Le Kényan Eliud Kiptanui s'est détaché du peloton de tête au 38e kilomètre pour filer vers la victoire du Marathon d'Ottawa, qui avait décoré des Éthiopiens lors des trois présentations précédentes.

Kiptanui domine encore le Marathon d'Ottawa

Un ciel ensoleillé combiné à du temps frais et des vents presque inexistants laissaient présager un record du parcours au Marathon d'Ottawa quand le départ a été donné au centre-ville sous le coup de 7 heures dimanche matin.
Le plateau de coureurs d'élite qui incluait quelques vedettes du Kenya et de l'Éthiopie a d'ailleurs adopté une cadence record dans les 10 premiers kilomètres du parcours, mais le soleil a rapidement réchauffé le bitume pour ralentir leurs ardeurs. 
Le peloton a perdu quelques grosses pointures dès le 12e kilomètre et à la fin, c'est le Kényan Eliud Kiptanui qui a franchi le fil d'arrivée en premier. Il a mis deux heures, 10 minutes et 14 secondes pour franchir les 42,2 kilomètres du parcours. Le record de 2h06:54 n'était plus menacé à la mi-parcours dans les rues de Gatineau.
Âgé de 27 ans, Kiptanui a cependant mis fin à la domination éthiopienne chez les hommes au Marathon d'Ottawa. Leurs coureurs avaient remporté les trois marathons précédents dans la capitale nationale.
Kiptanui a devancé l'Éthiopien Seboka Dibaba par 17 secondes. Le Kényan Levy Matebo a complété le podium en 2h10:48. Il a coiffé Moses Kipsiro, de l'Ouganda, par une seconde. Kiptanui a largué Dibaba au 38e kilomètre pour remporter son deuxième marathon en carrière. Il se sera écoulé sept longues années depuis son premier titre en 2010 au Marathon de Prague en République tchèque.
Il a mis la main sur un chèque de 40 000 $. À sa première victoire, à l'âge de 20 ans, il avait remis une bonne partie de sa bourse à ses six frères et soeurs afin qu'ils puissent aller à l'école. Cette fois, il ne sait pas trop ce qu'il fera de son prix.
« Mes frères et soeurs ont eu le temps de terminer l'école maintenant ! Je n'ai pas encore pensé à ce que je vais faire avec la bourse », a-t-il dit après sa victoire acquise à sa première présence au Canada.
Kiptanui a dit qu'il sentait la victoire à sa portée dès sa levée du lit. « Physiquement et mentalement, j'étais prêt. Je me sentais fort. Mon objectif n'était pas de fracasser le record du parcours. Je voulais gagner avant tout. Au 30e kilomètre, quand le dernier des coureurs embauchés pour dicter le rythme nous a laissés, je me sentais très fort. J'avais beaucoup d'énergie et j'ai essayé de pousser en me plaçant à l'avant du peloton. Je ne me suis jamais senti vraiment menacé. Le plateau n'était pas aussi relevé qu'à mes dernières courses. Ç'a été une belle course plutôt facile pour moi aujourd'hui », a-t-il lancé après avoir complété le 10e marathon de sa carrière dimanche.
La course de Kiptanui a littéralement empêché l'Éthiopie de rafler les quatre titres du marathon et du demi-marathon dimanche. Chez les femmes, la championne en titre d'Ottawa, Koren Jelela a pris le neuvième rang cette année avec un chrono de 2h39:22. C'est sa compatriote Guteni Imana qui a signé la victoire en 2h30:18. Le podium a d'ailleurs été complété par les Éthiopiennes Hiwot Gebrekidan (2h30:53) et Aberash Fayesa (2h31:27). Dayna Pidhoresky, la meilleure Canadienne, s'est même permis de devancer Jelela au septième rang avec un chrono de 2h36:08. Celle-ci se réjouissait d'avoir complété son deuxième marathon à vie. Âgée de 30 ans, elle espère participer au Championnat mondial à Londres au mois d'août.
« L'équipe canadienne voulait des chronos sous les 2h45. C'est fait ! Je voulais battre 2h37. C'est aussi fait. Mon objectif est d'aller à Londres, que ce soit pour le 10 km ou le marathon », a dit l'Ontarienne qui avait complété son premier marathon à Houston en 2015.
Enfin, notons que Steve Baker, le « Superman de Thetford Mines » qui tente de compléter quatre marathons en quatre fins de semaine, a franchi le fil d'arrivée dans la bonne humeur en 4h03:15. Il lui restera qu'à terminer le marathon des pompiers de Laval le week-end prochain pour atteindre son objectif peu banal.
Un champion de Shawinigan
Quand il a franchi le fil d'arrivée en deux heures, 24 minutes et 41 secondes, Nicholas Berrouard s'est soudainement senti bien léger.
Le Shawiniganais de 35 ans était le 23e coureur à compléter le Marathon d'Ottawa, mais le tout premier des nombreux coureurs canadiens à participer à l'épreuve phare de la Fin de semaine des courses. Il venait de retrancher deux minutes à son record personnel, qui lui avait permis de remporter le Marathon de Montréal en 2015.
Mieux encore, en arrivant sous la barre des 2h25:00, il a mis la main sur un chèque de 5000 $. Dix-neuf secondes de plus et il rentrait en Mauricie les mains vides. «Je suis tellement content! Je visais un top-3 canadien, mais certainement pas la première place», a-t-il laissé entendre au fil d'arrivée.
Le Longueuillois Kimba Djado Abdoul Aziz était le favori pour remporter le titre canadien, mais Berrouard l'a rejoint au 18e kilomètre et il n'a plus jamais revu le réfugié nigérien qui a terminé la course en 2h33:05.
«C'est la première fois que je gagne un marathon aussi prestigieux. Le Marathon de Montréal, c'est bien, mais ce n'est pas le même niveau. Il faisait beau. Il y avait peu de vent. Il a commencé à faire chaud dans les 10 derniers kilomètres, mais je me sentais vraiment bien. C'est ma revanche sur l'an dernier. J'avais dû abandonner en raison d'une blessure. Mon meilleur résultat ici avait été 2h28 en 2013.»
Celui qui s'entraîne sur des chemins à moitié asphaltés dans les rangs de Shawinigan était fier de son chrono, mais aussi d'un autre objectif qu'il s'était fixé. «Mon véritable objectif, c'était de battre le record de la Mauricie de 2h24:53», a-t-il expliqué, sourire aux lèvres.