu plusieurs assignations comme arbitre en ‘stand by’, surtout dans les deux premières rondes. Ensuite j’ai été transféré de Toronto à Edmonton pour les troisième et quatrième rondes. Une fois que tout a été fini, tu rentres à la maison et tu te rends compte que ce n’était pas si pire que ça. Je pense qu’on a été chanceux de pouvoir compléter la saison de cette façon, dans un environnement sécuritaire. Ça a été du bon hockey.»

Le séjour dans la capitale albertaine a été assez différent puisque l’hôtel où les équipes et les officiels étaient hébergés donnait sur un centre d’achats, donc les fenêtres des chambres ne permettaient pas de voir la lumière du jour.

L’expérience était certes très différentes autant pour les arbitres que les joueurs alors que les premiers n’avaient pas à composer avec les insultes des amateurs dans les estrades, celles-ci étant vides.

«Au début, c’était différent. Pour nous, quand on embarque sur la glace, même si la foule est là, après autant d’années, ce n’est pas quelque chose qui affecte tes décisions ou quoique ce soit. En séries, tu le ressens peut-être un peu plus qu’il y a de l’ambiance, mais même au niveau des joueurs, ils se concentrent sur ce qui se passe sur la glace et le jeu se déroule tellement vite. Au début, visuellement, c’était différent, mais après une couple de semaines, on s’est habitués et ça ne faisait pas grande différence. Sans foule, on entendait tout ce qui venait des bancs, c’est certain. Ce sont les séries et les émotions sont à un haut niveau, il faut composer avec ça. Ça n’a pas été un gros problème pour personne.»

L’aspect plaisant pour les officiels dans un tel contexte était qu’au lieu de sillonner l’Amérique du Nord seuls la plupart du temps ou en groupe de deux à l’occasion, ils pouvaient se rassembler à l’hôtel comme une véritable équipe.

«Ça, ça a été le ‘fun’. Pendant l’année, on ne voit jamais les mêmes arbitres, à moins d’avoir des parties proches qui sont cédulées, comme à Ottawa et Montréal. La plupart du temps, tu arrives et tu passes deux jours avec les mêmes personnes, puis tu t’en vas. En passant beaucoup de temps avec plusieurs arbitres, on se connaissait, mais on a appris à se connaître encore plus. On avait notre propre étage à Toronto, on passait du temps dans les corridors de l’hôtel à jaser. Ça a été une expérience qu’on n’aura pas la chance de revivre probablement», souligne Charron.

Un autre arbitre gatinois dans la LNH

Si cette saison 2019-2020 demeurera gravée à tout jamais dans la mémoire de Francis Charron pour sa première participation à une finale pour la coupe Stanley, elle aura aussi été marquée par une autre première.

Ça semble faire une éternité maintenant, mais le 14 octobre de l’an dernier, Charron avait été délégué (avec François St-Laurent) pour arbitrer le premier match dans la LNH d’un autre Gatinois, le juge de lignes Julien Fournier, dans un match entre les Sénateurs d’Ottawa et le Wild du Minnesota.

«Ce match-là avait été vraiment le ‘fun’, j’avais pu voir bien du monde que je n’avais pas vu depuis un bout de temps. Nous étions allés à Montréal ensuite pour son deuxième match. J’en ai fait quelques autres par la suite, vu qu’il est sur un ‘40-40’ (contrat où il doit travailler 40 parties dans la LNH et 40 dans la Ligue américaine), donc on ne se croise pas autant qu’un gars à temps plein. Il s’est bien débrouillé, il a un bon talent. Il a la chance d’avoir du temps devant lui, il a une attitude et c’est le ‘fun’ d’être autour de lui», a relaté Charron.

Ce dernier n’hésite pas à offrir ses conseils au jeune officiel de 24 ans. «Il m’avait appelé il y a trois ans, ‘Carp’ (Serge Carpentier, ancien juge de lignes de la LHJMQ rendu responsable des arbitres au niveau midget AAA) lui avait dit de m’appeler alors qu’il songeait à aller dans la ligue East Coast à temps plein, ce que j’avais fait moi aussi. Je lui ai donné une couple de trucs et je lui ai dit que ça avait été une bonne expérience pour moi, même si c’est un gros ‘move’ d’aller aux États-Unis... Ça l’a été pour lui aussi parce qu’un an plus tard, il était rendu dans la Ligue nationale», ajoute Charron.

Ce dernier a arbitré son premier match le 5 avril 2010, une rencontre entre Columbus et St. Louis, et il a franchi la saison dernière le cap des 500 parties de saison régulière (544), alors que son compteur est rendu à 65 matches de séries.