En match préparatoire, Karl Alzner a montré qu’il était un défenseur robuste, ici aux dépens de Mike Hoffman des Sénateurs.

Le changement de vie de Karl Alzner

ARLINGTON — Quand on a habité à Washington et dans l’Ouest canadien toute sa vie, Montréal peut bien paraître un brin exotique, du moins pour la question linguistique. Karl Alzner l’admet : en débarquant dans la métropole, il ne savait pas trop à quoi ressemblerait la vie quotidienne dans la plus grande ville francophone d’Amérique du Nord.

«Un midi au restaurant, j’ai passé ma commande et demandé un extra d’avocat [avocado]» raconte le défenseur du Canadien. «La caissière a compris que je voulais un chèque-cadeau!» On devine qu’Alzner a finalement eu droit à sa ration d’avocat. Mais surtout, il s’est vite senti à l’aise dans sa nouvelle ville d’adoption.

«La question linguistique nous inquiétait, car on ne parle pas français. On ne savait pas comment on allait interagir avec les gens», a admis Alzner. «Mais j’ai été vraiment surpris de voir la quantité de personnes qui parlent très bien anglais. C’est vraiment bien!»

Habitué à la routine

Samedi soir, Alzner disputera le 593e match de sa carrière. Et il le fera contre les Capitals, l’équipe avec laquelle il en a joué 591. Si la décision avait été entièrement la sienne, on devine qu’il aurait préféré participer à ce 593e match avec Washington.

Ce n’est rien contre Montréal ou le Canadien, remarquez. Après tout, en juin, il a pris la peine de visiter la ville, qu’il a donc choisie en toute connaissance de cause. Mais le changement, Alzner ne connaissait pas vraiment ça, lui qui a passé la totalité de sa carrière junior avec les Hitmen de Calgary, avant que les Capitals ne deviennent la seule organisation professionnelle qu’il ait connue depuis son repêchage en 2007.

«Mes parents habitent encore la maison où j’ai grandi, donc je n’ai jamais déménagé quand j’étais jeune», racontait Alzner plus tôt cette semaine. «J’ai fait la navette pendant deux ans entre la LNH et la Ligue américaine. Mais cet été, c’était le plus grand changement de ma vie. Par contre, au niveau où on est rendu, ça ne devrait plus être problématique. Tout le monde a une vie en dehors du hockey, donc ce n’est pas seulement ce qui se passe à l’aréna. Tu reviens à la maison et tu oublies le hockey.»

«Je devais partir»

Travailler 15 ou 20 ans pour le même employeur, voilà quelque chose de relativement courant dans le monde ordinaire. Mais dans l’univers parallèle du hockey professionnel, c’est autre chose. Dans la LNH, les jumeaux Henrik (1248 matchs) et Daniel Sedin (1225) sont les joueurs comptant le plus d’ancienneté avec leur équipe actuelle et c’est à se demander s’ils seraient encore à Vancouver s’il y avait moyen de les échanger séparément.

Daniel Alfredsson, Martin Brodeur et Mike Modano pensaient bien porter les couleurs d’une seule équipe au cours de leur carrière; ils ont été forcés d’endosser un autre uniforme en fin de parcours. En juin 2016, Shea Weber a cassé la croûte avec un des propriétaires des Predators de Nashville, l’organisation qui l’avait repêché en 2003. Le défenseur avait alors en poche un contrat qui expirait en 2026. Une semaine plus tard, les Predators l’échangeaient au Canadien. 

Les Capitals avaient des problèmes bien réels de plafond salarial avec Alzner, Dmitry Orlov, T.J. Oshie, Evgeny Kuznetsov et Andre Burakovsky, qui devaient tous signer de nouveaux contrats. Il fallait sacrifier un élément et dans une LNH de plus en plus jeune, laisser aller les jeunes Orlov, Kuznetsov ou Burakovsky aurait relevé du délire. Ce fut donc Alzner.

«Je savais que je devais partir», admet le numéro 22 du CH. «Je ne pouvais pas dire : je ne m’en vais pas. Donc, je m’en suis remis assez vite. C’était juste de comprendre où j’aboutirais, et ensuite de m’installer. Dans un monde idéal, toute personne resterait au même endroit toute sa carrière si elle y est heureuse, mais ça arrive rarement. Je suis excité d’avoir ma chance avec le Canadien, parmi toutes les organisations.

«La vie quotidienne a évidemment été le plus grand ajustement. Débarquer ici, trouver une école, une garderie, ma femme qui rencontre les femmes des autres joueurs pour la première fois. Ces choses-là étaient plus importantes que le hockey. Mais tout finit par se replacer.»

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Dans le coeur de Washington

À en juger par le nombre de journalistes locaux agglutinés autour de lui après l’entraînement de vendredi, on croit comprendre que Karl Alzner n’a pas été oublié dans son ancienne ville. Après tout, ce sont ces mêmes journalistes qui lui ont décerné, en 2016, le tout premier prix Dave-Fay, remis à un joueur qui «bâtit une relation étroite avec les journalistes». «Vous allez l’adorer», répétait une journaliste de Washington à ses confrères québécois, vendredi. 

En attendant de savoir quel sera l’héritage d’Alzner à Montréal, on comprend donc qu’il a laissé aux Washingtoniens de beaux souvenirs. Cela dit, son nom demeure pour l’heure associé à une équipe qui a été incapable de remporter la Coupe Stanley malgré une domination outrageuse saison après saison. «Si je finis ma carrière sans gagner la Coupe, je vais repenser à ces années où on avait tellement de bonnes équipes et où on n’a pas pu gagner», a avoué Alzner. «Par ailleurs, tu ne peux pas gagner chaque année et certains ne gagneront tout simplement jamais. Je vais y repenser, mais je ne vais pas me morfondre. J’ai de bons souvenirs ici, c’est ça que je vais garder en tête.»