George Singfield a conservé le ballon de ce fameux match, qui ne voulait pas finir en 1996. Il dirigeait les Gee Gees de D’Arcy-McGee.
George Singfield a conservé le ballon de ce fameux match, qui ne voulait pas finir en 1996. Il dirigeait les Gee Gees de D’Arcy-McGee.

Le match qui ne finissait pas

CHRONIQUE — QUE SONT-ILS DEVENUS? / Cinq heures et surtout cinq périodes de prolongation ont été nécessaires pour déterminer le gagnant de cette finale du Bol d’Or. Ce match qui refusait de finir impliquait une équipe de football scolaire de l’Outaouais.

Ça se passait le 17 novembre 1996 au Stade olympique. Les Gee Gees de l’école secondaire D’Arcy-McGee de Hull s’étaient inclinés 35-29 contre les Lions de l’école secondaire Chavigny de Trois-Rivières.

« Je n’avais jamais vu une partie comme ça », laisse tomber Denis Benoit au bout du fil.

Le sexagénaire a dirigé diverses équipes de football, dont en Europe, pendant la moitié de sa vie. Il était coordonnateur défensif des Gee Gees lors du dimanche en question. L’entraîneur-chef était son ami George Singfield.

« Les gars tombaient un peu partout, pas en raison de blessures. Ils étaient victimes de crampes. Ils étaient épuisés », raconte Benoit.

« À un certain moment, nous n’avions plus rien à donner à manger aux joueurs sur les lignes de côté », se rappelle pour sa part Singfield.

« Nous avions écoulé toutes nos oranges et bananes. Des professeurs qui avaient fait le voyage avec des parents s’étaient rués aux concessions alimentaires du stade pour acheter de la nourriture et des boissons énergisantes. »

Les Gee Gees de l'école secondaire D'Arcy-McGee s'étaient inclinés dans une finale du Bol d'Or mémorable qui avait nécessité cinq prolongations en 1996. Sur la photo, on aperçoit Martin Amigao (89) en compagnie du quart Trevor Boyd (13) et Felix Medeiros (51). Devant eux se trouve le fils d'un des entraîneurs qui était membre honoraire de l'équipe. Photo tirée de l'album des finissants de l'école secondaire D'Arcy-McGee.

Martin Amigao s’en souvient très bien. Il carburait aux barres de chocolat à un certain moment.

« J’ai mangé beaucoup de Snickers, lance-t-il en riant. Parfois, j’avais encore une bouchée dans la bouche en m’apprêtant à remettre le ballon au quart-arrière. »

Maintenant électricien, Amigao faisait partie de la poignée d’ados qui ont passé tout le match sur le terrain, ou presque. Que ce soit en offensive, en défensive ou au sein des unités spéciales.

Ce dernier a commencé la journée en tant que centre. Puis il a été muté en tant qu’ailier rapproché, marquant même un des touchés des Gee Gees.

« L’autre chose dont je me souviens, c’est que nous n’avons jamais cessé de nous battre, même si à la fin, nous étions tellement vidés que nous ne pouvions pas courir plus de cinq verges avant de tomber. »

Sauf peut-être un joueur. Le demi-offensif Jean-Philippe Davilmar était le lapin Energizer des Gee Gees. Il avait porté le ballon 51 fois pour 323 verges.

Les organisateurs du Bol d’Or l’avaient nommé joueur par excellence du match. « Ce gars-là pouvait courir », avoue son coéquipier Felix Medeiros, qui avait passé toute la partie sur le terrain à diverses positions.

« Tu n’avais qu’à offrir un bloc ou deux à JP et il était parti », ajoute Medeiros, qui est devenu technicien chez Bell quelques années plus tard.

Le quart-arrière des Gee Gees lors de ce match, Trevor Boyd, fait carrière dans les Forces armées canadiennes. Quant à Davilmar, il avait obtenu, quelques années plus tard, un essai chez les défunts Renenagades d’Ottawa dans la LCF.

Le quart-arrière des Gee Gees de D'Arcy-McGee en 1996, Trevor Boyd, qui est assis aux côtés du coordonnateur défensif de l'époque, Denis Benoit.

« Je pourrais passer en revue chaque nom sur l’alignement de cette équipe. Tous les joueurs étaient des leaders, affirme Singfield. C’est ce qui explique pourquoi ils n’ont jamais abandonné dans ce match-là. »

Même quand ils tiraient de l’arrière 21-7 à la mi-temps. Les Gee Gees avaient effectué une remontée en deuxième demie pour forcer la prolongation.

« Quand le sifflet s’est fait entendre à la fin du match, je me souviens de m’être écroulé sur mes genoux tellement j’étais à la fois épuisé, émotif, mais aussi soulagé que ce soit fini, confie Martin Amigao. Tous les gars avaient pleuré. »

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UN BALLON QUI A SUIVI LE COACH PARTOUT

Il reste peu de traces de ce marathon de football. À peine quelques vieilles photos, des chandails et le ballon du match.

Felix Medeiros croyait bien avoir une cassette VHS de la finale du Bol d’Or. « Mon père avait filmé la première demie avant que les piles de la caméra vidéo cèdent », relate le secondeur.

« Mais plus tard, il a enregistré une émission de télé par-dessus... Ça fait mal ça ! »

En revanche, Medeiros possède toujours le chandail qu’il portait ce jour-là. Quant à l’entraîneur-chef George Singfield, il s’était vu remettre le ballon du match. « Je l’ai encore. Il m’a suivi partout », dit-il.

« Chaque fois que je le regarde, il me rappelle à quel point j’étais fier de ce groupe de joueurs et entraîneurs. Ces gars-là étaient disciplinés et faisaient preuve d’un bel esprit sportif. Il fallait un gagnant. Tu aurais pu faire pile ou face, tellement c’était serré. Ça aurait pu être facilement nous. »

Avant d’être déployé en mission en Afghanistan en 2007, Trevor Boyd avait rendu visite au coach. « George m’avait lancé le ballon. C’était la première fois que je touchais à ce ballon depuis ce fameux match », souligne l’ancien quart.