Jean Pageau (à droite), lors du dernier voyage des pères des Islanders de New York.
Jean Pageau (à droite), lors du dernier voyage des pères des Islanders de New York.

Pageau et Brassard: une histoire de famille

Marc Brassard
Marc Brassard
Le Droit
Quand Jean-Gabriel Pageau est passé des Sénateurs aux Islanders de New York en février dernier, Derick Brassard l’a accueilli chez lui à ses premiers jours à Long Island, retrouvant son ancien coéquipier et concitoyen gatinois.

Normal qu’il l’ait pris sous son aile pour faciliter son adaptation à Long Island vu qu’ils avaient été coéquipiers pendant une saison et demie à Ottawa, collaboration qui avait aidé les Sénateurs à atteindre la finale de l’Est lors du printemps magique de 2017.

Ce l’était d’autant plus que leurs familles se connaissent depuis trois générations en sol outaouais ! Pas surprenant, donc, que peu après la confirmation de l’échange, Brassard et son père Pierre ont coordonné les efforts pour s’assurer que le père de Pageau, Jean, puisse participer au voyage des pères des Islanders qui commençait le lendemain.

« Ça fait drôle. Il n’y a pas une tonne de joueurs de Gatineau qui ont joué dans la Ligue nationale, et là, tu te retrouves avec deux gars du même quartier dont les familles se connaissent, dans la même équipe pour la deuxième fois », soulignait Pierre Brassard cette semaine en entrevue avec Le Droit.

Dans la même équipe et, pour les deux premières rondes des actuelles séries estivales de la LNH, au sein du même trio en plus. Un trio qui était fort efficace jusqu’à jeudi, alors que l’entraîneur Barry Trotz a retranché Brassard de son alignement avant le gain de 4-0 qui éliminait les Capitals de Washington, cherchant à secouer une léthargie qui l’a vu amasser trois passes en huit matches de séries. 

Ça ne change rien au fait qu’il reste spécial de voir que les deux seuls joueurs de la région qui sont actuellement dans le circuit Bettman ont des liens qui remontent à très loin.

Pierre Brassard

« Ironiquement, Pierre et moi avons demeuré dans le même quartier à Gatineau, à quelques rues l’un de l’autre, mais pour les nostalgiques, nos fils ont tous les deux été élevés et joué leur hockey mineur à Hull », fait remarquer Jean Pageau.

Les Brassard habitaient sur la rue Frontenac, rebaptisée depuis rue Royal-Brassard en hommage au père de Pierre, bénévole de longue date au sein du hockey mineur de Gatineau décédé en 1995. Le tournoi bantam porte aussi son nom, celui-ci ayant lieu à ses débuts à l’aréna Baribeau dont il a fait partie du comité de construction, et où une bannière lui rend aussi hommage.

Dans ce même quartier situé entre les rues Main, Gouin et le boulevard Saint-René, la famille Pageau élevait une autre famille de hockeyeurs, les frères plus jeunes de Jean, Paul et Marc, ayant fait leur marque comme gardiens. Paul Pageau a joué dans les rangs professionnels ainsi qu’aux Jeux olympiques de Lake Placid en 1980.

« Il y a une vieille photo d’une équipe moustique de Marc dans le lobby de l’aréna Baribeau et Royal Brassard en était le gérant. Mon père et lui se connaissaient très bien. Tout le monde qui jouait au hockey dans les années 1970 à Gatineau connaissait aussi Mme Brassard (Georgette), qui s’est occupée du casse-croûte de l’aréna pendant 10-15 ans, se souvient Jean Pageau. Moi, je suis plus jeune que Pierre, j’ai joué au hockey mineur avec son frère Réjean. Je n’étais pas très bon, je ne le suis pas encore aujourd’hui. Mais Pierre était très bon, on allait le voir jouer, mon père et moi, quand il était junior. »

Pierre a connu des saisons de 118 et 130 points avec les Royals de Cornwall au milieu des années 1970, ce qui lui a valu d’être repêché par le Canadien de Montréal ainsi que les Nordiques de Québec. Il n’a cependant pas joué chez les pros, préférant accepter un emploi de chauffeur à la STO.

« Quand je prenais l’autobus pour aller au Cégep de l’Outaouais, c’est Pierre qui était souvent derrière le volant », blague Pageau père.

S’ils n’ont jamais joué ensemble dans les ligues d’adulte, Pierre Brassard pense que lui et Jean Pageau se sont croisés sur la glace du parc Hétu. « C’était parfois des matches à 20 contre 20, ça travaillait les habiletés et la vision avec 40 chandails de couleur différente », se rappelle-t-il.

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DES SÉRIES SPÉCIALES MALGRÉ TOUT

Tous deux maniaques de hockey, il y a de fortes chances que Pierre Brassard et Jean Pageau auraient pris le chemin de Toronto pour voir leurs rejetons à l’œuvre lors de ces séries différentes si les proches des joueurs avaient le droit d’aller dans la bulle de la LNH.

Comme tout le monde, ils doivent donc se rabattre sur la télévision pour ce faire.

Leurs fils sont coupés du monde extérieur pour encore au moins deux semaines avec la victoire des Islanders en quart-de-finale de l’Est, mais ils donnent des nouvelles à leurs parents lors de leurs temps libres et leur moral est bon.

«Derick est célibataire et il est heureux quand il est avec les “boys” et qu’il peut se concentrer sur le hockey, ce n’est pas un problème pour lui», souligne Pierre Brassard.

Pour Pageau, c’est un peu plus problématique alors qu’il a raté son deuxième anniversaire de mariage au début du mois. Il s’amuse cependant sur la glace (quatre buts et deux passes en neuf parties, avec un différentiel de plus-9 qui mène la LNH) comme en dehors de celle-ci, lui qui a attiré beaucoup d’attention avec sa victoire au tournoi de ping-pong individuel de l’équipe, surtout avec une entrée digne de Rocky dans une arène de boxe qui a fait les choux gras des réseaux sociaux des Islanders.

Dire qu’avant la pandémie, les Islanders avaient perdu leurs sept derniers matches après l’arrivée de Pageau dans leurs rangs, fin février.

«Ça va bien pour lui, le “coach” lui fait confiance dans un paquet de situation. L’équipe va bien et on comprend la situation avec la bulle. Même s’ils pouvaient allouer un certain nombre de spectateurs espacés dans les gradins, c’est ce qui se passe après qui pourrait être problématique. À la télévision, on voit bien et il n’y a pas de problème de “parking”», blague Pageau.

Pierre Brassard entretient l’espoir que les parents de joueurs pourront être présents dans l’éventualité où les Islanders se rendent en finale d’association et/ou pour la coupe Stanley, à Edmonton. Mais auparavant, une série difficile les attend, possiblement contre les Flyers en cas de victoire contre le Canadien.

«Ça ferait drôle, les deux Gatinois avec un autre (Alain Vigneault) derrière le banc de l’autre bord, avec Claude Giroux (l’ancien Olympique qui habite à Ottawa) aussi, et possiblement avec Francis Charron comme arbitre», lance Brassard.