Marilou Gosselin s’est assise derrière un clavier dans les derniers jours. Une lettre d’opinion intitulée «Que nous reste-t-il?» a été pondue dans l’espoir qu’elle soit publiée dans les médias.
Marilou Gosselin s’est assise derrière un clavier dans les derniers jours. Une lettre d’opinion intitulée «Que nous reste-t-il?» a été pondue dans l’espoir qu’elle soit publiée dans les médias.

Le cri du coeur de Marilou Gosselin

Martin Comtois
Martin Comtois
Le Droit
Marilou Gosselin avait besoin de ventiler. Lancer un cri du coeur. Faire connaître sa frustration. Autant comme adolescente qu’athlète.

La gymnaste gatinoise et ancienne vice-championne québécoise s’est assise derrière un clavier dans les derniers jours. Une lettre d’opinion intitulée «Que nous reste-t-il?» a été pondue dans l’espoir qu’elle soit publiée dans les médias dont la majorité a surtout parlé des sportifs professionnels et olympiques depuis le début de la pandémie.

«L’année 2020 n’était que du positif. En janvier, ce fut mon retour à la compétition au niveau national après une grave blessure et deux opérations au genou. Mais, ce n’était qu’un début... En avril, il y aurait les Championnats québécois, en mai les Championnats canadiens, commence par écrire l’étudiante de cinquième secondaire à la polyvalente Nicolas-Gatineau.

«De plus, 2020 représente la fin de mes études secondaires. Donc, évidemment en juin mon bal des finissants. Aussi, durant l’été, je retournais en stage à l’Académie d’été du CHUM pour parfaire mes connaissances dans le domaine de la santé. Comme je l’ai mentionné, ce n’était que du positif pour moi. Au mois de mars, la COVID- 19 est entrée dans nos vies et m’a tout pris. On a subitement fermé mon école. On m’a interdit de voir mes amis. On a fermé mon club de gymnastique et toutes nos compétitions ont été annulées. J’ai perdu mon emploi de juge en gymnastique. Mon stage au CHUM a été annulé. Mon bal des finissants que j’attendais depuis 5 ans a été annulé. Le gala de gymnastique et le gala académique du sport-études ont aussi été annulés.


« Je comprends que tout le monde doit faire des sacrifices, mais je trouve que les adolescents sont laissés à eux-mêmes depuis le début. Ils sont un peu sacrifiés. »
Marilou Gosselin

«Il y a deux semaines, je suis entrée dans mon école et je suis ressortie avec ma caisse de lait contenant mes effets scolaires. Je n’aurais jamais imaginé que mes années d’études secondaires se termineraient ainsi. Je n’ai pas pu remercier mes enseignants, je n’ai pas pu dire au revoir à mes amis, je n’ai pas pu fermer la boucle. Je me sens terriblement triste, car je sens qu’on m’a enlevé tout ce qui était important pour moi.»

Ce n’est qu’un bref extrait de la lettre. Mais le portait s’avère clair.

Gosselin s’avère une jeune femme articulée. On l’a déjà croisé dans le passé à la palestre du centre sportif.

Le calepin de notes s’était rempli à une vitesse phénoménale. À l’époque, elle avait relaté son expérience à personnifier la reine des Jeux olympiques de 1976, Nadia Comaneci, lors des festivités du 375e anniversaire de Montréal.

Cette fois-ci, l’entrevue s’est effectuée au téléphone. Le contexte a été moins jojo.

«Je ne suis pas la seule qui est frustrée en ce moment, précise l’athlète âgée de 17 ans au Droit.

«Je comprends que tout le monde doit faire des sacrifices, mais je trouve que les adolescents sont laissés à eux-mêmes depuis le début. Ils sont un peu sacrifiés. Les écoles primaires ont été rouvertes. Les adultes peuvent jouer au golf. Mais moi, je ne peux pas pratiquer le sport que je fais depuis toujours.

«Ce que je trouve encore plus frustrant, c’est que les gymnastes à Ottawa, qui habitent à 15 minutes de chez moi, peuvent maintenant s’entraîner, mais pas nous ici à Gatineau (...) Même si on me dit que je dois porter un masque à l’entraînement, ça ne me dérangera pas. On prendra juste plus de pauses.»

En attendant de retrouver sa vie d’athlète, Marilou Gosselin garde la forme en suivant des entraînements virtuels. Elle s’est aussi tapé un marathon le week-end précédent.

«À la marche, souligne-t-elle. Je suis partie avec mon amie Sandrine à 4h30 du matin. Nous avons marché 42 km à Ottawa. Ça nous a pris neuf heures puisque nous avons arrêté pour une petite pause afin de manger et nous reposer.»

Et la gymnaste ajoute une précision.

«Nous avons gardé une distance de deux mètres entre nous deux!»