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Jérémie Lortie vit pleinement son rêve de travailler pour une équipe de la LNH.
Jérémie Lortie vit pleinement son rêve de travailler pour une équipe de la LNH.

Jérémie Lortie: la griffe francophone des Panthers

Carl Tardif
Carl Tardif
Le Soleil
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Petit garçon, il rêvait de jouer dans la Ligue nationale de hockey. Mais lorsqu’il est devenu grand, très grand même, le Franco-Ontarien Jérémie Lortie a compris que du haut de six pieds et sept pouces, il serait plus utile près d’un filet de volleyball que sur une patinoire.

Cela n’a pas empêché l’ancien attaquant du Rouge et Or de l’Université Laval d’atteindre son objectif de travailler pour une équipe de la LNH, puisqu’il est aujourd’hui graphiste senior avec les Panthers de la Floride.

Depuis septembre 2018, l’artiste qui traçait son chemin en parallèle de l’athlète qu’il était développe l’image de marque des Panthers. Ses œuvres se retrouvent dans les réseaux sociaux, mais aussi sur les murs de l’aréna, du vestiaire, sur les panneaux publicitaires, bref, partout où l’on peut capter l’attention des amateurs. Portrait de la griffe francophone des Panthers.

«J’adore pouvoir vivre de mes deux passions : le graphisme et le sport. Nous n’avons pas la tradition de certaines équipes, comme le Canadien, il faut faire un gros travail de marketing pour vendre des billets. Cela nous permet d’essayer des trucs et de faire preuve de créativité», disait-il, cette semaine.

Mais comment un gars de volley natif du quartier Cumberland, à Ottawa, peut se retrouver dans les bureaux d’un club de hockey de la Floride? Simple, il suffisait de passer par la France!

L’Europe

À sa quatrième et dernière saison avec le Rouge et Or, en 2013, Lortie avait été coiffé du titre de joueur par excellence du Championnat canadien remporté devant ses partisans au PEPS. Son baccalauréat en Arts et sciences de l’animation terminé, il était retourné dans sa région, à Gatineau, pour rejoindre l’équipe nationale jusqu’à ce qu’il décide, un an plus tard, de s’envoler pour l’Europe en compagnie de son passeur avec le Rouge et Or, Justin Boudreault.

«Justin m’avait dit, si tu y vas, je te suis. Alors j’ai fait ma valise et je suis parti. J’ai joué trois ans en Ligue Pro B, à Calais et Saint-Quentin. Après, comme j’avais fait pas mal ce que je voulais dans le volley, il était de temps de penser à mon avenir dans les arts parce qu’il est difficile de se trouver un emploi lorsqu’on a été longtemps en dehors du milieu. Alors j’ai décidé d’aller à Bordeaux, où j’ai pu à la fois jouer [avec l’ASI Volley] et faire un stage en graphiste avec les Boxers, le club de hockey de l’endroit.»

Et là-bas, il a adoré son aventure, autant sur le plan sportif que professionnel. Il a notamment développé les affiches du match des étoiles de la Ligue Magnus de hockey, imaginé le logo et les maillots. Et entre les lignes, il a contribué à la conquête de la Coupe de France de volleyball amateur avec son club.

«Après mon stage en graphisme, les Boxers m’ont engagé et j’ai signé à nouveau pour jouer à Bordeaux. Mais en même temps, j’ai vu que les Panthers recherchaient un graphiste. J’avais quand même un beau porte-folio, j’ai posé ma candidature. En août, ils m’invitaient en entrevue et peu de temps après, ils m’offraient le poste. J’ai avisé Bordeaux que je ne reviendrais pas et je suis en Floride depuis ce temps», raconte celui qui avait aussi reçu une offre des Hurricanes de la Caroline pour un job identique.

En Floride, il peut assister à tous les matchs qu’il veut. Ancien joueur des Festivals de Hull (LHJMQ, dans les années 1970) et de hockey universitaire, son père, Louis Lortie, qui fut un prolifique marqueur dans le Junior A, à Gloucester, y a accompagné son fils à quelques reprises, dont le match du retrait du chandail du gardien Roberto Luongo.

«J’ai aussi amené mon père dans la quatrième rangée lors d’un match contre le Canadien, son équipe préférée. Imagine, il avait assisté au match avec le chandail des Panthers que je lui avais offert, mais je savais bien il prenait pour qui à l’intérieur de lui…», raconte-t-il en souriant celui qui vit pleinement son rêve de travailler pour une équipe de la LNH.

Ce qu’il aime de son emploi, au-delà de la création, c’est aussi d’avoir droit à des exclusivités, comme de connaître l’identité d’un joueur acquis via une transaction ou encore la liste des espoirs visés par l’équipe au repêchage. Après tout, il faut bien préparer les informations à diffuser sur ceux-ci.

«Je connais la date du retour au jeu de la LNH, mais je ne vous le dirai pas», dit-il en pouffant de rire et sans partager ce secret, un peu comme à l’époque où il gardait à l’interne les stratégies offensives de ses équipes jusqu’au moment où il sautait dans les airs pour lancer une attaque marquante!

Un exemple du travail réalisé par Jérémie Lortie avec les Panthers

EN ÉQUIPE ET EN AFFAIRES AVEC SON FRÈRE

En mars 2013, non seulement Jérémie Lortie avait-il mené la parade dans la conquête du Championnat canadien de volleyball par le Rouge et Or dans leur temple du PEPS de l’Université Laval, mais son petit frère Bruno en avait aussi mis plein la vue.

«Jérémie était notre grande tour au centre, il est l’attaquant le plus efficace de notre programme depuis 2006, année la plus éloignée où l’on compile les statistiques. Mais de toute ma carrière, je n’ai jamais vu un joueur frappé par la foudre comme l’avait été Bruno Lortie à ce championnat», lance Pascal Clément, l’entraîneur-chef à la retraite du Rouge et Or.

«Je n’ai joué qu’un an avec mon frère, il avait connu un championnat incroyable et ce fut extraordinaire de gagner avec lui. Il sautait partout sur le terrain, il avait beaucoup d’énergie. Après un match, mon père m’avait dit, si Bruno continue comme ça, il ne passera pas le tournoi», rappelle Jérémie avec le sourire.

Aujourd’hui, les frangins font encore partie d’une même équipe, puisque pendant la pandémie, ils ont lancé leur entreprise de graphisme, lortiedesign.com (lortie_design sur Instagram), où l’on peut voir plusieurs de ses œuvres. Parmi leurs clients, on retrouve le club de hockey de Bordeaux, mais aussi le Rouge et Or volleyball masculin, qui fête son 50e anniversaire.

«Jérémie a fait son petit bonhomme de chemin. On s’entendait bien, lui et moi, parce que j’ai toujours été un artiste manqué. Je pense qu’il n’a pas fini de nous surprendre, il a trop de talent pour ça», lui rendait hommage Pascal Clément.

Jérémie Lortie a fait ses études primaires et secondaires dans des écoles franco-ontariennes. Et en 2007, une visite au Championnat canadien de volleyball au PEPS de l’Université Laval avait capté son attention. «Je me souviens de l’ambiance, wow, ça avait l’air le fun de jouer là-bas.»

En 2009, les chemins de Lortie et de Clément se croisent à un Championnat canadien de l’Est, à Moncton. L’un évolue avec les Mavericks d’Ottawa, l’autre dirige le club du Québec.

«Je tenais à poursuivre mes études en français, alors l’Université Laval était un bon choix. Je peux dire que cette décision a changé ma vie. Mais quand je suis arrivé, j’étais la plus jeune recrue parce qu’il n’y a pas de cégep en Ontario. À ma deuxième année, j’étais sur le “six partant”», rappelait le sportif de 29 ans.

Il n’oubliera pas le tournoi de 2013, surtout que l’UL avait perdu la première manche du match d’entrée 25-13 contre la puissante équipe de l’Alberta.

«On s’était dit, est-ce qu’on va se faire laver devant nos partisans, nos familles, nos amis, les autres athlètes du Rouge et Or? Finalement, on l’avait emporté en quatre sets [3-1] dans ce qui est le plus beau match de ma carrière. Ensuite, on avait battu les favoris en demi-finale et McMaster en grande finale.» Carl Tardif

Jérémie Lortie en pleine action

UNE SÉQUENCE VICTORIEUSE À COMPLÉTER

Il a gagné en 2009, en 2013 et en 2018, alors si la séquence se poursuivait, les Panthers devraient l’emporter en 2024. Bon, il ne s’agit que d’une probabilité mathématique, mais Jérémie Lortie prédit un bel avenir aux Panthers de la Floride.

Ceux-ci misent sur un nouveau directeur général en Bill Zito et ils ont ajouté quelques nouveaux visages dans l’alignement, dont Patric Hornqvist et Alexander Wennberg.

«Je pense qu’on a ce qu’il faut pour gagner. Avec coach Quenneville, on a l’entraîneur-chef actif qui compte le plus de victoires dans la LNH, on a de bons joueurs avec Jonathan Huberdeau, Aleksander Barkov, Aaron Ekblad, un bon gardien en Sergei Bobrovsky. Nous n’avons pas remporté une ronde éliminatoire depuis 1996 et la dernière fois qu’on a fait les séries, c’était en 2016, mais on espère que ça viendra bientôt.»

Peut-être leur manque-t-il un défenseur de six pieds et sept pouces?

«J’ai aussi joué au hockey jusqu’à l’âge de 16 ans. Je n’étais pas pire, mais à 6 pieds 7 pouces, sans les patins, je savais que je ne jouerais pas dans la LNH. Aujourd’hui, je réalise mon rêve de travailler pour une équipe, ça arrive beaucoup plus vite que prévu. Ça m’est arrivé souvent de jouer, le matin, avec d’autres employés de l’équipe au BB&T Center, j’y ai beaucoup de plaisir… Je me considère chanceux, aussi, parce que depuis la pandémie, notre propriétaire [Vincent Viola] n’a pas laissé partir personne. On travaille plus de la maison, mais on est payé à 100 % de nos salaires.»

Il a déjà joué au volleyball de plage en compagnie de son frère et le terrain de jeu pour le faire est grand à Fort Lauderdale, en Floride. «J’ai joué un peu au «beach», ici, mais le niveau n’était pas très fort. J’ai réalisé mes rêves dans le volley, j’ai fait ce que j’avais à faire et je suis passé à autre chose. Mes ambitions se retrouvent plus dans le graphisme, maintenant», dit celui qui fait maintenant découvrir l’univers du hockey à sa conjointe. Carl Tardif