Kim Boutin domine outrageusement le classement de Coupe du monde de patinage de vitesse courte piste avec huit médailles, dont six d’or.

«J’ai envie de gagner» - Kim Boutin

« J’ai envie de gagner. »

Kim Boutin connaît un début de saison du tonnerre sur le circuit de la coupe du monde de patinage de vitesse. Huit médailles, dont six d’or, un record du monde au 500 m. Une place bien établie comme favorite. Une place que la Sherbrookoise assume pleinement.

« Je ne pensais pas vraiment à ça quand je montais vers le sommet. La différence, maintenant, c’est que j’ai envie de gagner, je le pense et je le crois. Je l’assume. »

Boutin a patiné avec ses coéquipières de l’équipe nationale, jeudi à l’aréna Maurice-Richard. Un retour sur la glace avant la pause des Fêtes, une semaine complète, cette fois.

Depuis les Jeux olympiques de Pyeongchang, Boutin est sous les projecteurs. Une montée en flèche, confirmée par ses récents succès.

Malgré les médailles et les records, Boutin demeure les deux lames sur la glace.

« Ça fait déjà un an que je vis un peu ça, depuis les Jeux olympiques, que je dois gérer ça. Mais c’est la pression que je m’impose qui est plus difficile. Je sais ce que ça prend pour performer; la nutrition, le repos, le sommeil, je sais ce que ça prend pour être au top de ma forme. Mais je sais si bien que je ne pourrai maintenir ça pendant toute une saison. C’est ça qui est difficile; accepter qu’il y ait des moments de baisse », a-t-elle indiqué jeudi.

« Je dois accepter que je ne peux pas être sur ce rythme toute la saison. J’en suis encore à accepter cet état de fait. Je suis exigeante envers moi-même, et je veux améliorer à chaque pratique, améliorer des aspects de ma technique, pour progresser. »

Le record du 500 m

Alors, on apprécie davantage les médailles récoltées depuis le début de saison, ou le record du monde sur 500 m, un chrono de 41,9 secondes à Salt Lake City?

Boutin, en passant, devenait ainsi la première femme à patiner sous les 42 secondes, au 500 m.

« Oui, les résultats, c’est l’fun, mais ce n’est pas à ça que je m’attarde. Il y a des médailles que j’ai gagnées même si je n’étais pas nécessairement fière de comment j’ai patiné », a analysé la patineuse de 24 ans.

« Ce dont je suis le plus fière, c’est d’avoir patiné sous les 42 secondes sur 500 m. Et surtout, de la façon que je l’ai patiné. Mon objectif, toujours, ce n’est pas nécessairement le résultat, où les six médailles d’or, mais la façon dont j’ai patiné, comment je vais gagner une course. »

Son conjoint Samuel Bélanger-Marceau abonde dans le même sens. Le record du monde au 500 m est un exploit hors du commun.

Assis dans les gradins de l’aréna Maurice-Richard, en compagnie de Pierre, le père de Kim, il observe l’entraînement de sa blonde d’un œil attentif.

« Sans aucun doute, le chrono de 41,9 secondes au 500 m c’était inimaginable. Je connais beaucoup le patin, je suis un ancien patineur, j’adore ça, et je ne l’ai pas vu venir, même si ça devenait de plus en plus réaliste. Le vendredi, elle avait roulé vite. Je l’avais dans la tête. Même si c’est pas sa distance préférée. Après ses deux premiers tours, je savais qu’elle allait battre le record du monde, ça n’avait pas de sens comment c’était beau! »

« Quand elle a franchi la ligne, et qu’on a vu le 41 secondes au tableau, on pensait que c’était une erreur! Aussi, ses médailles, ça démontre une constance inouïe. Ce qui est plutôt rare. Ce qu’elle fait là, ça n’a juste pas de sens! À un moment, ça va arrêter, mais là, elle est dans sa bulle, et elle profite du moment. »

Comme c’est le cas très souvent, Samuel a accompagné Kim dans son long voyage en Asie.

« Ce fut un voyage rock and roll en émotions! Il y avait de l’action. Kim a tellement performé. On s’y attendait, mais pas tant que ça! Tu essaies de contrôler tout ce qui arrive après la première médaille, puisque Kim devait retomber sur ses pattes entre chaque course. J’ai vécu ça à côté d’elle et c’était ça mon rôle, être avec elle. Mais elle est tellement forte, tellement en mission! On était là pour la supporter, mais elle faisait tout. »

« Le défi actuel, c’est de demeurer au sommet. Les défis, elle en mange, et elle y fait toujours face. Elle ne se ferme pas les yeux pour demeurer dans son confort. Elle va toujours se challenger et c’est pour ça qu’elle s’est remise en question un peu, au cours de la dernière année. Si elle ne se sent pas bien, elle va rentrer dans le problème et elle va y faire face. Ça lui prend des défis. »

Boutin a obtenu des résultats spectaculaires, malgré les contraintes de disputer deux coupes du monde en Asie.

« J’ai trouvé ça difficile, on avait deux semaines entre les deux coupes du monde. J’ai dû puiser dans mes énergies, et je n’ai pas coursé mon dernier 1000m comme d’habitude. Même si j’ai gagné la médaille de bronze, je n’étais pas la Kim agressive qu’on est habitué de voir. »

« Je suis quand même contente de mon début de saison, mais ce que je trouve plus dur, c’est qu’il y aura des moments de baisses de régime. Je dois me convaincre que c’est normal et que ça fait partie du processus. Je ne gagnerai pas la médaille d’or chaque course », a-t-elle poursuivi.

Kim est « attendue »

Être au sommet signifie aussi que la compétition grenouille derrière, que les autres patineuses affûtent leurs lames dans la poursuite de la championne.

« Je le vois en coupe du monde; on est attendus. Quand je fais quelque chose dans une course, ça réagit, je le vois. Quand je fais une manœuvre à l’extérieur, on va m’attaquer, on va faire en sorte que ma course soit challengée.

On m’attend et je dois être prête, et c’est le sentiment que j’ai quand j’arrive sur la ligne de départ. Avant, je poursuivais les meilleures, je voulais les suivre absolument. Là, c’est le contraire! »

« Les autres filles ont haussé la barre, augmenté le niveau. J’ai atteint une barrière, au 500 m, mais les filles s’en viennent. On ne restera pas à du 41,9 secondes très longtemps, je pense. »

Kim Boutin participera au Championnat des quatre continents, qui se tiendra à Montréal, du 10 au 12 janvier prochains.