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François Guay, dans l’uniforme des Sabres de Buffalo, qui l’avaient repêché en huitième ronde en 1986
François Guay, dans l’uniforme des Sabres de Buffalo, qui l’avaient repêché en huitième ronde en 1986

Un réveil brutal pour Guay et Lavigne

Marc Brassard
Marc Brassard
Le Droit
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Ils font partie d’un club assez exclusif dont le membre le plus connu est certes Don Cherry.

En attendant le début de la saison 2020-2021 de la Ligue nationale de hockey, ils sont 395 en tout et partout, dont exactement 100 gardiens, tels que répertoriés par le site de référence hockeydb.com sous l’onglet « merveilles d’un match ». Tout jeune joueur rêve d’atteindre la LNH et ce rêve, ils l’ont réalisé. Sauf que le réveil a été brutal ensuite et sans dire que leur carrière a tourné au cauchemar, disons qu’elle n’a pas connu le dénouement espéré d’un long séjour dans la « grande ligue », avec les salaires faramineux et la possibilité de gagner une coupe Stanley.

Certains ont des histoires qui sortent de l’ordinaire.

C’est certes le cas de François Guay, dont la seule partie dans ce qui était alors le circuit Ziegler est survenue le 18 mars 1990. Il avait été rappelé du club-école des Americans de Rochester pour palier à une blessure avec les Sabres de Buffalo, qui l’avaient repêché en huitième ronde en 1986 alors qu’il jouait pour le Titan de Laval.

« On jouait un trois en trois comme ça arrive souvent dans la Ligue américaine, le deuxième match était à Utica le samedi. Vers 22 h 30 après ce match, mon coach, John Van Boxmeer, me dit que je suis rappelé. La seule affaire, c’est que l’équipe s’en va à Baltimore le lendemain et je dois prendre l’autobus des fans pour retourner à Rochester, puis me rendre à Buffalo (à une heure de là). Le bus des partisans était rempli et ils étaient sur le party. J’étais assis dans le premier banc en avant et tout le monde venait me féliciter, pas moyen de dormir. On arrive vers 3 h du matin, puis je dois me rendre à l’aréna chercher mon casque blanc et quelques autres pièces d’équipement. Je n’ai à peu près pas dormi de la nuit, moi qui étais normalement un gars bien sage qui se couchait tôt la veille des matches », raconte le hockeyeur natif de Gatineau – il y est resté sept ans alors que son père était stationné à Ottawa dans les Forces armées.

Tout est allé trop vite cette journée-là et il n’a même pas pu appeler ses parents pour leur dire qu’il allait jouer pour les Sabres, dans ce qui s’est avéré un gain de 4-3 contre les Jets de Winnipeg où il a été blanchi.

« J’ai joué une vingtaine de matches hors-concours avec les Sabres en cinq camps avec eux, mais des matches réguliers, je n’en ai joué qu’un. Je suis content de l’avoir joué parce qu’il n’y a pas grand monde qui atteint la Ligue nationale. C’est certain que je pensais qu’il y en aurait plusieurs autres, mais ça n’a pas tourné comme ça. Honnêtement, je n’ai aucun regret, je suis content de la carrière que j’ai eue en Europe », raconte Guay, qui a ensuite passé plusieurs années en Autriche, en Suisse et en Allemagne, n’attendant pas l’élargissement des cadres de la LNH qui s’en venait (San Jose en 1991, puis Ottawa et Tampa Bay en 1992). Basé à Sherbrooke, où son fils Patrick joue pour le Phoenix, il est maintenant agent de joueur se spécialisant à leur trouver des postes en Europe.

Lavigne avec Gretzky

Guay n’avait que 21 ans quand il a joué son fameux match. L’ancien Olympique Éric Lavigne était un an plus vieux lorsque les Kings de Los Angeles lui ont fait signe, ayant besoin de renfort pour affronter les Canucks à Vancouver le 20 février 1995. Le robuste défenseur s’est assez bien débrouillé, finissant avec un différentiel de moins-1 dans un match que les Canucks ont remporté facilement 8-2.

Éric Lavigne dans l'uniforme des Olympiques de Hull, à l'époque où ils appartenaient à Wayne Gretzky

« Je n’ai pas été assez conscient que c’était la plus belle chose au monde qui m’arrivait. J’étais content, sans plus. Je m’en rappelle comme si c’était hier, se remémore celui qui est aujourd’hui entraîneur-adjoint avec le Blizzard midget AAA du Séminaire St-François, à Québec. Il me manquait un peu de patin pour jouer “en haut”. Je me souviens que Pavel Bure (des Canucks) patinait vite. Tu rejoues ensuite ce match-là dans ta tête, en te demandant ce que tu aurais pu faire pour rester. Une bataille, une grosse mise en échec ? »

Lavigne peut dire à ses enfants qu’il a joué ce match avec plusieurs gros noms des Kings (et anciens Oilers) comme Grant Fuhr, Jari Kurri et... Wayne Gretzky, qui avait été propriétaire des Olympiques de Hull quand il a porté leurs couleurs pendant quatre ans (1989 à 1993).

« Tu restes paralysé un peu quand Wayne Gretzky passe à côté de toi dans la chambre, tu te tasses même s’il pesait juste 145 livres », blague Lavigne, qui a ensuite joué huit ans dans la Ligue américaine, trois en Angleterre (dont la dernière comme joueur/entraîneur du Thunder de Hull, « un peu comme dans Slap Shot ») et sept dans les rangs seniors au Québec.

Éric Lavigne