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Sidney Crosby a eu la chance de côtoyer Mario Lemieux à ses débuts dans la LNH.
Sidney Crosby a eu la chance de côtoyer Mario Lemieux à ses débuts dans la LNH.

Crosby, vu par le Québec

Sylvain St-Laurent
Sylvain St-Laurent
Le Droit
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On est un peu chauvins. On aime bien se dire que le Québec a joué un petit rôle dans la carrière de Sidney Crosby. Après tout, sa légende a débuté à Rimouski.

Ce n’est pas tout.

Quand Crosby a disputé son 1000e match en carrière, en début de semaine, on a pris le temps de consulter la longue liste de joueurs qui l’ont côtoyé à Pittsburgh.

On constate que Sid le Kid a évolué avec une bonne vingtaine de hockeyeurs francophones, durant sa carrière.

En discutant avec eux, on peut suivre le fil de sa carrière. On peut aussi en apprendre davantage sur celui qui est devenu le plus grand joueur de sa génération.

La légende de Crosby a commencé au Québec, pendant son séjour avec l’Océanic de Rimouski.

Les débuts

En 2005, André Roy s’est joint aux Penguins à titre de joueur autonome. Son mandat était clair. Il devait protéger le nouveau « sauveur » de la concession.

« Je regardais ça, sur papier, et je me disais qu’on avait une solide équipe. Mario Lemieux s’apprêtait à faire un retour au jeu. On avait embauché Mark Recchi, John LeClair... Sur papier, ç’avait quand même de l’allure », dit-il.

Quand la saison a débuté, Roy s’est vite rendu compte que les autres équipes se souciaient peu des vétérans. « Le plan de matches de toutes les autres équipes consistait à sortir le jeune de sa game en jouant de façon physique. »

Parfois, ça fonctionnait.

« Sidney était quand même un exemple à suivre », intervient un autre coéquipier l’époque, Michel Ouellet.

« On admirait tous son talent pour bien protéger la rondelle. Il réussissait presque toujours à sortir du coin avec ! Et moi, j’en profitais ! Je jouais parfois sur le power play, avec lui. Je scorais des buts ! »

Ouellet, comme Roy, ont vite remarqué que Crosby était une recrue un peu plus sérieuse que les autres.

« Dans le temps, en gymnase, les gars utilisaient surtout le bench et les vélos stationnaires. Sidney, lui, faisait déjà des exercices de pliométrie », raconte Roy.

« Finalement, notre équipe n’était pas si bonne que ça. Sid a quand même réussi à marquer 102 points. C’est un exploit, ça, pour un jeune de 18 ans qui se fait constamment frapper, slasher... »

Promesse faite...

Quand Roy est parti, le jeune prodige se faisait brasser pas mal. Surtout contre les Flyers de Philadelphie.

Georges Laraque était à Phoenix, mais il était profondément malheureux. « Il n’y avait personne dans les gradins et on était déjà éliminés de la course aux séries en décembre », explique-t-il.

« J’avais une clause de non-mouvement. Les Penguins n’étaient pas encore reconnus comme une puissance. Quand j’ai parlé à Michel Therrien, il m’a expliqué que Crosby et Malkin auraient plus d’espace, sur la patinoire, si je me joignais à l’équipe. Il m’a convaincu. Quelle décision ! Je me suis vraiment amusé là-bas ! »

Laraque a participé à la finale de 2008, celle durant laquelle les Penguins ont été battus par les Red Wings de Détroit.

Il est parti, l’été suivant, à titre de joueur autonome.

Malgré tout son succès, le numéro 87 est toujours un bourreau de travail.

« Les Penguins avaient du mal à trouver de la place pour tout le monde, sous le plafond salarial. Ils m’offraient 1 million $ US par année. Je pouvais aller chercher plus, ailleurs. J’étais un homme fort. Je ne savais jamais quand ma carrière allait prendre fin », plaide Laraque.

« Le pire, c’est que Sidney m’a demandé de rester. Il m’a promis que les Penguins gagneraient la coupe dans les trois prochaines années. J’ai signé un contrat avec le Canadien de Montréal. Les Penguins ont gagné la coupe l’année suivante. »

... Promesse tenue

Laraque a quitté Pittsburgh au mauvais moment. Le timing de Philippe Boucher a été bien meilleur.

Georges Laraque dans l'uniforme du Canadien et Philippe Boucher dans celui des Penguins

Il a été impliqué dans une transaction entre les Stars de Dallas et les Penguins, à l’automne 2008.

« À ce moment-là, l’équipe n’allait pas très bien. Je crois qu’elle occupait le 10e rang dans l’Association Est. La direction a décidé de changer certaines choses au sein de l’organisation. Bill Guerin et Chris Kunitz se sont aussi joints au groupe durant l’année », raconte l’ancien défenseur.

« Notre expérience a certainement aidé, à l’extérieur de la patinoire. Sur la glace, c’est le leadership des jeunes qui a fait la différence. »

« Sid était déjà bon. Il est devenu dominant. »

Boucher était un vétéran, à l’époque. Sa famille était restée à Dallas, après la transaction. Il passait donc beaucoup de temps avec ses jeunes coéquipiers célibataires.

« Il y avait Sid, Max Talbot, Kristopher Letang. Les gens disaient que j’étais le père de Kris, étant donné qu’on passait beaucoup de temps ensemble. Sid aimait ça, placoter en français avec nous autres. »

Boucher conserve de précieux souvenirs des célébrations qui ont suivi la victoire, en finale, dans la piscine de Mario Lemieux.

« Sid, c’est un joueur exceptionnel, mais c’est aussi un p’tit gars très normal. Et il n’a pas changé, là-dessus. On est retournés à Pittsburgh pour célébrer le 10e anniversaire de cette conquête. Il a passé des heures avec nous autres, à nous raconter ses vieilles anecdotes. »

Les embûches

On a tendance à l’oublier. Il y a 10 ans, Crosby éprouvait de sérieux problèmes de santé. Les maux de tête persistants et les autres symptômes liés aux commotions cérébrales l’ont poussé à l’inactivité pendant une année complète.

Le défenseur Alexandre Picard était à Pittsburgh, à l’automne 2011, lorsque le numéro 87 préparait son retour.

« C’était presque frustrant. À 70 % de ses capacités, il pouvait accomplir des choses que je n’étais pas capable d’accomplir quand j’étais à 100 % », raconte-t-il.

Picard connaissait Crosby depuis une dizaine d’années, déjà.

« Je l’ai connu durant mes années junior, à Halifax. On avait le même agent, Pat Brisson. J’allais parfois voir Sidney jouer, dans le midget AAA, quand il avait 14 ans. On passait du temps ensemble, la fin de semaine. C’était une bonne personne à l’époque. C’est encore une bonne personne, aujourd’hui. »

« J’ai une vieille photo, dans mon ordinateur. Elle a été prise dans un des premiers matches qui ont suivi le retour de Sidney. On jouait contre les Bruins de Boston. Il venait juste de se faire mettre en échec devant notre banc. C’était le premier gros coup qu’il n’avait pas vu venir. Ça ne la pas affecté. Il a été capable de continuer son match. À ce moment-là, tout le monde s’est dit qu’il serait correct... »

Suite (et fin ?)

Derick Brassard a passé un peu moins d’un an à Pittsburgh. Il est arrivé le 23 février 2018. Il est reparti le 1er février 2019.

« Côtoyer Sidney sur une base quotidienne, ce fut probablement la portion préférée de mon séjour », commente-t-il.

Derick Brassard

Brassard connaissait Crosby en tant que joueur depuis longtemps. Ils ont évolué dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec durant la même période.

« Je ne connaissais pas son côté humain. Je ne savais pas comment il traitait les gens autour de lui. Je parle ici de tous les gars qui faisaient partie de l’équipe. Même ceux qui venaient à peine d’être rappelés des ligues mineures. »

Comme plusieurs autres avant lui, Brassard a été impressionné, aussi, par l’ardeur au travail de son capitaine.

« Même à 32 ou 33 ans, il continue à travailler, chaque jour, dans le but de s’améliorer. Au début de chaque séance d’entraînement, ou presque, il se portait volontaire pour travailler avec l’entraîneur des gardiens, lors des exercices individuels. En plus de réchauffer les gardiens, ça lui donne la chance de travailler sur plein de petits détails, autour du filet. »

« Des fois, les jours de matches, je pensais arriver tôt à l’aréna. Je me pointais, trois heures à l’avance. Sid était déjà là. Il portait son track suit et sa vieille casquette toute sale. Il était dans sa routine. Ce n’était pas le temps de partir une conversation sur tout ou sur rien, quand il a une game à jouer. »