Andrew Gardiner (à droite) et Eleider Alvarez, un boxeur québécois d'origine colombienne.

Gardiner, l'invité de dernière minute au gala Bute-Pascal

Son premier combat en sol gatinois avait été mémorable.
Ça se passait il y a 11 mois. Son adversaire, Konstantin Piternov, s'était pointé dans le ring avec un gros chapeau en poil. Comme celui que Fred Caillou porte lors des réunions de l'Ordre loyal des bisons des prairies, dans Les Pierrafeu.
Le grand Russe en question avait terminé le huitième et dernier round le visage ensanglanté.
Andrew Gardiner était aussi rouge, mais il était sorti victorieux par décision unanime des juges. «Un combat comme je les aime... avec beaucoup de sang», avoue le boxeur d'Ottawa en riant.
L'entrevue s'est déroulée en début de semaine au club Final Round, dirigé par un entraîneur franco-ontarien. Le droitier de 26 ans se prépare à livrer son 11e combat en carrière. De loin le plus important.
Un peu après 21h samedi soir, à Montréal, Gardiner se pointera dans l'arène du Centre Bell afin d'affronter Eleider Alvarez, un boxeur québécois d'origine colombienne. Un gars à la coupe iroquoise qui montre une fiche parfaite de 13-0, 8 K.-O. Et surtout, un type classé parmi les cinq meilleurs de la WBA et la WBO.
Initialement, Alvarez devait se battre contre Thomas Oosthuizen (22-0-2, 13 K.-O.) en demi-finale du choc Bute-Pascal. Mais son opposant s'est désisté il y a une semaine et demie.
Gardiner s'est empressé d'offrir ses services. «Je me préparais déjà à me battre au début du mois de février. Donc, je suis prêt physiquement. Puis ça fait longtemps que je veux l'affronter», dit-il d'Alvarez, dont il a déjà été le partenaire d'entraînement.
Le négligé
Le mi-lourd (175 livres) sait qu'il est le négligé, même s'il montre lui aussi une fiche parfaite (10-0, 6 KO). Son nom ne figure à aucun classement. Mais une victoire changerait toutefois la donne.
«Je ne suis pas le favori, mais je vais me présenter en multipliant les coups de poing. Je ne lui laisserai pas le temps de respirer. Je ne m'en vais pas là-bas pour dire que j'ai fait partie d'un gros show et empocher un chèque. Je m'en vais là-bas pour gagner. Ça ne me dérange pas comment fort il va me frapper. Même si je tombe, je vais me relever et gagner ce combat.»
Le clan de son adversaire se méfie de lui. «[Gardiner] a un menton de granit et un coeur gros comme la Terre», a soutenu l'entraîneur d'Alvarez, Marc Ramsay.
Des commentaires qui rejoignent ceux d'Éric Bélanger qui entraîne le boxeur ottavien depuis deux ans. Il a déjà comparé son protégé à Rocky. «Andy, c'est un gars qui ne connaît qu'une direction. Il avance et il frappe.»
La formule a fonctionné jusqu'ici. Il est invaincu chez les pros.
Originaire de Winnipeg, Gardiner est déménagé dans la capitale nationale il y a presque deux ans. Plus précisément en mai 2012. «Tout de suite après que j'ai appris que je n'irais pas aux Jeux olympiques», précise-t-il, lui qui a livré plus de 80 combats dans les rangs amateurs.
Pourquoi Ottawa? «Parce qu'il n'y a pas grand-chose qui se passe sur la scène de la boxe professionnelle à Winnipeg, fait-il remarquer. Parce que je connais aussi Éric depuis cinq ou six ans. On s'était côtoyé à quelques reprises quand il était entraîneur au sein de l'équipe nationale.»
Bélanger l'a hébergé dans son sous-sol lors de ses premiers mois dans la capitale.
Aujourd'hui, Gardiner habite dans une maison mobile à Kemptville, au sud d'Ottawa. «Peut-être que je vais déménager dans un appartement», lance-t-il.
Son type de logement lui importe peu. Une seule chose s'avère importante. «Boxer. C'est ce que j'aime faire. Je n'ai pas de travail, ni de vie sociale. Et ça, c'est correct avec moi.»
Depuis qu'il est enfant qu'il rêve d'échanger des tapes sur la gueule devant dans un aréna bondé. Cette chance, il l'aura enfin  au Centre Bell.
Plus de 20000 spectateurs sont attendus à ce gala. Des gens qui découvriront un autre boxeur couvert de tatouages.
Dans le cas de Gardiner, on retrouve les binettes des Marciano, LaMotta, Gatti et Ward sur son bras droit. «Je suis un peu comme eux. Je suis un gars de la vieille école, qui frappe sans arrêt, qui veut donner un bon spectacle», dit-il.
Ce qui a mené à une dernière question du journaliste du Droit.
Quel sera ton prochain tatouage? «Peut-être un de moi si je gagne un jour un titre mondial», affirme-t-il, sourire aux lèvres.