Maintenant âgée de 43 ans, l’ancienne karatéka Btissama Essadiqi file le bonheur dans sa vie de cardiologue à Sherbrooke et de mère de famille.
Maintenant âgée de 43 ans, l’ancienne karatéka Btissama Essadiqi file le bonheur dans sa vie de cardiologue à Sherbrooke et de mère de famille.

La karatéka qui soigne des coeurs

Martin Comtois
Martin Comtois
Le Droit
QUE SONT-ILS DEVENUS ? / Ses coups de pieds ne sont plus aussi hauts. Ses mains ne servent plus à envoyer des adversaires au tapis pour gagner une autre médaille d’or, mais plutôt à sauver des vies.

À la retraite sportive depuis 15 ans, Btissama Essadiqi est devenue cardiologue à Sherbrooke. En plus de pratiquer la médecine, l’ancienne karatéka d’Aylmer s’occupe de la formation des résidents universitaires là-bas.

«Ça me permet de combiner mes deux passions, enseigner et soigner», raconte la femme qui a déjà terminé cinquième chez les moins de 53 kg aux championnats du monde en 2002.

«Je pratique depuis dix ans. J’aime développer cette relation avec le patient. Ce n’est pas juste donner une pilule. C’est essayer de le faire avancer et surmonter l’anxiété qui se trouve sur son chemin.»

Essadiqi a fêté ses 43 ans, il y a trois semaines. Ses filles Yasmine et Nassim, âgées respectivement de sept et cinq ans, lui ont préparé un gâteau en compagnie de sa conjointe Pascale.

«Un gâteau avec une étoile filante dessus pour que je puisse faire un voeu», souligne la fière maman.

Ses enfants suivent des cours de karaté à leur tour. Leur entraîneur? Nul autre que Btissama Essadiqi, qui possède un petit dojo où elle enseigne à quelques jeunes mordus des arts martiaux durant le week-end.

«Je continue de rester impliquée, même si j’ai mon travail en cardiologie et une famille. J’essaie de redonner», affirme la femme qui fait 5’3’’ et 110 livres.

Elle possède peut-être encore le gabarit qui lui a permis de remporter 34 médailles, dont 21 d’or, en 11 participations aux championnats canadiens. Mais la machine n’est plus aussi bien huilée. Et ça ne la dérange pas.

«J’ai toujours dit que mon corps va changer. Et au lieu de me laisser abattre, j’accepte qu’il me donne autre chose. Je sais que mes hanches ne sont plus bonnes. Je ne peux plus faire des kicks au plafond, donc je kicke moins haut devant les élèves.»

Intronisée au Temple de la renommée de Karaté Canada en 2017, Essadiqi ne s’ennuie pas de la compétition. Une des plus grandes championnes de l’histoire de son sport au pays, elle avait connu beaucoup de succès sur les tatamis au fil des ans grâce à son analyse et son sens de l’anticipation.

Sa feuille de route comprend une médaille de bronze en combat individuel aux Jeux panaméricains en 1999 à Winnipeg de même qu’un titre de championne de l’Open de Paris.

«Mes médailles sont dans le coin du garde-robe. Ce n’est pas important pour moi. Je comprends que j’ai mis beaucoup d’effort. Que cela a apporté beaucoup de bons résultats. Mais ce qui me reste en tête, c’est ce que j’ai vécu... les expériences, l’intensité des compétitions, les émotions.»

Un trophée portant son nom existe au club CAMA où elle s’entraînait jadis à Masson-Angers. La Coupe Btissama Essadiqi vise à récompenser un étudiant-athlète de l’endroit. Une idée de son ancien coach, Germain Bisson.

«Ça me touche beaucoup. Oui, le karaté est important pour Germain. Mais c’est encore plus important pour lui ce que tu fais à l’extérieur du dojo dans la société. Je trouve ça génial qu’il reconnaisse ça chez les jeunes.»

À quelques reprises, Essadiqi mentionne à quel point le karaté a changé sa vie.

«Ça m’a apporté de la confiance. Ça m’a aidé dans la gestion des émotions. Ça m’aide encore aujourd’hui dans ma pratique quand j’ai un patient agressif. Je suis capable de garder le contrôle et de lui faire comprendre que son comportement n’est pas approprié», explique-t-elle.

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« Mes médailles sont dans le coin du garde-robe. Ce n’est pas important pour moi. [...] Ce qui me reste en tête, c’est ce que j’ai vécu... les expériences, l’intensité des compétitions, les émotions. »
Btissama Essadiqi

UNE PESÉE INOUBLIABLE À MUNICH

Cinq ans de suite, Karaté Canada l’a nommée athlète senior féminin par excellence à son banquet annuel. Elle l’a aussi choisie à multiples reprises à titre de capitaine de son équipe nationale.

Btissama Essadiqi aurait pu parler de ça. Mais non. Invitée à piger dans ses nombreux souvenirs de carrière d’athlète, elle a ressorti une anecdote qui lui arrache encore un sourire, vingt ans plus tard. Ça se passait aux championnats du monde à Munich, en Allemagne, en 2000.

«Nous étions censés participer à la pesée officielle, mais les entraîneurs n’avaient pas eu l’information. Nous étions donc tous partis souper. J’étais assise en train de manger quand j’ai regardé un coach et je lui ai demandé si ce n’était pas le temps de la pesée, relate Essadiqi.

«C’était la panique. On m’a mis dans un taxi tout de suite puisque j’étais la première qui devait participer à la pesée. On avait demandé au chauffeur de me reconduire rapidement! J’étais arrivée un peu en retard, mais j’avais réussi à faire le poids. Imagine le stress. Tu t’entraînes pendant deux ans pour participer aux championnats du monde et tu passes près de rater la compétition pour ça!»