Le sprinteur Aaron Brown était assis sur une chaise dans le couloir numéro 3 de la piste, sous un soleil de plomb.

Les visages de l’athlétisme canadien

Les Championnats canadiens d’athlétisme sont en cours au stade Terry-Fox d’Ottawa. Cela signifie que certains des plus beaux athlètes au pays passent le week-end en ville, dans le secteur de la plage Mooney’s Bay. Chacun a son histoire à raconter. Durant une brève tournée des lieux, jeudi, notre journaliste Sylvain St-Laurent a pris le temps de discuter avec cinq visages connus de l’équipe nationale.

Courir plus vite que DeGrasse

Le sprinteur Aaron Brown était assis sur une chaise dans le couloir numéro 3 de la piste, sous un soleil de plomb, quand nous l’avons aperçu. « Cette météo, c’est magnifique ! Je m’entraîne en Floride. J’ai comme l’impression de me trouver dans ma cour arrière », a-t-il déclaré avec bonne humeur.

Il a pris le temps d’expliquer aux néophytes que l’humidité et la chaleur sont de grandes amies des spécialistes du 100 et du 200 mètres.

« On parvient à s’échauffer plus facilement dans ces conditions. Moi, ça me convient parfaitement. Ça me permet de conserver plus d’énergie pour les courses. »

À 26 ans, Brown possède une médaille olympique. Il faisait partie de l’équipe qui a remporté le bronze au relais 4 X 100 mètres, lors des Jeux de Rio.

Au Brésil, comme presque tous les membres de l’équipe canadienne, il vivait un peu dans l’ombre de la superstar Andre De Grasse.

Il aimerait bien profiter de son passage dans le coin pour lui faire la barbe. 

On dit que le vétéran Gavin Smellie est le principal rival de De Grasse, cette semaine. La finale du 100 mètres sera disputée vendredi soir.

Il ne faudrait pas écarter Brown. À la fin du mois juin, il a battu De Grasse dans une compétition d’athlétisme qui se déroulait à Burnaby, en Colombie-Britannique.

« Il pourrait y avoir des surprises, dit l’athlète né à Los Angeles, mais qui s’entraîne à Toronto. Je ne voudrais surtout pas prendre les autres compétiteurs à la légère. »

Plus mince, mais aussi plus forte

Phylicia George a un peu délaissé l’athlétisme dans les derniers mois. Son petit flirt avec les sports d’hiver lui a permis de récolter de précieux souvenirs. Elle s’est qualifiée pour les Jeux olympiques de PyeongChang. Elle est même revenue de Corée avec une médaille de bronze en bobsleigh dans ses bagages.

L’énergique femme de 30 ans est heureuse de retrouver un environnement qui lui est familier.

« L’athlétisme, c’est ma passion. J’aime ce sport plus que tout. Je participe à des épreuves de piste depuis que j’ai 15 ans. Mon objectif, c’est de remporter une médaille aux Jeux d’été, maintenant. Je veux aller à Tokyo. Je veux participer aux Jeux pour une quatrième fois », déclare-t-elle.

Le retour aux sports d’été ne se fait pas facilement. Mme George ne participera pas aux épreuves de haies, cette semaine. C’est généralement là qu’elle livre ses meilleures performances.

« J’ai été obligée de prendre du poids pour le bobsleigh. J’ai ajouté une bonne quinzaine de livres à ma charpente », d’expliquer celle qui a l’impression d’avoir passé la saison froide au grand complet dans la salle de musculation.

« Il n’a pas été facile de me défaire de tout ce poids, mais j’y suis arrivée. J’essaie maintenant de me réhabituer à la technique des sports d’été. »

« J’ai réalisé de belles choses dans les derniers mois. L’automne dernier, je n’avais même pas ma place dans l’équipe nationale de bobsleigh. J’ai fini par gagner une médaille. Je suis quelqu’un de tenace, vous savez. Je suis aussi quelqu’un qui oublie vite. Tout ça, c’est du passé, maintenant. »

Moins de sprints, plus de marathons

Dans son fauteuil roulant, Brent Lakatos a complètement dominé les sprints lors des derniers championnats mondiaux. Il a remporté l’or sur 100 mètres, sur 200 mètres, sur 400 mètres, sur 800 mètres,..

Le Québécois de Dorval a donc choisi de se réorienter vers les épreuves de plus longues distances. Il veut désormais s’illustrer sur 5000 mètres.

Il est âgé de 38 ans. Il ne serait pas le premier athlète à migrer vers les épreuves de fond pour étirer sa carrière compétitive de quelques années !

Ce n’est pas nécessairement le cas.

« L’année dernière, j’ai changé mes gants. Ce fut un changement radical qui m’a permis de vraiment améliorer ma vitesse moyenne », explique-t-il.

« Je me dis qu’en parvenant à maintenir une meilleure vitesse de pointe, je pourrais me lancer dans les marathons », continue-t-il.

Lakatos a couru son premier marathon dans les rues de Berlin, l’automne dernier. L’homme qui vit en Grande-Bretagne — il a épousé une anglaise — a eu la piqûre. Les courses de très longue distance pourraient lui permettre de voir le monde. « Les meilleurs marathons au monde sont à Londres, Paris, Berlin, New York, Chicago, Tokyo... Je pourrais peut-être faire Boston, aussi. »

Mes bas, le reflet de mon âme

Le compliment et la question qui a suivi ont déstabilisé un peu Crystal Emmanuel.

Une fillette avait préparé une question pour la meilleure sprinteuse au Canada. « Je trouve que vous portez toujours de très beaux bas lors de vos compétitions. Comment les choisissez-vous ? »

Mme Emmanuel a répondu que le choix est plus facile quand elle compétitionne sur la scène internationale.

« Dans ce temps-là, je vais toujours choisir des bas où on voit le drapeau canadien », dit-elle.

Lors des rencontres d’athlétisme qui se déroulent au pays, elle cherche à porter des bas qui reflètent sa personnalité. « Il faut aussi qu’ils s’agencent avec le reste de ma tenue », d’insister la jeune femme de 26 ans en pleine ascension, qui a pris le cinquième rang sur 200 mètres lors des Jeux du Commonwealth, l’hiver dernier.

Une ville d’athlétisme

Ottawa a fracassé un record d’assistance pour les championnats nationaux d’athlétisme, l’an dernier. Ce record pourrait être battu à nouveau en 2018. « On a l’habitude d’organiser de très beaux événements », d’affirmer avec fierté Glenroy Gilbert. L’ancien spécialiste du 100 mètres connaît une belle carrière d’entraîneur, dans la capitale.

Par ailleurs, une rumeur circulait au stade, jeudi. Le maire d’Ottawa, Jim Watson, a plus ou moins confirmé que sa ville accueillera très bientôt les championnats canadiens de cross-country.