Steve Mandanda (gauche), Hugo Lloris (centre) et Olivier Giroud (droite) se préparent pour la prochaine Coupe du Monde près de leur camp de Clairefontaine-en-Yvelines.

Les Bleus, cette bande de jeunes

Adrien Rabiot a sans doute commis une erreur de jeunesse en refusant d’être suppléant : le visage juvénile de l’équipe de France au Mondial-2018 comporte une part de risque, et accentue encore le rôle dévolu aux cadres.

Parmi les 23, neuf joueurs comptent moins de dix sélections, pour une moyenne d’âge légèrement inférieure à 26 ans. De la Coupe du monde 2014 au Brésil, il reste six survivants (Lloris, Varane, Matuidi, Pogba, Giroud et Griezmann) et de l’Euro-2016 achevé en finale au Stade de France, neuf.

« Comparativement à d’autres équipes, le Brésil, l’Espagne ou l’Allemagne, au niveau compteur de sélections, on en a beaucoup moins. Après, l’ambition, on l’a, mais il faudra le démontrer sur le terrain », souligne Didier Deschamps.

Depuis deux ans, le sélectionneur a largement ouvert la porte. Certains sont déjà incontournables, comme le petit prodige parisien Kylian Mbappé, 19 ans seulement.

D’autres ont créé la surprise, à l’image de Benjamin Pavard, 22 ans et convoqué pour la première fois en novembre dernier, à un poste de latéral droit relativement sinistré en sélection.

Pour le Mondial, Deschamps n’a pas changé de stratégie. Il a ainsi à nouveau fait appel au jeune défenseur de Stuttgart, alors que Mathieu Debuchy, 32 ans et 27 sélections, refaisait parler de lui à Saint-Etienne.

« Se forger un caractère »
Au total, ils sont quatorze néophytes en grande compétition internationale.

« C’est une génération qui n’a pas peur de l’échec », loue l’entraîneur-adjoint Guy Stéphan, interrogé par l’AFP. « Quelqu’un comme Ousmane Dembélé est capable de rater trois ou quatre dribbles de suite et réussir le cinquième. C’est aussi une génération qui n’a pas peur de s’expatrier. A 21 ans, ils ont déjà fait trois pays. Ca n’arrivait jamais avant. »

« Après, c’est une génération qui zappe beaucoup, qui a une faculté de concentration peut-être moins importante. Il faut en tenir compte dans les séances vidéo ou dans les causeries », nuance le bras droit de Didier Deschamps.

Les Bleus vont-ils être pénalisés par ce manque d’expérience au plus haut niveau ? Le sélectionneur a en tout cas accusé le coup début mai en apprenant le forfait de Laurent Koscielny. Le rugueux défenseur d’Arsenal (32 ans, 51 sélections) était « un leader par l’exemplarité, quelqu’un qui humainement et sportivement était très important pour le groupe ».

Lors du dernier rassemblement, mitigé avec une défaite contre la Colombie (3-2) avant une victoire en Russie (3-1), la naïveté de cette équipe de France a été évoquée. « C’est bien quand tout est tout beau, tout rose, mais il faut aussi se forger du caractère pour réagir » quand ça va moins bien, avait commenté Olivier Giroud.

Hormis Deschamps, quels peuvent être les aboyeurs, les patrons chargés de guider toute cette troupe de jeunes talents ?

Du haut de ses 96 sélections, Lloris est le plus expérimenté. Comme l’a confié à l’AFP l’entraîneur des gardiens Franck Raviot, le capitaine des Bleus est un « leader par ses performances » et parle « à bon escient », même si ce n’est pas « quelqu’un qui va crier fort et parler haut ».

Pogba veut prendre les rênes
Les regards se tournent aussi vers les deux vedettes de cette équipe, Antoine Griezmann et Paul Pogba.

« Leader, patron, non ça ne m’intéresse pas », a répondu Griezmann au mois de mars, alors que Deschamps le présente régulièrement comme « le leader technique » de son équipe. « Je veux être libre sur le terrain comme je le suis. Je veux être heureux comme je le suis, » a-t-il souligné.

Paul Pogba, parfois critiqué pour ses performances inconstantes en Bleu, a de son côté récemment expliqué sur Canal Plus qu’il voulait « prendre les rênes de l’équipe de France » et « essayer d’être patron, sur le terrain et en dehors du terrain ».

Il y a aussi le grognard Blaise Matuidi, 31 ans, souvent lancé en conférence de presse par le sélectionneur pour montrer la voie. Le vice-capitaine Raphaël Varane semble d’un naturel plus réservé, quand Giroud reconnaît qu’il n’a pas spécialement le goût aux prises de parole dans le vestiaire.

Un problème en Russie ? « C’est la tendance médiatique de dire qu’il manque des leaders, mais on ne fait pas les résultats qui ont été réalisés s’il n’y a pas de leaders », assure l’ancien international Florent Malouda. « J’ai toujours en tête l’Euro, c’est la compétition qui compte. A l’Euro, quand on voit le parcours, les matches à pression, des joueurs se sont révélés, ont pris leurs responsabilités, après on peut toujours faire mieux, mais il ne faut pas non plus s’autoflageller ».