L’ambiance au centre Robert-Guertin a changé depuis l’époque de Bob Bissonnette.

Le Vieux-Bob au temps de Bob

CHRONIQUE / Jean-François Plante m’avait prévenu. En tant que journaliste affecté à la couverture du hockey junior, au Droit, Jean-François a eu le bonheur d’établir un lien privilégié avec Bob Bissonnette. On peut même dire qu’ils étaient amis.

JF a donc fait partie des chanceux qui ont pu voir ROCKSTAR. Pis pas à peu près, le documentaire qui rend hommage à l’ancien hockeyeur devenu chanteur.

En tant qu’ami, JF connaissait déjà très bien le parcours extraordinaire de cet homme ordinaire.

Il y a un élément, par contre, qui l’a complètement déstabilisé. « Guertin, qu’il m’a dit. Aller voir un match à Guertin, dans ces années-là... Ce n’était pas comme aujourd’hui. »

J’ai enfin pu voir le film, à mon tour.

Jean-François avait bien raison.

Le réalisateur Bruno Lachance n’a pas retenu tant de séquences de jeu tournées dans le temple de la rue Carillon.

On voit quand même quelques buts, quelques combats et au moins un plan où la foule célèbre une grosse victoire en séries.

Ça brassait dans la cabane.

C’était la fin des années 1990, juste après la conquête de la coupe Memorial. Claude Julien était le coach. Ales Hemsky et Bruno Lemire étaient les stars. Maxime Talbot était la recrue. L’Outaouais adorait son équipe de hockey junior.

Cérémonie en hommage à Bob Bissonnette

Vingt ans plus tard, ce n’est plus exactement cela.

Je n’ai pas vu les matches de séries du printemps dernier. On m’a dit que ça ne brassait... pas tellement.

Je n’ai pas vu les matches préparatoires. Une connaissance me parlait d’une « bonne foule » d’environ 500 personnes pour l’affrontement avec les 67’s d’Ottawa au Complexe Branchaud-Brière.

Dans le temps où Bob Bissonnette se frottait au matamore des 67’s Lance Galbraith, les arénas étaient remplis à craquer et la région d’Ottawa-Hull au grand complet savait ce qui se passait.

La saison 2019-2020 de la LHJMQ a officiellement pris son envol, vendredi soir. C’est la dernière saison qui sera disputée, d’un bout à l’autre, à Guertin.

On ne sait pas trop à quoi ressemblera le match d’ouverture à domicile, la semaine prochaine.

Il y a un an, environ, je parlais aux dirigeants des Olympiques. Le gouverneur Nicolas Gosselin me disait à quel point il était emballé à l’idée d’organiser la fermeture de cet endroit légendaire.

On a bien hâte de voir ce qu’il nous réserve.

En attendant, on ne peut pas dire qu’on ressent la fièvre. La preuve : ROCKSTAR. Pis pas à peu près a officiellement pris l’affiche vendredi soir dans une vingtaine de salles, au Québec et au Nouveau-Brunswick. Bruno Lachance et son équipe ont réussi à trouver des partenaires dans tout plein de régions. Mais pas en Outaouais. Là où la légende a commencé.

Si jamais quelques fans nostalgiques des Olympiques souhaitent revivre de bons moments, ils devront se résoudre à faire un peu de route. Le film est présenté ce week-end au Cinéma Saint-Eustache, au Carrefour du Nord de Saint-Jérôme ou encore à Montréal, au Cinéplex Quartier Latin.

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Jean-François Plante est un peu mal à l’aise quand je parle de sa relation privilégiée avec la Rock Star.

« Bob avait beaucoup d’amis ! Nous sommes donc plusieurs chanceux à avoir vécu le “plus beau jour de notre vie” avec lui », m’a-t-il écrit.

J’ai donc pris le temps d’en contacter un autre, vendredi après-midi.

Je ne vous vendrai pas trop de punchs, mais Bruno Gervais offre une des meilleures anecdotes du film. Il parle d’un match, à l’époque où il était une recrue avec le Titan d’Acadie-Bathurst. Dans cette rencontre, Roberto Bissonnette l’a sournoisement attaqué. Il n’a pas eu la chance de se défendre.

Deux semaines plus tard, Bissonnette était échangé. Il passait de Hull... à Bathurst.

Dans le vestiaire, les deux étaient assis côte à côte. « Le premier jour, Bob m’a serré l’épaule et il s’est excusé », m’a raconté celui qui gagne aujourd’hui sa vie comme analyste à RDS.

Dans les semaines qui ont suivi, le petit défenseur de 16 ans s’est mis à suivre le vieux policier de 20 ans partout. Pour apprendre.

« Un jour, avant de sauter sur la glace, Bob m’a regardé dans les yeux et il m’a dit que j’étais un vrai. Recevoir un compliment comme ça de la part d’un gars comme lui... À partir de ce moment-là, j’avais l’impression de mesurer deux pouces de plus. Et de peser 15 livres de plus ! »