La Roumaine Simona Halep a remporté un deuxième titre consécutif à Montréal, après avoir eu le dessus sur Madison Keys, il y a deux ans.

Halep, reine de Montréal

MONTRÉAL — L’Américaine Sloane Stephens souhaitait jouer deux bons sets contre la Roumaine Simona Halep, au lieu d’un set et demi comme elle l’avait analysé après les récents Internationaux de France. Elle estime avoir produit trois manches de qualité dimanche après-midi, mais là encore, ce ne fut pas suffisant.

Dans un duel haut en couleur, joué sous un soleil de plomb, Halep a de nouveau eu le meilleur sur l’Américaine de 25 ans, l’emportant en trois manches serrées de 7-6 (6), 3-6, 6-4 en finale de la Coupe Rogers sur le court central du stade IGA.

Première joueuse mondiale, Halep a signé un deuxième titre consécutif à Montréal après sa victoire contre Madison Keys, une autre Américaine, il y a deux ans. Elle a aussi battu Stephens pour une deuxième fois d’affilée cette année et pour une septième fois en neuf rendez-vous. Il s’agissait d’un troisième triomphe en 2018.

Alors qu’elle semblait montrer des signes d’épuisement vers la fin du deuxième set, Halep a trouvé le moyen d’inscrire trois bris pour se bâtir une avance de 5-2 lors de la manche finale.

«À la fin du [deuxième] set, mon niveau a baissé parce que j’étais tellement fatiguée, a admis Halep. J’ai voulu sauver un peu d’énergie pour le troisième. Stephens dominait légèrement le deuxième set.»

Incapable de conclure le duel à 5-2, elle y est parvenue deux jeux plus tard grâce à son quatrième as de l’affrontement, à sa quatrième balle de match.

Après le point décisif, elle s’est laissé tomber sur ses genoux avant de retrouver Stephens près de la chaise de l’arbitre pour une chaleureuse étreinte.

«Je ne pouvais pas croire que c’était terminé, a confié Halep, en expliquant pourquoi elle s’est laissé tomber au sol. Ce fut un incroyable effort cette semaine. Et j’étais vraiment fatiguée. Dans ces tournois, et à ce niveau, je pense qu’il faudrait une journée de congé entre les matchs. La semaine a été vraiment difficile.»

Malgré le revers, Stephens, qui se maintient au troisième échelon du classement de la WTA, a brossé un portrait positif de sa prestation et de son rendement en général.

«Bien sûr, c’est décevant de ne pas avoir gagné. Mais je pense m’être améliorée aujourd’hui. J’ai été meilleure que lors de notre dernière finale. Je pense que ça va m’aider pour l’avenir, pour me préparer pour Cincinnati et les Internationaux des États-Unis. Je joue du bon tennis. Je n’ai pas de raison de me plaindre. J’espère que je vais continuer de m’améliorer.»

Après des quarts de finale et deux demi-finales dénués de suspense, Halep et Stephens ont tenu les spectateurs sur le bout de leur siège pendant exactement deux heures 41 minutes. Elles ont multiplié les longs échanges et effectué à tour de rôle des coups de grande qualité, parfois dans des circonstances difficiles.

Elles ont également accumulé les occasions de bris. Au total, Halep et Stephens ont profité de 35 chances et elles en ont converti 15, dont sept par la gagnante.

«Nous sommes deux joueuses qui excellent au retour, et ce sont des choses que l’on voit au tennis. C’est l’allure qu’a pris le match», a noté Stephens.

Rare déficit

Après une semaine marquée par de forts débuts de match, Stephens s’est retrouvée dans une position inhabituelle en concédant les deux premiers bris de l’affrontement.

Halep a d’abord percé la muraille de sa rivale au troisième jeu sur une erreur de Stephens. Deux jeux plus tard, la Roumaine récidivait en logeant un coup droit en parallèle tout juste à l’intérieur de la ligne de côté, pour se donner une avance de 4-1.

Stephens a montré qu’elle pouvait aussi se débrouiller lorsqu’elle accuse un recul. Elle a récupéré un premier bris au sixième jeu, grâce à un retour de service en décroisé qui a abouti sur la ligne. Deux jeux plus tard, elle ramenait l’affrontement à service égal lorsque Halep a envoyé un revers dans le filet.

L’enchaînement de bris de service était loin d’être terminé. Aidée par un revers de Stephens qui a frappé la bande du filet pour tomber de l’autre côté du filet à la portée de la Roumaine, Halep a repris l’avantage 5-4. Elle l’a aussitôt perdu alors qu’elle servait pour la manche.

Stephens et Halep ont réussi à protéger leur service lors des deux jeux suivants, forçant un spectaculaire bris d’égalité long de neuf minutes.

Stephens, qui avait déjà laissé filer deux balles de manche lors du 12e jeu, en a gaspillé deux autres durant le bris, tandis que Halep a exploité la seule qui s’est offerte à elle pour boucler le set initial en 70 minutes.

Nullement abattue par ce premier set perdu cette semaine, Stephens a entamé le deuxième avec deux bris. Elle a ensuite protégé son service trois fois de suite pour se donner une avance de 5-3 avant d’inscrire son sixième bris du duel, forçant la présentation d’une manche décisive.

Plus tard dimanche, devant des gradins dégarnis, l’Australienne Ashleigh Barty et la Néerlandaise Demi Schuurs, huitième tête de série, ont gagné la finale du double 4-6, 6-3, 10-8 contre la Taïwanaise Latisha Chan et la Russe Ekaterina Makarova, classées deuxièmes.

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EUGÈNE LAPIERRE CROIT AU POTENTIEL D’EUGENIE

Contrairement à certaines années passées, Eugène Lapierre n’avait pas de record d’assistance à annoncer lors de son bilan de la Coupe Rogers dimanche midi. Par ailleurs, il s’est beaucoup attardé sur le statut du tennis féminin à travers le monde, et sur Eugenie Bouchard, en qui il continue de croire malgré ses difficultés à se remettre en marche depuis sa percée mondiale en 2014.

Le directeur de la Coupe Rogers n’avait pas les chiffres officiels au moment de rencontrer les médias, mais il estimait que l’assistance totale avoisinera les 170 000 spectateurs, soit quelque 5000 de moins que la marque pour le volet féminin du tournoi. Selon Lapierre, deux séances perturbées par la pluie, celles de lundi soir et de mercredi soir, lui ont rapidement fait réaliser que la marque d’environ 175 000 spectateurs ne serait pas atteinte.

En plus de la pluie, Lapierre a laissé sous-entendre dans son bilan que le tennis féminin vit peut-être un certain creux de vague au chapitre de ses têtes d’affiche, surtout si l’on compare à l’époque des Steffi Graf et des Monica Seles au tournant des années 90.

L’une de ces têtes d’affiche aurait pu être Bouchard, sauf qu’elle n’a joué qu’un seul match en simple durant la semaine. Elle a mieux fait en double avec sa bonne amie Sloane Stephens, atteignant les quarts de finale, et avec qui elle a semblé avoir du plaisir sur le court.

Toutefois, la jeune Montréalaise a donné l’impression de s’ennuyer lors de ses rencontres de presse, une situation qui a été soulevée par des journalistes dimanche. À ce sujet, Lapierre s’est abstenu de commenter, disant ne pas avoir d’opinions à émettre sur cette question ni de contrôle.

Ce qu’il dit constater, cependant, c’est le fait que Bouchard continue d’avoir un grand pouvoir d’attraction auprès des jeunes et du public et qu’elle n’a rien perdu de son potentiel énorme de marketing.