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Des histoires d'un soir dans la LNH
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Un réveil brutal pour Guay et Lavigne

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Un réveil brutal pour Guay et Lavigne

Marc Brassard
Marc Brassard
Le Droit
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Ils font partie d’un club assez exclusif dont le membre le plus connu est certes Don Cherry.

En attendant le début de la saison 2020-2021 de la Ligue nationale de hockey, ils sont 395 en tout et partout, dont exactement 100 gardiens, tels que répertoriés par le site de référence hockeydb.com sous l’onglet « merveilles d’un match ». Tout jeune joueur rêve d’atteindre la LNH et ce rêve, ils l’ont réalisé. Sauf que le réveil a été brutal ensuite et sans dire que leur carrière a tourné au cauchemar, disons qu’elle n’a pas connu le dénouement espéré d’un long séjour dans la « grande ligue », avec les salaires faramineux et la possibilité de gagner une coupe Stanley.

Certains ont des histoires qui sortent de l’ordinaire.

C’est certes le cas de François Guay, dont la seule partie dans ce qui était alors le circuit Ziegler est survenue le 18 mars 1990. Il avait été rappelé du club-école des Americans de Rochester pour palier à une blessure avec les Sabres de Buffalo, qui l’avaient repêché en huitième ronde en 1986 alors qu’il jouait pour le Titan de Laval.

« On jouait un trois en trois comme ça arrive souvent dans la Ligue américaine, le deuxième match était à Utica le samedi. Vers 22 h 30 après ce match, mon coach, John Van Boxmeer, me dit que je suis rappelé. La seule affaire, c’est que l’équipe s’en va à Baltimore le lendemain et je dois prendre l’autobus des fans pour retourner à Rochester, puis me rendre à Buffalo (à une heure de là). Le bus des partisans était rempli et ils étaient sur le party. J’étais assis dans le premier banc en avant et tout le monde venait me féliciter, pas moyen de dormir. On arrive vers 3 h du matin, puis je dois me rendre à l’aréna chercher mon casque blanc et quelques autres pièces d’équipement. Je n’ai à peu près pas dormi de la nuit, moi qui étais normalement un gars bien sage qui se couchait tôt la veille des matches », raconte le hockeyeur natif de Gatineau – il y est resté sept ans alors que son père était stationné à Ottawa dans les Forces armées.

Tout est allé trop vite cette journée-là et il n’a même pas pu appeler ses parents pour leur dire qu’il allait jouer pour les Sabres, dans ce qui s’est avéré un gain de 4-3 contre les Jets de Winnipeg où il a été blanchi.

« J’ai joué une vingtaine de matches hors-concours avec les Sabres en cinq camps avec eux, mais des matches réguliers, je n’en ai joué qu’un. Je suis content de l’avoir joué parce qu’il n’y a pas grand monde qui atteint la Ligue nationale. C’est certain que je pensais qu’il y en aurait plusieurs autres, mais ça n’a pas tourné comme ça. Honnêtement, je n’ai aucun regret, je suis content de la carrière que j’ai eue en Europe », raconte Guay, qui a ensuite passé plusieurs années en Autriche, en Suisse et en Allemagne, n’attendant pas l’élargissement des cadres de la LNH qui s’en venait (San Jose en 1991, puis Ottawa et Tampa Bay en 1992). Basé à Sherbrooke, où son fils Patrick joue pour le Phoenix, il est maintenant agent de joueur se spécialisant à leur trouver des postes en Europe.

Lavigne avec Gretzky

Guay n’avait que 21 ans quand il a joué son fameux match. L’ancien Olympique Éric Lavigne était un an plus vieux lorsque les Kings de Los Angeles lui ont fait signe, ayant besoin de renfort pour affronter les Canucks à Vancouver le 20 février 1995. Le robuste défenseur s’est assez bien débrouillé, finissant avec un différentiel de moins-1 dans un match que les Canucks ont remporté facilement 8-2.

Éric Lavigne dans l'uniforme des Olympiques de Hull, à l'époque où ils appartenaient à Wayne Gretzky

« Je n’ai pas été assez conscient que c’était la plus belle chose au monde qui m’arrivait. J’étais content, sans plus. Je m’en rappelle comme si c’était hier, se remémore celui qui est aujourd’hui entraîneur-adjoint avec le Blizzard midget AAA du Séminaire St-François, à Québec. Il me manquait un peu de patin pour jouer “en haut”. Je me souviens que Pavel Bure (des Canucks) patinait vite. Tu rejoues ensuite ce match-là dans ta tête, en te demandant ce que tu aurais pu faire pour rester. Une bataille, une grosse mise en échec ? »

Lavigne peut dire à ses enfants qu’il a joué ce match avec plusieurs gros noms des Kings (et anciens Oilers) comme Grant Fuhr, Jari Kurri et... Wayne Gretzky, qui avait été propriétaire des Olympiques de Hull quand il a porté leurs couleurs pendant quatre ans (1989 à 1993).

« Tu restes paralysé un peu quand Wayne Gretzky passe à côté de toi dans la chambre, tu te tasses même s’il pesait juste 145 livres », blague Lavigne, qui a ensuite joué huit ans dans la Ligue américaine, trois en Angleterre (dont la dernière comme joueur/entraîneur du Thunder de Hull, « un peu comme dans Slap Shot ») et sept dans les rangs seniors au Québec.

Éric Lavigne
Paul Pageau jeté dans la fosse aux lions

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Paul Pageau jeté dans la fosse aux lions

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À peine un an après avoir affronté la Grosse machine rouge de l’URSS. aux Jeux olympiques de Lake Placid en 1980, Paul Pageau est rappelé d’Oklahoma City, dans la Ligue centrale, par les Kings de Los Angeles pour agir comme adjoint à Mario Lessard.

Quand ce dernier remporte le premier match d’une série de deux en deux soirs au Madison Square Garden de New York, l’oncle de Jean-Gabriel Pageau obtient le départ le lendemain, 3 février 1981. En fait, l’entraîneur-chef Bob Berry le jette dans la fosse aux lions : il affronte les Islanders de New York, les champions en titre de la coupe Stanley qui en gagneront quatre de suite en tout.

« Quand j’étais invité pour parler devant des clubs Optimistes par la suite, je disais toujours que mon fait saillant de cette soirée, c’est que Mike Bossy n’a pas compté contre moi. Ça faisait rire le monde. Tout le monde a compté à part lui », raconte Pageau.

Les Islanders remportent donc un gain facile de 8-1 face aux Kings de Marcel Dionne. Le gardien gatinois fait face à 34 lancers et cède notamment devant Denis Potvin, Bob Nystrom, Clark Gillies et Butch Goring, de grands noms de la dynastie insulaire. Bossy, l’auteur de neuf saisons consécutives de plus de 50 buts, s’était contenté de trois passes.

Paul Pageau devant le filet du Canada aux Jeux olympiques d’hiver de Lake Placid de 1980

« Je me souviens de la plupart des buts. Surtout du premier où j’avais envoyé le retour d’un tir inoffensif dans le coin avec mon bloqueur. Notre défenseur Jerry Korab, surnommé “King Kong”, ne s’y attendait pas et il a été deuxième pour la rondelle dans le coin, et un gars des Islanders a passé à un joueur seul devant le but qui a compté. Korab est venu me voir et il m’a dit : “What the f...? Keep those rebounds.” C’était mon moment Welcome to the NHL », se souvient l’ancien des Remparts de Québec et des Cataractes de Shawinigan dans la LHJMQ.

Pageau retourne ensuite dans les mineures, et à part pour deux autres rappels pour agir comme substitut (dont un pour un match à Québec contre les Nordiques), il y restera jusqu’à la fin de sa carrière, en 1985-1986 avec les Canadiens de Sherbrooke. Affilié aux Jets de Winnipeg, il était avec eux la saison précédente quand un certain Patrick Roy est arrivé de Granby au printemps pour mener les Canadiens à la conquête de la coupe Calder.

Assistant-pro au club de golf Rivermead l’été, Paul Pageau y a rencontré André Beaudoin, fondateur de la compagnie Slush Puppie, qui l’a embauché comme représentant. Il est d’ailleurs toujours avec la compagnie, étant son vice-président pour l’Ontario.

Chouinard et Lajeunesse ont tout arrêté

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Chouinard et Lajeunesse ont tout arrêté

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Mathieu Chouinard a beau avoir été repêché deux fois par les Sénateurs d’Ottawa, ce n’est pas avec eux qu’il a participé à son seul et unique match de la LNH.

L’ancien gardien des Cataractes de Shawinigan, un choix de première ronde en 1998 et de deuxième en 2000, était passé à l’organisation des Kings de Los Angeles à la fin de son contrat initial de trois ans.

Et au cours d’une saison 2003-2004 passée majoritairement avec les Monarchs de Manchester, dans la Ligue américaine, il a été rappelé par le club mené par Luc Robitaille pour trois semaines en février lorsque Roman Cechmanek était blessé.

Mathieu Chouinard bloque un tir de Marc-André Thinel du Canadien.

Le 29 février 2004, il fait son apparition devant le filet des Kings dans un revers de 6-3 contre les Mighty Ducks d’Anaheim au Arrowhead Pond, arrêtant les deux tirs auxquels il a fait face lorsqu’il a été envoyé en relève à Cristobal Huet.

« Ce dont je me rappelle le plus, c’est que mes parents étaient là. Ça faisait deux semaines que j’étais à Los Angeles et je n’avais pas touché la glace encore. Nous avions un home and home avec Anaheim. J’avais dit à mon père et à sa femme de venir parce j’avais comme le feeling qu’il pourrait se passer quelque chose, relate-t-il. Et ça s’est adonné que je suis embarqué sur la glace. Ça a été rapide, je n’ai reçu que deux lancers. Une chance parce que j’étais tellement stressé, ça n’aurait pas été beau si j’en avais eu plus. »

Ce qui était particulier de son apparition unique, c’est qu’il restait environ 9:30 minutes au cadran en troisième période quand il a été envoyé dans la mêlée, mais il n’a joué que 2:43. « Les Ducks ont commencé à prendre des punitions. Donc au lieu de me garder dans le net, ils m’amenaient au banc pour mettre un sixième joueur... Je dis tout le temps qu’ils voulaient juste avoir le gardien le plus rapide possible sur la glace pour revenir au banc, lance-t-il en riant. Après, ce n’était pas le party dans la chambre vu qu’on avait perdu. Mais les gars me félicitaient parce que j’avais joué dans la LNH. C’est là que je l’ai vraiment réalisé. »

Mathieu Chouinard

Chouinard avait alors 23 ans et il espérait bien demeurer avec les Kings, qui avaient l’option de prolonger son contrat l’année suivante. Mais le lock-out décrété l’année suivante a fait qu’il a dû retourner dans la ligue East Coast, avec San Diego. À peine deux ans plus tard, il accrochait ses jambières pour de bon. Il est maintenant entraîneur-chef au Collège St-Laurent.

Neufs arrêts

Quand il était dans l’organisation des Sénateurs, Mathieu Chouinard luttait avec un autre Québécois, Simon Lajeunesse, pour le titre de gardien d’avenir de l’équipe. Ils se sont liés d’amitié et ils ont maintenant en commun qu’ils ont tous deux participé à un seul match, en relève, et qu’ils ont des taux d’efficacité parfaits de 1,000 et des moyennes de 0,00.

Celui qui est aujourd’hui pompier à Longueuil avait commencé sa première saison professionnelle à Mobile, en Alabama (ligue East Coast), avant d’être promu au club-école de la Ligue américaine alors situé à Grand Rapids, au Michigan.

« On m’a rappelé quand un autre gardien s’est blessé et j’ai fait mieux que Mathieu. J’ai été super chanceux, au moment où j’étais là et que ça allait super bien, Jani Hurme s’est blessé à une main. Tout d’un coup, je reçois l’appel : “Tu t’en vas à Los Angeles pour le voyage en Californie.” Puis un autre coup de dé, pendant le match à San Jose, Patrick Lalime a eu une contre-performance et je suis embarqué », raconte-t-il.

Simon Lajeunesse

C’était le 7 mars 2002, avec 3:30 à jouer en deuxième période. Le cerbère de 21 ans arrête Vincent Damphousse dès le départ, puis Teemu Selanne en échappée, notamment. Neuf arrêts en tout et partout. « Il y a eu ensuite des rumeurs que je pourrais jouer le match suivant, mais ça n’a jamais été dans la tête de (l’entraîneur) Jacques Martin. Reste que c’était comme un conte de fées quand j’étais là », dit Lajeunesse, qui a partagé le trophée pour la meilleure moyenne dans la LAH avec Martin Prusek cette saison-là.

L’année suivante, il est le dernier joueur retranché au camp d’entraînement, mais lorsqu’il arrive à Binghamton, Ray Emery est le nouveau gardien d’avenir du nouvel état-major mené par le DG John Muckler. Lajeunesse sera échangé plus tard aux Panthers de la Floride, où il se déchire trois fois l’aine, ce qui le mène à un retour dans la ligue East Coast avant qu’il ne fasse rapidement le choix de retourner aux études.

« Autant la bulle peut être incroyable quand ça va bien, autant elle peut se dégonfler. Ce sont les hauts et les bas du sport professionnel », philosophe-t-il maintenant.