Le Fury rentrera à la maison lundi. L'entraîneur-chef Marc Dos Santos et la direction dresseront alors le bilan de leur première saison dans la NASL.

«Pas question de faire des dépenses folles»

Chaque jour, Marc Dos Santos se glisse dans la peau de Brad Pitt ou de Billy Beane. Les joueurs du Fury d'Ottawa sont ceux des As d'Oakland dans le film Moneyball sorti en 2011 d'après l'adaptation d'un livre de Michael Lewis publié en 2003.
Son titre ? Moneyball : l'art de gagner. Le film raconte l'histoire vraie de Billy Beane (Brad Pitt), directeur général d'un club à petit budget des Ligues majeures, qui en 2002, a trouvé une façon de lutter contre des clubs pouvant s'offrir jusqu'à trois fois sa masse salariale.
Sa méthode révolutionnaire s'appuyait sur la « sabermétrie ». En utilisant les statistiques avancées du baseball, il a pu mesurer la valeur qualité/prix des joueurs afin de respecter le cadre financier de son marché californien. C'est ainsi qu'il a pu recruter des joueurs aux contrats modestes au potentiel inexploité. Son stratagème a depuis été copié par plusieurs organisations sportives.
À son arrivée à Ottawa, Marc Dos Santos détestait entendre parler de Moneyball. « C'était la nouvelle mode. Parce que ça avait marché une fois, tout le monde se croyait capable d'imiter le modèle avec succès. »
L'entraîneur-chef et directeur général québécois a toutefois appris à la dure qu'il n'avait pas le choix d'appliquer la même méthode avec son club d'expansion de la North American Soccer League.
« La réalité, c'est que nous sommes dans un marché nord-américain qui connaît la NBA (basketball), la LNH (hockey), la NFL (football), la MLB (baseball) et la MLS (soccer). Ce sont toutes des ligues avec un plafond salarial. La NASL n'a pas cette contrainte.
« On se trouve donc à compétitionner avec des équipes aux budgets très variables semblables au modèle européen et il faut s'inspirer de Moneyball pour construire notre équipe. »
Trois clubs se démarquent des autres dans la NASL. New York, Minnesota et Tampa Bay ont les poches creuses. Jacksonville, San Antonio et Edmonton sont dans le groupe du milieu. Ottawa et les quatre autres clubs doivent se serrer la ceinture.
« Le mot d'ordre des propriétaires a été clair dès le départ. Pas question de faire des dépenses folles pour attirer des joueurs et créer un engouement soudain auprès de nos partisans pour ensuite réduire les budgets comme ça se fait souvent ailleurs. Ici, nous voulons graduellement augmenter nos dépenses. C'est la bonne stratégie pour assurer la survie du club à long terme. »
Faire preuve de créativité
Pour amener des joueurs à Ottawa tout en restant compétitif avec un budget restreint, Marc Dos Santos a dû faire preuve de créativité. « Ce n'est pas seulement une question d'argent brut. Ici, on paye nos joueurs en devise canadienne. Ils doivent évaluer les impôts à payer, le coût de la vie, nos installations sportives, l'encadrement qui leur est offert... »
Sur le plan sportif, Dos Santos dit évaluer les forces et les faiblesses de son club avant de se lancer à la chasse aux agents libres. « Nous regardons vers les marchés qui vivent des crises financières et où les joueurs ont de la misère à se faire payer. C'est le cas présentement en Grèce et au Portugal et dans certaines parties du Brésil, de l'Espagne et de l'Italie. »
Le problème avec Moneyball, c'est que les As ont souvent participé aux séries éliminatoires, mais ils n'ont jamais gagné la série mondiale. Marc Dos Santos reconnaît les limites du modèle. « Il va te permettre de gagner de temps à autre. Fort Lauderdale a atteint la finale comme ça l'an dernier, mais tout compte fait, se sont les meilleures équipes qui gagnent. Celles-ci ont généralement plus de budgets. Ici, on veut commencer par faire les séries avant de passer à la deuxième phase : se rendre en finale. Nos budgets vont aller en augmentant jusqu'à ce qu'on gagne la coupe. »
Quand on lui demande de nous identifier ses meilleurs coups en matière de qualité/prix, Dos Santos sourit. « Ils ont tous un bon rapport qualité/prix ! »