Des professeurs de l'UQO s'intéressent à l'impact du changement de fuseau horaire sur les athlètes professionnels.
Des professeurs de l'UQO s'intéressent à l'impact du changement de fuseau horaire sur les athlètes professionnels.

L’UQO s’intéresse aux impacts du décalage horaire dans la LNH

Les amateurs de hockey devront veiller tard cette semaine pour suivre les activités du Canadien, puisque la formation montréalaise jouera dans l’Ouest canadien. Le décalage horaire aura donc certainement un impact sur les téléspectateurs, mais il peut aussi en avoir un sur les joueurs.

La professeure Geneviève Forest, directrice du Laboratoire du sommeil à l’Université du Québec en Outaouais, et Jonathan Roy, étudiant au doctorat en neuropsychologie clinique, ont réalisé une étude sur le sujet en analysant les matches de la LNH, de la NBA et de la NFL entre 2010 et 2015. Les résultats publiés à l’automne 2017 ont permis de conclure que l’impact du décalage horaire était plus important pour les équipes voyageant vers l’ouest. Le pourcentage de victoire des équipes franchissant trois fuseaux horaires pour aller jouer en soirée dans l’Ouest dans la LNH était de 41,5 %, comparativement à 52,4 % pour les équipes effectuant le même trajet dans l’autre sens.

« De façon générale, un athlète sera dans les meilleures conditions de performance en fin d’après-midi et en début de soirée, a expliqué Forest lors d’un entretien récent avec La Presse canadienne. Ça diminue ensuite rapidement en fin de soirée. Vers 22 ou 23 heures, le corps se prépare à aller se coucher. Ce n’est plus le temps pour aller courir un marathon ! »

L’impact du changement de fuseau horaire est moindre pour les équipes venant de l’Ouest puisque pour eux, il est 16 h quand un match commence à 19 h dans l’Est.

Le corps agit de la sorte en raison du rythme circadien veille-sommeil, régulé par l’horloge biologique de chaque individu. « Des études qui se sont intéressées à la dépense énergétique, à l’agilité et à la performance sportive ont permis de se rendre compte que pareillement à certains rythmes biologiques, la performance sportive varie aussi sur une période de 24 heures, a indiqué Forest. Cela signifie que les athlètes sont meilleurs à certains moments de la journée et pire à d’autres moments. »

Pour contrer les impacts du décalage horaire, Forest a souligné qu’il serait notamment avantageux pour les équipes de ne pas voyager immédiatement après les matches, afin d’offrir une bonne nuit de sommeil aux joueurs pour récupérer. Les conditions d’hébergement et l’hygiène du sommeil sont aussi importantes. L’alimentation joue aussi un rôle.

Seize des 31 formations de la LNH ont répondu à un courriel de La Presse canadienne cherchant à savoir si l’équipe comptait sur un spécialiste du sommeil au sein de leur personnel médical ou faisait affaire avec un consultant en la matière. Du nombre, sept ont répondu par l’affirmative.

Informée du résultat du sondage, Forest se désolait un peu de voir le faible nombre d’équipes se fiant à des spécialistes en matière de sommeil sans toutefois être surprise.

« Aux États-Unis, c’est exponentiel en termes de popularité. C’est le domaine de l’avenir, a-t-elle affirmé. Il y a un paquet de sleep coaches. Beaucoup d’équipes professionnelles de basketball, de hockey et de baseball se dotent de spécialistes qui vont les conseiller sur le sommeil. Au Canada, ça s’en vient, mais c’est moins reconnu. »

Trois des neuf formations ayant répondu au sondage par la négative, dont le Canadien, ont précisé que les problèmes liés au sommeil étaient gérés par leur directeur de performance.