Érik Bédard s’ennuie du baseball.
Érik Bédard s’ennuie du baseball.

Le baseball manque à Érik Bédard

Cinq ans après avoir pris sa retraite du baseball majeur, Érik Bédard s’ennuie de son sport favori ce printemps, lui qui suit d’habitude les activités de plusieurs anciens coéquipiers – et des Blue Jays de Toronto, son club favori – grâce à la magie de la télévision ou de l’internet.

L’ancien lanceur gaucher des Mariners de Seattle, des Orioles de Baltimore et des Red Sox de Boston, entre autres, garde un autre contact avec son sport de prédilection, aidant au développement du fils de sa conjointe, Maddox. «Comme Greg Maddux [l’ancien lanceur des Braves d’Atlanta], mais en français», dit-il lorsqu’on lui demande l’épellation.

Le début de la saison du jeune homme, qui joue pour une formation U14 à Ottawa, est cependant repoussé jusqu’à nouvel ordre en raison de la pandémie qui chambarde la vie de tout le monde depuis près de deux mois.

«Son équipe joue d’habitude à Montréal, ils vont jouer des séries de quatre matches lors d’un week-end par exemple. Mais là, on ne sait pas quand la saison va commencer, ni s’ils vont pouvoir aller à Montréal. En attendant, on se lance et on frappe dans la cage que j’ai installée à côté de la maison quand il est ici», a-t-il raconté en entrevue avec Le Droit mardi.


« Si mon corps ne m’avait pas lâché, je jouerais encore. »
Érik Bédard

Avec un grand terrain près de sa résidence de 5000 pieds carrés à Cumberland, pas loin de son village natal de Navan, Bédard a maintenant plus d’espace pour installer son monticule portatif qu’à l’époque où il lançait la balle l’hiver à son frère Mark dans le poulailler d’un cousin opérant une ferme dans l’Est ontarien, ce qui avait fait les frais d’une photo mémorable dans les pages du magasine Sports Illustrated.

C’était avant que le Franco-Ontarien soit échangé par les Orioles, le club qui l’a repêché en sixième ronde du repêchage de 1999 (il y a déjà 20 ans), aux Mariners contre cinq joueurs, dont deux, le voltigeur Adam Jones et le releveur George Sherrill, qui ont plus tard participé au match des étoiles. Blessé plus souvent qu’à son tour par la suite, Bédard n’a jamais pu se faire justice à Seattle, tandis qu’il avait terminé cinquième au scrutin pour le trophée Cy-Young dans la Ligue américaine en 2007 avec sa fiche de 13-5 avec une moyenne de points mérités de 3,16.

Bédard, qui a plus tard joué aussi à Pittsburgh, Houston, Tampa Bay et avec un club-école des Dodgers de Los Angeles, lançait une rapide à environ 95 milles à l’heure en plus d’une courbe dévastatrice, un changement de vitesse et une balle coupée (cutter).

«Si mon corps ne m’avait pas lâché, je jouerais encore, dit Bédard, qui a eu 41 ans en mars. À la fin, mon bras m’a dit, ‘arrête, ça presse’. Une opération à l’épaule à 35 ans, ce n’était pas faisable de revenir ensuite. Je suis capable de lancer une pratique au bâton maintenant pour les jeunes, mais je lance à 50 % environ. Dans une couple d’années, il va peut-être falloir que je pousse un peu plus fort. On verra si je serai capable.»

Chasse et talons hauts

Grand chasseur devant l’éternel, Bédard assouvit cette passion sur son terrain de cinq acres autour de sa résidence, ainsi qu’en temps normal à ses chalets de Calabogie et au lac des Trente et Un milles dans la Haute-Gatineau. Ses parents, Normand et Nicole, y passent habituellement une bonne partie de l’été, eux qui habitent maintenant dans un condominium d’Orléans. «J’ai un voyage prévu au Yukon en septembre prochain, si on ne peut pas voyager à l’intérieur du Canada d’ici là, on a un problème», lance-t-il.

Il est aussi le responsable de l’expédition pour l’entreprise lancée avec son épouse Jessica, qui dessine et produit des souliers pour femmes haut de gamme. «Le coronavirus nous a compliqué la vie comme à tout le monde alors que les souliers qu’elle conçoit sont faits à la main en Italie [pays frappé durement par la pandémie]. Notre fournisseur a été fermé pendant plusieurs semaines et il vient juste de repartir. Mais comme l’entreprise est sur le web seulement, on a réussi à bien se débrouiller quand même. Les gens ne peuvent que magasiner en ligne présentement. Amazon fait fortune, UPS aussi», blague-t-il.

En terminant, Érik Bédard pense que ce serait tout un ajustement pour les joueurs si jamais ils sont appelés à jouer dans des stades vides. «L’adrénaline que tu obtiens quand tu joues devant 50 000 personnes, c’est ça qui te pousse... J’aurais lancé à 72 milles à l’heure sans ça», lance-t-il.