Le lutteur et promoteur Martin Villeneuve avec la cloche qui servait aux galas de lutte au centre sportif Robert-Guertin durant les années 1970.
Le lutteur et promoteur Martin Villeneuve avec la cloche qui servait aux galas de lutte au centre sportif Robert-Guertin durant les années 1970.

Guertin: la cloche qui a sonné pour les Vachon, Leduc et Rougeau [VIDÉO]

Un peu de rouille la recouvre. Elle pèse une quarantaine de livres et n’a pas résonné durant un gala depuis la fin des années 1970.

Mais elle vaut de l’or aux yeux de Martin Villeneuve, qui la tient fièrement dans ses bras. Il s’agit d’un morceau de l’histoire sportive de l’Outaouais. Et même du Québec.

Cette cloche en fonte servait lors des galas de lutte durant les années 1970 au centre Robert-Guertin. Autant pour les combats organisés par les promoteurs « Les As de la lutte » que ceux de « La Lutte Grand Prix ».

« Elle a résonné pour plusieurs lutteurs... André Roussimoff qui est devenu André The Giant, Édouard Carpentier, Johnny Rougeau, Gino Brito, Gilles «The Fish» Poisson, Dino Bravo, les Vachon et les Leduc », énumère Villeneuve.

Ce fils du Vieux-Hull âgé de 47 ans aurait pu même ajouter les noms de Tarzan « La Bottine » Tyler et Killer Kowalski. Tous des athlètes qui ont diverti à leur façon les amateurs, il y a cinq décennies, dans le vieil amphithéâtre de la rue Carillon.

Un édifice appelé à tomber sous le pic des démolisseurs dans quelques années.

« La cloche risque d’être un des derniers souvenirs qui restera de la lutte à l’aréna Guertin avec les sièges qui seront probablement vendus au public », avoue Villeneuve.

Ce dernier est un mordu de lutte. Au fil du temps, il est devenu à son tour lutteur puis promoteur dans la région. Sans compter un homme d’affaires aguerri.

C’est lui le propriétaire de la Maison du peintre.

Villeneuve est fier aussi de la Gatineau Pro Wrestling (GPW), qu’il a fondée en juillet 2018 en compagnie de deux partenaires, Guillaume Charbonneau et Dereick Clément.

Mais cette cloche possède visiblement une place spéciale chez lui.

« J’ai des ceintures de lutte autographiées, dont une par Hulk Hogan. Je peux toujours la remplacer si quelque chose devait lui arriver. Ce n’est pas la même chose avec la cloche. Il n’y en a qu’une... Je ne l’ai jamais utilisé pour un de nos galas. Nous avons acheté notre propre cloche. »

Cette pièce de collection lui a été remise par un ami de la famille dans les dernières années. Un individu qui travaillait au sein de la défunte Ville de Hull à préparer l’aréna Guertin à la venue de galas à l’époque.

« Beaucoup de gens l’ignorent, mais durant les années 1960 et 1970, les promotions ne se déplaçaient pas avec leur équipement au Québec. Les villes avaient leur propre ring qu’ils assemblaient pour des galas. Elles avaient aussi leur cloche. Ç’a changé à partir des années 1980 avec la Lutte internationale et la WWF. Même moi je ne savais pas ça. »

La nouvelle génération connaît le centre Robert-Guertin comme étant le domicile des Olympiques de Gatineau. Elle ignore toutefois la tenue de plusieurs autres événements sportifs.

Que ce soit des galas de boxe, avec en tête l’ancien champion Gaétan Hart. Ou la présentation d’épreuves des Jeux de la francophonie en 2001.

Mais surtout, la lutte était un rendez-vous régulier à une autre époque.

« Tu avais des galas aux deux semaines. Plus de 3000 personnes, rappelle Martin Villeneuve.

«Les promoteurs commençaient déjà à vendre leur billet pour le prochain spectacle dès la fin du dernier. Les gens avaient hâte de savoir ce qui allait arriver au gars qui venait d’être malmené !

«Guertin, c’est un endroit qui a marqué l’histoire de la lutte au Québec avec le centre Paul Sauvé et l’Auditorium de Verdun. C’est un peu triste que ce soit mis à terre.»

Plusieurs combats disputés en sol hullois ont été télédiffusés. On en retrouve encore des extraits sur YouTube, dont un combat de championnat entre Dino Bravo et King Tonga en 1984.

Le dernier gala de lutte présenté à l’aréna Guertin remonte à 2014. Jacques Rougeau Junior avait amené sa troupe en Outaouais.

Martin Villeneuve s’en souvient bien. «J’ai lutté cette journée-là», dit-il.

Un moment émotif pour lui et son ami Guillaume Charbonneau, qui était aussi de la carte.

«Tu es au milieu du ring et tu repenses à tous les lutteurs qui ont passé dans le même espace 20x20 que toi dans le milieu de l’aréna», mentionne-t-il, sa cloche précieuse dans les bras.

Est-ce qu’elle fonctionne encore cette cloche ? La question trottait en tête depuis une vingtaine de minutes.

Villeneuve l’a fait retenir pour le journaliste du Droit, qui le rencontrait devant justement l’aréna Guertin par cette belle journée de juin.

«Elle a sonné pour plusieurs lutteurs, mais elle a peut-être aussi servi à l’époque pour frapper des adversaires, lance-t-il.

«Mais nous n’avons pas de preuve», ajoute-t-il en riant.