Le receveur du Rouge et Noir, Greg Ellingson, a marqué le touché qui propulsait son équipe au match de la Coupe Grey pour le première fois de son histoire.
Le receveur du Rouge et Noir, Greg Ellingson, a marqué le touché qui propulsait son équipe au match de la Coupe Grey pour le première fois de son histoire.

Le touché qui a tout changé

Martin Comtois
Martin Comtois
Le Droit
Une remise trop haute effectuée par le centre. Un quart-arrière qui jongle avec le ballon loin dans le territoire de son équipe. Une longue passe lancée en désespoir qui est captée par un receveur se dirigeant ensuite sans problème dans la zone des buts.

Les partisans qui sautent dans les gradins de la Place TD en voyant ce touché victorieux. Même les gardiens de sécurité célèbrent le long des lignes de côté.

Bienvenue à l’un des moments les plus importants survenus dans les annales du sport à Ottawa.

Ce jeu avait permis au Rouge et Noir d’accéder au match de la coupe Grey pour la première fois de sa jeune histoire, il y a exactement cinq ans. Greg Ellingson avait inscrit un touché de 93 verges avec 85 secondes à écouler pour donner un gain de 35-28 aux siens en finale de l’Est contre les Tigers-Cats de Hamilton.

« Les gens autour de moi jubilaient dans les estrades. Je n’en revenais pas non plus de ce que je vais de voir », raconte Vincent Rulé, un partisan du Rouge et Noir.

« Tu ne t’attends jamais à un jeu comme ça en fin de match.... Et je ne sais pas s’il y aura un autre moment de la sorte dans l’avenir de l’équipe. Ce sera difficile à battre », ajoute pour sa part le directeur général Marcel Desjardins.

« Un moment qui a défini notre organisation, qui a donné le ton aux années à venir », affirme le maraudeur Antoine Pruneau.

Ces trois personnes ont été des témoins francophones privilégiés de ce dimanche après-midi du 22 novembre 2015, à Ottawa.

Un se trouvait dans les estrades, le second sur les lignes de côté et l’autre dans le feu de l’action. Trois points de vue différents sur ce touché victorieux, les célébrations qui ont suivi et l’impact du jeu.

« Il faut se rappeler que la saison précédente, le Rouge et Noir n’avait gagné que deux fois. Puis uwn an plus tard, à seulement sa deuxième saison, l’équipe se retrouve à jouer un match éliminatoire à la maison », souligne Rulé. C’était du jamais vu dans le coin depuis trois décennies. La dernière partie éliminatoire de la LCF à Ottawa remontait à 1983 à l’époque des défunts Rough Riders.

Cette longue disette explique pourquoi le Rouge et Noir n’a eu aucun problème à afficher complet pour cette finale de l’Est. Ils étaient plus de 25 000 spectateurs.

« Il y avait déjà une atmosphère spéciale avant le match quand tu marchais sur le site... un élément de fierté chez les gens, relate Marcel Desjardins. Puis une fois le match commencé, c’était encore plus spécial. Les deux équipes s’échangeaient des touchés. »

Le directeur général du Rouge et Noir d'Ottawa, Marcel Desjardins

C’était une bagarre à finir entre les deux quarts. D’un côté le vétéran Henry Burris chez le Rouge et Noir et Jeremiah Masoli dans le camp des Tiger-Cats.

Ottawa menait 28-21 avec moins de deux minutes à faire au match lorsque Luke Tasker a effectué un attrapé spectaculaire pour créer à nouveau l’égalité.

Pruneau s’en souvient. Il disputait son premier match éliminatoire dans la LCF. Mais surtout, c’est lui qui avait été battu de justesse par le receveur adverse sur ce touché qui ramenait les deux équipes à la case départ.

« J’étais débiné en revenant sur les lignes de côté. Mais quand j’ai vu Henry embarquer sur le terrain avec les autres gars de l’attaque, j’avais le sentiment que quelque chose allait arriver. »


« Un moment qui a défini notre organisation, qui a donné le ton aux années à venir. »
Antoine Pruneau

Mais avant que Burris réussisse le jeu mémorable, le quart-arrière avait donné la frousse à Pruneau, ses patrons et les amateurs sur place.

« On l’oublie, mais sur le jeu précédent, Henry était passé à quelques pouces de voir sa passe être interceptée », note Vincent Rulé. L’ailier défensif des Tiger-Cats, Arnaud Gascon-Nadon, avait échappé le ballon.

« S’il le captait, c’était fini. Ottawa perdait le match. »

La chance était au rendez-vous pour le Rouge et Noir... et un peu d’improvisation.

Car le jeu qui a mené au touché d’Ellingson n’était pas celui choisi par le coordonnateur à l’attaque de l’époque, Jason Maas. Burris avait modifié le tout sur le tas.

« Quand j’ai vu Greg attraper le ballon dans les airs et les deux joueurs de Hamilton tomber au sol, j’ai tout de suite oublié ma bévue sur le jeu précédent en défensive. Je savais qu’on gagnait », avoue Pruneau.

« C’était l’euphorie dans la place », se remémore Marcel Desjardins, qui a grandi en tant que partisan des défunts Riders, une franchise ayant perdu plus souvent qu’elle gagnait dans les années 1980 et 1990 avant de fermer boutique. « En connaissant l’histoire du football à Ottawa, je comprenais la réaction des gens, la signification pour eux de ce qui venait de se produire », dit-il.

Une semaine plus tard à Winnipeg, le Rouge et Noir s’inclinait de justesse au match de la coupe Grey contre les Eskimos d’Edmonton. Il allait se reprendre l’année suivante en gagnant le trophée, donnant à Ottawa une première conquête en 40 ans.

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