Trent Mann
Trent Mann

La vie plus compliquée de Trent Mann

Marc Brassard
Marc Brassard
Le Droit
Effectué dans l’ombre, le travail des dépisteurs de la LNH est déjà compliqué alors qu’ils doivent se taper des milliers de kilomètres en voiture ou en avion pour observer des hockeyeurs adolescents et effectuer ensuite des projections sur leur avenir à plus ou moins long terme.

Quand une pandémie mondiale vient s’inviter dans le portrait, les complications sur la planète hockey sont multiples pour un recruteur-chef au niveau amateur comme Trent Mann, des Sénateurs d’Ottawa.

Limité aux Maritimes dans ses déplacements à partir de son domicile de Sackville, au Nouveau-Brunswick (à une trentaine de minutes de Moncton), doit principalement s’en remettre au vidéo pour surveiller les espoirs de son club repêchés en octobre dernier -- ceux qui sont actifs, évidemment -- de même que ceux qui seront éligibles au repêchage de la Ligue nationale de hockey de 2021, à une date qui reste à être déterminée.

«On essaie de voir des parties en personne, mais c’est difficile, a-t-il confié récemment en entrevue via Zoom avec le Droit. Nos gars basés aux États-Unis sont allés voir quelques matches, mais parfois, quand ils arrivent à un endroit, les parties ont été annulées. Dans la bulle collégiale qui a lieu présentement (à Omaha, au Nebraska, où se trouvent les quatre espoirs de l’université du North Dakota), chaque équipe a droit d’avoir un dépisteur, c’est au moins ça. Mais même ces matches, l’horaire peut changer sans avertissement... C’est le contraire de la saison dernière, alors qu’on a vu beaucoup de matches au début de l’année, et qu’on a fini avec beaucoup de vidéo. Là, on fait du vidéo et on espère qu’après les Fêtes, avec la possibilité d’un vaccin, on pourra voir plus de matches en personne... Mais le prochain repêchage risque d’être plus un coup de dé.»

Mann lui-même a pu assister à un certain nombre de parties de la LHJMQ présentées au Québec (en retournant chez lui après être venu à Ottawa pour le repêchage) et dans les Maritimes, avant que la COVID-19 ne force le circuit Courteau à décréter une pause dans ses activités là de même qu’au Québec. Les recruteurs n’avaient pas le droit d’être présent dans la bulle du Centre Vidéotron qui a permis à quelques équipes des zones rouges, comme les Olympiques de Gatineau, de rattraper un peu de temps perdu.

«On a pu assister en personne à des matches de la LHJMQ, de même qu’en Europe, un peu en USHL et au niveau collégial américain. Ça aide. On a du vidéo des parties au Québec, mais la qualité est inégale d’un club à l’autre. Ça ne dit pas tout sur un joueur non plus, vu qu’il n’est pas toujours dans le champ de la caméra, qui suit toujours la rondelle», souligne Mann.

L’inactivité dans les ligues de l’Ontario et de l’Ouest est évidemment problématique, et le fait que Hockey Canada ne permettra pas aux équipes de la LNH d’envoyer au moins un représentant au Championnat mondial de hockey junior d’Edmonton à la fin du mois l’est encore plus, puisqu’avec l’annulation du Championnat mondial U18, c’est vraiment la seule occasion de départager les meilleurs espoirs du prochain encan.

«J’avais espoir qu’on pourrait être là avec un nombre plus restreint de dépisteurs qui suivraient les protocoles de la bulle. Mais là, vu ce qui s’est passé (avec Équipe Canada, en quarantaine depuis deux semaines) et le fait que les chiffres concernant le virus sont à la hausse en Alberta, je n’aime pas nos chances», note-t-il.

Les Sénateurs pourraient avoir quatre choix du dernier repêchage à ce tournoi, soit l’attaquant Tim Stützle (3e choix au total) avec l’équipe allemande, le défenseur Jake Sanderson (5e) avec l’équipe américaine, le centre Ridly Greig (28e) avec Équipe Canada ainsi que l’attaquant Roby Jarventie (33e) pour la Finlande. Greig n’a cependant presque pas patiné au camp du club d’André Tourigny, ayant dû s’isoler à son arrivée à Red Deer en raison d’un test positif à la COVID-19 avant de vivre la même quarantaine que les autres depuis deux semaines. Stützle revient d’une fracture à une main, lui, alors que les Sénateurs aimeraient le voir lancer plus souvent.

Mann demande à ses dépisteurs amateurs de faire le suivi avec les joueurs déjà repêchés parce qu’ils auront leur mot à dire quand viendra le temps de les mettre sous contrat ou non.

Un espoir qui l’impressionne cette saison est certes le défenseur Maxence Guénette, septième choix en 2019 qui s’impose avec les Foreurs de Val-d’Or (5 buts, 16 points en 15 matches). «On l’a vu jouer et je sais que nos entraîneurs ont fait du vidéo avec lui afin d’essayer de le préparer à la prochaine étape pour lui. Nos responsables du développement (Shean Donovan en tête) l’adorent, il est travaillant et il veut apprendre», dit-il à son sujet.

Un fils à surveiller éventuellement

Trent Mann est comme les autres parents de joueurs de la LHJMQ cette saison, il doit regarder les matches de son fils Matteo avec les Saguenéens de Chicoutimi grâce à la magie de l’internet, n’ayant pas la chance d’assister à ses premiers coups de patin au niveau junior majeur en personne, COVID-19 oblige.

Un choix de troisième ronde l’été dernier, Mann fils est le plus jeune joueur du circuit Courteau cette saison alors qu’il ne fêtera ses 16 ans que le 31 décembre, lui qui est cependant un défenseur imposant avec ses 6’ 5’’ et 205 livres.

«Il est sur la glace tous les jours et ses entraîneurs travaillent beaucoup sur ses habiletés. Il a eu l’occasion de jouer, pas des tonnes de minutes, 7 à 12 par match je dirais, ce qui est pas mal bon pour un jeune de 15 ans. Ils nous disent qu’il fait bien et il aime ça là-bas, il s’entend super bien avec des gars comme Hendrix Lapierre et Dawson Mercer... Il a toujours voulu jouer dans la ligue du Québec, il vient à l’aréna avec moi depuis qu’il a cinq ans», raconte le dépisteur amateur en chef des Sénateurs.

En 11 parties, son rejeton a réussi à compter son premier but en carrière, en plus d’amasser quatre minutes de punition.

Comme Matteo ne sera éligible au repêchage de la LNH qu’en 2023, Trent Mann a bien du temps pour penser à ce qu’il fera s’il est dans la mire de son équipe à la table du repêchage, un peu comme le père de Ridly Greig, Mark, a dû le faire à la table des Flyers de Philadelphie cette année.

«Je ne sais pas ce que je vais faire avec ça. Chose certaine, je ne pourrai pas écrire trop de rapports à son sujet parce que je serais plus dur sur lui que n’importe qui», lance-t-il en riant.