Michel Brunet, en compagnie de ses deux garçons Cédrick , qui pratique le patinage de vitesse, et Frédéric, qui évolue comme à la ligne bleue de l’Océanic de Rimouski dans la LHJMQ.
Michel Brunet, en compagnie de ses deux garçons Cédrick , qui pratique le patinage de vitesse, et Frédéric, qui évolue comme à la ligne bleue de l’Océanic de Rimouski dans la LHJMQ.

L’enfant dans le corps d’adulte

Martin Comtois
Martin Comtois
Le Droit
CHRONIQUE — QUE SONT-ILS DEVENUS? / Michel Brunet dansait très bien sur la glace. Au point où il a participé cinq fois aux championnats du monde de patinage artistique en plus de goûter aux Jeux olympiques en 1998.

Deux décennies plus tard, à la veille de fêter ses 50 ans, le Hullois danse à nouveau. Cette fois-ci sur un plancher.

Sa conjointe Brigitte l’a convaincu de suivre des leçons de danse avec elle. «On a commencé à faire ça puisque nos deux gars sont partis de la maison. Je vais être honnête. Ça m’a pris un peu de temps. Ça fait maintenant un mois et demi et là, les hanches commencent à rouler. Ça va pas pire», dit-il.

Sur cette confidence, Brunet se met à rire. Il sait trop bien que la confidence finira par se retrouver dans le journal.

Le cadran indique 16h quand l’ancien vice-champion canadien appelle. Il était sur la route pour le travail.

Brunet possède son entreprise. Il vend des terminaux Interac à des commerçants depuis une douzaine d’années.

«Je suis un peu partout. De Gatineau à Vancouver en passant par le Nouveau-Brunswick. Je couche à l’hôtel deux nuits par semaine, note-t-il en apportant un bémol.

«Je ne bouge pu autant qu’avant par contre», se désole-t-il.

Tout ça à cause de la COVID-19 qui force un peu tout le monde au télétravail, si possible. «Dans notre domaine, tu aimes faire des affaires face à face, surtout quand ça concerne de l’argent», rappelle-t-il.

Brunet a pris sa retraite du patinage artistique en 1999, un an après les Jeux olympiques à Nagano où il avait terminé 19e aux côtés de Chantal Lefebvre.

À défaut de ramener une médaille en Outaouais, il a rencontré sa future épouse au Japon. La physiothérapeute Brigitte Gauthier était aux Jeux, s’occupant de l’équipe canadienne de ski acrobatique qui comprenait son frère Dominik.

«Quand nous sommes revenus au pays, nous étions à l’aéroport de Vancouver à attendre pour notre vol respectif. Brigitte s’en allait à Québec, moi à Gatineau. Son vol a été annulé. Je l’ai donc invité à passer une semaine et demie chez moi. On ne sait jamais laissé par la suite!»

Michel Brunet avec sa conjointe Brigitte Gauthier

Le couple a eu deux garçons. Cédrick est né en 2000. Il pratique le patinage de vitesse à Québec. Quant à Frédéric, qui a 17 ans, il est défenseur chez l’Océanic de Rimouski.

«J’ai une belle conjointe et deux beaux enfants. Ce sont mes médailles des Jeux», lance Michel Brunet au sujet de sa famille.

Ce dernier a longtemps été impliqué dans le baseball mineur à Gatineau à titre d’entraîneur pour les équipes de ses garçons. Il ne passait pas inaperçu au parc, dit-on.

«Je ne l’ai jamais caché. Je suis très émotif. Je suis un enfant dans un corps d’adulte», dit-il en riant.

Ce sont des étés qu’il a bien savouré aux côtés de ses enfants, lui qui avait perdu son père à un cancer à l’âge de 10 ans.

Brunet enfile encore des patins, mais pas pour effectuer des pirouettes. Le patinage artistique, c’est bel et bien fini. Il s’est tourné vers le hockey dans une ligue d’adultes.

Un truc dont il ne s’ennuie pas? Les sacrifices qu’il a dû faire pendant un an pour préparer son aventure olympique.

«On pratiquait trois jours par semaine à Lake Placid avec des coaches russes. Le jeudi, c’était de 8h à 14h. Après l’entraînement, on partait pour se rendre immédiatement à Châteauguay où je travaillais à la Cage aux sports jusqu’à 3 h du matin. Je me levais ensuite à 6h le matin pour m’entraîner à Brossard, raconte-t-il.

«Je travaillais le week-end aussi. Je n’avais pas le choix.»

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PATINER DEVANT 20 000 SPECTATEURS

C’était l’âge d’or du patinage artistique.

Une équipe canadienne qui a vu défiler les Kurt Browning, Elvis Stojko, Josée Chouinard, Isabelle Brasseur et Lloyd Eisler, Kristy Sargeant et Kris Wirtz de même que Shae-Lynn Bourne et Victor Kraatz.

Michel Brunet a fait partie de cette brochette d’étoiles durant les années 1990. Il a remporté l’argent six ans de suite en danse aux championnats nationaux derrière Bourne et Kraatz. D’abord en 1994 et 1995 avec Jennifer Boyce, puis de 1996 à 1999 en compagnie de Chantal Lefebvre.

«On patinait devant 20 000 personnes à l’époque. Mes gars ne me croient pas quand je leur raconte ça», relate Brunet. Maintenant, c’est beau s’il y a 6000 à 7000 spectateurs pour un événement majeur de patinage artistique.

«C’était le summum du patinage au Canada. Nous étions bons dans toutes les catégories. Les gens savaient qu’ils avaient un bon spectacle en venant nous voir. Ils savaient qu’un patineur canadien avait une chance de gagner. Et on ne le se cachera pas, les gens ici veulent voir des gagnants. C’est pourquoi les Expos sont partis.»