Le Gatinois Francis Charron a été d’office pour le premier match de la finale entre les Stars de Dallas et le Lightning de Tampa Bay, samedi dernier.
Le Gatinois Francis Charron a été d’office pour le premier match de la finale entre les Stars de Dallas et le Lightning de Tampa Bay, samedi dernier.

La première finale de Francis Charron

Marc Brassard
Marc Brassard
Le Droit
Andy Van Hellemond, Don Koharski et Kerry Fraser sont des grands noms de l’arbitrage dans la Ligue nationale de hockey.

Ces «zébrés» d’une autre époque avaient respectivement 29, 30 et 33 ans lorsqu’ils ont atteint le sommet de leur profession, être retenus pour travailler lors de la finale de la coupe Stanley.

Le Gatinois Francis Charron s’est rapproché de ces légendes quand il a été d’office pour le premier match de la finale entre les Stars de Dallas et le Lightning de Tampa Bay, samedi dernier. À 37 ans, il est le plus jeune à arbitrer des parties de la finale depuis Chris Rooney, qui avait le même âge en 2012.

Il y est parvenu à sa 10e saison à temps plein dans le circuit Bettman, lui qui a fait le saut chez les professionnels en 2009 après avoir brûlé les étapes dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, étant sélectionné pour trois coupes Memorial et trois championnats mondiaux junior.

Dans sa bulle d’Edmonton comme auparavant à celle de Toronto, la LNH ne permet pas à ses officiels d’accorder des entrevues aux médias, donc il n’a pas été possible de parler à Charron de cette grande étape de sa carrière qui compte 481 matches de saison régulière et 48 de séries, avec le quatrième match de vendredi.

Mais ceux qui l’ont connu à ses débuts comme arbitre en Outaouais et au Québec en ont long à dire à son sujet.

«C’est une fierté pour notre programme d’officiels (au Québec). On a quand même plusieurs officiels qui ont atteint la LNH, mais atteindre la ronde ultime, c’est assez spécial. Surtout avec l’expérience qu’il a, si je compare aux autres, ce sont pas mal tous des gars qui ont des feuilles de route pas mal plus longues que Francis», estime Serge Carpentier, un ancien juge de lignes de la LHJMQ qui est maintenant superviseur en chef des arbitres au niveau midget AAA.

«C’est assez exceptionnel. Francis, si tu le comparais à un joueur, c’est un joueur de première ligne. Il y en a plusieurs qui sont là depuis 10, 15 ou 20 ans qui n’ont jamais fait la coupe Stanley et ne la feront jamais», ajoute-t-il.
Les quatre autres arbitres retenus pour la finale sont effectivement très expérimentés : c’est la huitième finale de Wes McCauley (à sa 17e saison), la septième de Kelly Sutherland (20e), la cinquième de Dan O’Rourke (21e) et la troisième de Steve Kozari (15e).


« Francis, si tu le comparais à un joueur, c’est un joueur de première ligne. »
Serge Carpentier, superviseur en chef des arbitres midget AAA

Carpentier, qui était jumelé à Charron la plupart du temps pendant ses cinq années dans la LHJMQ (la première comme juge de lignes en 2002-2003), est impressionné de voir sa prestance sur la glace lorsqu’il le regarde travailler à la télévision. «Sa force, c’est vraiment la communication. Il est capable de ‘dealer’ avec les joueurs comme les coachs. Il ne s’emporte pas, il ne gesticule pas trop. Certains entraîneurs vont dire qu’il est arrogant, mais il ne l’est pas. Il est sûr de lui. Au fur et à mesure qu’il a avancé, ça a été sa grande force», souligne Carpentier.

Ce dernier donne le crédit à Marc Maisonneuve, alors l’arbitre en chef pour l’Association du hockey mineur de Hull, d’avoir reconnu très tôt le talent de Charron.

«Serge est bien humble parce qu’il a eu une grosse influence sur Francis au niveau du junior majeur, voyageant beaucoup avec lui», mentionne Maisonneuve, maintenant le coordonnateur des officiels de Hockey Québec. «Au niveau de la base, il a commencé à arbitrer avec nous quand il avait 13 ans. Dès l’âge de 15 ans, il était juge de lignes au niveau junior B, à Buckingham et Shawville. Ensuite il s’est mis à arbitrer et ça a flyé pour lui. Il avait du gras de bébé à 13 ans, mais il s’est mis à s’entraîner. Carp (Carpentier) lui avait dit, si tu veux aller loin, commence tout de suite. Je n’avais jamais vu un jeune aussi sérieux dans son approche pour atteindre ses objectifs. Il savait où il s’en allait à cet âge-là. Et on le voit maintenant par ses décisions et son jugement, sa facilité de lecture de jeu. Il avait ces qualités-là dès le début», ajoute Maisonneuve.

Des sacrifices pour les arbitres aussi

Les joueurs et entraîneurs de la LNH qui ont vécu les deux derniers mois dans les bulles d’Edmonton et Toronto témoignent à l’occasion des sacrifices qu’ils ont dû s’imposer pour qu’une coupe Stanley soit décernée pour la saison 2019-2020 interrompue en raison de la pandémie.

Les officiels comme Francis Charron -- et le juge de lignes Steve Barton, originaire de Vankleek Hill dans l’est ontarien, retenu lui aussi pour une première finale -- sont évidemment dans le même bateau.

«Ça va bientôt faire 60 jours qu’il est dans la bulle. Francis est papa de deux enfants (Zack, sept ans, et Lila, cinq ans) et au même titre que les joueurs, il est séparé de sa famille. Il trouve ça difficile parce qu’il est un papa gâteau un peu. Il joue beaucoup avec ses enfants, son garçon joue au hockey donc il le suit quand il est là. Ça lui manque, mais il doit faire des sacrifices alors que la Ligue nationale a décidé de faire une bulle pour compléter la saison», souligne son père Guy Charron, un ancien adjoint d’Alain Vigneault avec les Olympiques.

«Ils se parlent par téléphone, ils font du ‘Facetime’, mais ça reste difficile», ajoute-t-il.

La finale terminée au cours des prochains jours, Charron pourra rentrer à la maison, qui est située depuis déjà plusieurs années dans la région de Philadelphie, d’où sa conjointe est originaire.

Atteindre une première finale de la coupe Stanley, c’est évidemment une grande source de fierté dans cette famille de hockey (Charron est un cousin de Derick Brassard, des Islanders de New York).

«Comme parents, autant sa mère que moi, on l’a suivi tout au long de son cheminement, autant au hockey mineur ici que dans la LHJMQ. C’est certain que c’est une belle fierté pour nous, mais avant tout, il est lui aussi content d’où il est rendu. C’est un travail qui n’est pas facile et il se débrouille bien. Il accepte ça quand même bien humblement parce que pour te rendre là, ça prend l’appui de beaucoup de monde», affirme le paternel.

Celui-ci se souvient de ses débuts alors qu’il était adolescent. «On allait le reconduire à l’aréna quand il avait 14 ans, ça a commencé comme un ‘side line’ pour se faire un peu d’argent de poche. Il faisait des parties de petites catégories, novice, atome B, puis il s’est mis à faire des matches plus sérieux. Ensuite il y a vraiment pris goût quand il s’est rendu au tournoi midget (Kiwanis de Hull, maintenant disparu). Doug Heyward (alors arbitre en chef de la LHJMQ) lui avait donné le défi de se mettre en forme pour le camp d’entraînement. C’est ce qu’il a fait et ça a ‘déboulé’ assez vite à partir de là», s’est-il remémoré en entrevue cette semaine.