Deux cent cinquante-deux joueurs seront repêchés dans la LHJMQ à Shawinigan samedi. Le Gatinois Hendrix Lapierre devrait être le premier.

Hendrix Lapierre : joueur électrique

SHAWINIGAN — Dès le départ, avec le prénom de rock star que lui ont donné ses parents, il semblait destiné à électriser les foules.

Samedi matin, dans l’amphithéâtre de la plus vieille concession du circuit Courteau, la planète LHJMQ va apprendre à connaître Hendrix Lapierre.

Ça semble unanime auprès des recruteurs du circuit. Le hockeyeur gatinois sera le premier à monter sur l’estrade pour enfiler le chandail et la casquette des Saguenéens de Chicoutimi.

Ces derniers n’auraient pas changé leur fusil d’épaule malgré l’ajout tardif du Canado-Suisse Théo Rochette. À 15 ans, ses statistiques ont été supérieures à celles de Nico Hischier dans la Ligue junior élite suisse. Hischier a aussi été le premier choix du repêchage 2017 de la LNH.

Hendrix Lapierre se montrait fébrile avant de quitter l’Outaouais vendredi matin, mais il ne voulait quand même pas se créer de faux espoirs.

« Ça fait des mois que je pense à cette journée-là. La première fois que j’ai assisté à un match des Olympiques de Gatineau, je m’étais dit que ça serait bien de jouer dans cette ligue un jour. Ce jour approche. Peu importe où je sortirai, je vais être content », a dit celui qui a récolté 57 points en 35 matches avec l’Intrépide de Gatineau cette saison.

Il a enchaîné avec le titre du meilleur compteur du Challenge Gatorade de la LHJMQ. Il s’agit d’un tournoi à six équipes constituées des meilleurs espoirs du hockey junior majeur.

Aîné d’une famille de quatre enfants, Hendrix n’est pas le seul surdoué dans la maison Lapierre. Sa sœur Chloé, âgée de 14 ans, a déjà publié cinq romans. Ariane, 13 ans, excelle en escalade.

« Puis il y a Sébastien. Il ne s’est pas encore découvert de passion, mais ça va venir », dit Hendrix.

Parce que ses parents accordent une attention particulière à chacun de leurs enfants, il arrive à l’aîné de rentrer à la maison du secteur Aylmer en autobus après les entraînements ou les parties de l’Intrépide.

« Ça ne me dérange pas. Mes parents ont quatre enfants. Ils ne peuvent pas être partout en même temps. Le hockey, c’est ma passion et il n’y a rien qui va m’empêcher de poursuivre mon rêve de jouer au hockey professionnel, que ce soit dans la LNH ou en Europe. Et si ça ne fonctionne pas, j’aimerais devenir commentateur sportif. »

Un signe ?
Fait cocasse, Bruno, le père d’Hendrix, a joué au hockey jusqu’à l’âge pee-wee au Saguenay.

À sa dernière année, il était le capitaine d’un club dirigé par... Claude Bouchard ! Ce dernier est maintenant un adjoint chez les Saguenéens de Chicoutimi !

« Toute une coïncidence ! Je me souviens de Bruno. C’était à mes débuts comme entraîneur. Je devais avoir 18-20 ans. C’était un bon petit garçon, très intelligent. Ça serait assurément une première pour moi de diriger une combinaison père-fils. Ça fait 35 ans que je dirige des équipes de hockey », a raconté Bouchard vendredi.

Au-delà de son immense talent, ce qui attire les recruteurs vers Hendrix Lapierre, c’est qu’il ne reçoit aucune pression de la part de ses parents, tous les deux originaires du Saguenay.

« Personne ne me pousse. Tous les efforts que je mets dans le hockey, ça vient de moi. Mes parents ne font que m’appuyer dans ma démarche. »

Si la logique est respectée samedi, Lapierre deviendra le deuxième joueur de l’Intrépide à être réclamé au premier rang de la LHJMQ en trois ans. En 2016, Benoît-Olivier Groulx avait été le premier choix des Mooseheads de Halifax.

Groulx et Lapierre ne se connaissent pas vraiment. « Je l’ai vu être repêché pendant que j’étais dans un tournoi U-14. Puis, j’ai vu Xavier Simoneau être repêché en première ronde l’an dernier, dans mon salon. J’ai hâte de vivre l’expérience à mon tour, mais j’ai aussi hâte pour mes amis qui seront repêchés. De mon côté, je suis prêt à quitter la maison ! »

PREMIER DANS LA CATÉGORIE DES PASSIONNÉS

Philippe Lecavalier compte 18 années d’expérience comme agent de joueur. Le frère de Vincent Lecavalier a représenté des centaines de joueurs pendant sa carrière. Hendrix Lapierre s’est ajouté à son agence à 14 ans.

« Dans le groupe, il y a eu de grands passionnés. Marc-André Bergeron, Kris Letang, Luc Bourdon et Torrey Mitchell étaient tous de véritables mordus du hockey, mais je pense que Hendrix est dans une classe à part. Je n’ai jamais vu ça ! Il doit être au sommet de la liste. »

Afin de satisfaire la soif d’apprendre de son poulain, Lecavalier l’a hébergé chez lui l’été dernier. Il a pu s’entraîner tous les jours avec des entraîneurs spécialisés dans des installations à la fine pointe.

« Il ne dit jamais non à la possibilité d’avoir une heure de glace. Il se couche en ayant hâte au lendemain pour aller apprendre quelque chose de nouveau. Il ne semble jamais fatigué ! »

Le patineur d’Aylmer passera encore les prochains mois dans la région montréalaise chez Lecavalier, où il a été adopté par la famille.

« Il a joué au hockey d’été avec mon garçon. Ma femme est tombée sous son charme. Il aime beaucoup la musique. Il chante. Il connaît tout du hockey. Il connaît tous les joueurs, même ceux de l’Ontario, de l’Ouest canadien et de la NCAA. Il connaît les entraîneurs de toutes les équipes. C’est fascinant pour un jeune de son âge. »

Philippe Lecavalier tient également à féliciter les parents de son client, deux statisticiens au gouvernement fédéral.

« Ils l’encouragent dans sa passion, mais sans jamais lui imposer de pression. C’est vraiment un bel exemple pour démontrer qu’un jeune athlète peut connaître du succès en se motivant lui-même. »

Chez les Lecavalier, Hendrix Lapierre dit trouver son compte.

« Nous sommes plusieurs joueurs de l’agence à nous entraîner à son complexe. Nous avons 90 minutes de glace par jour et il y a des entraînements hors glace. Après, on se fait des tournois de billard, de Xbox ou de ping-pong. C’était la première fois que je partais de chez nous l’été dernier et ç’a été le plus bel été de ma vie. Le repêchage de la LHJMQ va être la première étape d’une carrière de hockey. C’est la fin du hockey mineur. À partir de maintenant, je vais jouer devant des foules plus imposantes. »

Premier du CSR

Joueur électrisant, Hendrix Lapierre est considéré comme le meilleur fabricant de jeu du repêchage selon le Centre de soutien au recrutement de la LHJMQ.

« C’est un très bon patineur avec un excellent sens du jeu. Il rend ses coéquipiers meilleurs. Il ne ralentit jamais, même dans ses montées. C’est un grand compétiteur. Pas de doute qu’il aura un impact offensif tout au long de sa carrière », a analysé le recruteur-chef de la LHJMQ, Carl Bouchard.

La « tête » de Lapierre a aussi séduit les équipes de la LHJMQ. Un club avec un choix dans les 10 premières sélections a raconté une anecdote au Droit jeudi soir.

« Avant de le rencontrer, nous avions quelques réserves sur sa position au classement des meilleurs espoirs. Après la rencontre, c’était réglé. Il était clairement au sommet de notre liste ! Un passionné ! »