Aucun autre homme n’a remporté les Internationaux d’Australie plus de six fois. Seuls le Suisse Roger Federer, avec 20, et Nadal, avec 19, ont gagné plus de tournois du grand chelem en simple, chez les hommes, que le Serbe Novak Djokovic.
Aucun autre homme n’a remporté les Internationaux d’Australie plus de six fois. Seuls le Suisse Roger Federer, avec 20, et Nadal, avec 19, ont gagné plus de tournois du grand chelem en simple, chez les hommes, que le Serbe Novak Djokovic.

La loi de Djoko en Australie

Igor Gedilaghine
Agence France-Presse
MELBOURNE — Djokovic a rendu sa justice et elle est implacable : le Serbe a battu dimanche en cinq sets Dominic Thiem pour remporter son 8e Open d’Australie et son 17e titre du Grand Chelem, à trois longueurs désormais du record de Roger Federer (20).

L’Autrichien de 26 ans a bien exercé son droit à la défense, passant même à l’attaque, mais Djokovic, qui redevient par la même occasion N.1 mondial, est bien le «Roi d’Australie» comme l’Autrichien l’avait appelé avant la finale, et il dicte sa loi dans la Rod Laver Arena.

«C’est sans aucun doute mon court favori et je suis béni d’avoir pu remporter ce trophée une nouvelle fois», a déclaré Djokovic après sa victoire 6-4, 4-6, 2-6, 6-3, 6-4 en quatre heures.

«J’ai failli perdre le match, je ne me sentais pas très bien», a d’ailleurs reconnu le Serbe, qui devient le troisième joueur à remporter 8 fois un même tournoi du Grand Chelem après Rafael Nadal (12 Roland-Garros) et Roger Federer (8 Wimbledon).

«J’ai perdu toute mon énergie (au 2e set). Quand je lançais la balle au service, j’avais la tête qui tournait», a-t-il raconté pour expliquer son surprenant passage à vide aux 2e et 3e manches, vraisemblablement dû à la déshydratation, selon lui.

Domination

Dans la course aux titres Majeurs, cette victoire permet au Serbe de 32 ans de se rapprocher de ses deux grands rivaux Federer (38 ans) et Nadal (19 titres majeurs à 33 ans).

Mais depuis que les trois joueurs dominent ensemble le monde du tennis, soit depuis le premier Majeur de Djokovic en Australie en 2008, Federer en a remporté neuf, Nadal 16 et le Serbe, donc, 17 avec son trophée de dimanche.

«Félicitations, Novak, avec Roger (Federer) et Rafa (Nadal), vous avez élevé le tennis à un tout autre niveau. Je suis honoré de jouer à cette époque, même si ce soir j’ai été un peu court», a déclaré de son côté Thiem, évidemment en proie à une profonde tristesse.

Pour lui, l’enchaînement Nadal (battu en quarts)-Zverev (éliminé en demies)-Djokovic était peut-être trop difficile physiquement et mentalement: avant le début de la finale, l’Autrichien avait passé 6h de plus sur le court que Djokovic...

Mais ce dernier a assuré à la remise des trophées ce qu’il répète depuis le début de la quinzaine : Thiem, qui a perdu dimanche sa troisième finale de Grand Chelem après les deux perdues face à Nadal à Roland-Garros (2018 et 2019), va écrire de grandes pages dans un avenir proche.

Promesse

«Tu aurais pu gagner ce soir et tu as le temps de gagner non pas un, mais de nombreux tournois du Grand Chelem», a affirmé le Djoker.

Nadal éliminé en quarts, Federer en difficultés physiques : les anciens auraient pu paraître friables à Melbourne s’il n’y avait eu Djokovic, qui a encore repoussé l’avènement de la génération d’après.

Thiem, qui redevient 4e mondial, son meilleur classement, aurait dépassé Roger Federer, 3e, s’il avait gagné à Melbourne...

Ce n’est pas le cas, et les chiffres parlent d’eux-mêmes : le Big trois a désormais remporté les 13 derniers tournois du Grand Chelem, depuis la victoire de Stan Wawrinka à l’US Open 2016. Et tous les trois étaient trentenaires lors de ces victoires.

Depuis que Federer a remporté son premier tournoi du Grand Chelem à Wimbledon en 2003, le trio n’a laissé échapper que 10 Majeurs sur 66 et seuls sept joueurs ont inscrit leur nom au palmarès (Andy Roddick, Gaston Gaudio, Marat Safin, Juan Martin del Potro, Andy Murray, Stan Wawrinka et Marin Cilic). Seules cinq finales (US Open 2003 et 2014, Roland-Garros 2004, Australie 2005 et Wimbledon 2016) se sont jouées sans au moins un des trois...

Mais le trio d’enfer n’a pas encore égalé sa plus longue série: de Roland-Garros 2005 à Wimbledon 2009, les trois joueurs ont enchaîné 18 titres majeurs. Cette année toutefois, au prochain Grand Chelem, Roland-Garros, Thiem fera partie des grands favoris!

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LE VIDE, UN SENTIMENT UN PEU TROP FAMILIER POUR THIEM

Le vide. L’épuisement. Deux sensations qui commencent à devenir un peu trop familières au goût de Dominic Thiem après une finale d’un tournoi du grand chelem.

L’Autrichien a perdu trois matchs sur les plus grandes scènes lors de tournois majeurs, ajoutant un revers en cinq sets contre Novak Djokovic sur la surface dure de Melbourne Park, dimanche, à ses deux échecs face à Rafael Nadal sur la terre battue rouge lors des deux derniers Roland-Garros.

En chaque occasion, il s’est retrouvé contre le plus grand joueur de tous les temps dans cette enceinte sportive particulière.

Aux Internationaux d’Australie, il avait d’abord dû vaincre Nadal, le favori, en quarts de finale. Puis, Alexander Zverev, une vedette montante comme lui, en demi-finale.

Pour la simple chance de mériter l’occasion de vaincre Djokovic, qui était sorti victorieux des sept finales auxquelles il avait participé à Melbourne Park, Thiem avait passé presque 18 heures et demie sur le court et battu quatre rivaux classés parmi les têtes de série au fil des six premières rondes.

Six heures de matchs de moins

De son côté, Djokovic avait joué pendant environ six heures de moins, et n’avait perdu qu’une seule manche depuis le début du tournoi.

«Je me suis rarement senti [si] fatigué, surtout en ce moment, maintenant que la tension est disparue», a déclaré Thiem après avoir perdu 6-4, 4-6, 2-6, 6-3, 6-4 sur la surface de l’aréna Rod-Laver.

Après avoir récupéré un bris de service au premier set, Thiem l’a redonné avec une double faute, sa première. Il a rebondi et, à 4-4 en deuxième manche, il a gagné six jeux consécutifs et a gagné les deux manches suivantes grâce à de puissants coups frappés à plat, compliquant les choses pour Djokovic.

Ensuite, après s’être retrouvé à un set d’un premier titre à un tournoi du grand chelem, l’Autrichien de 26 ans a dû accepter le titre de finaliste, une fois de plus, après une finale longue de quatre heures. Même Djokovic a reconnu que la différence se résumait à un ou deux coups.

«Je ressens un grand vide en ce moment. Mais oui, c’est ça. Je connais la sensation, a déclaré Thiem. C’était le cas après les deux derniers à Paris. Mais oui, je ressens aussi un peu de motivation pour revenir pour le prochain grand chelem.»

Il aura lieu à Paris, en mai.  AP