Le skieur Erik Guay annonce sa retraite à l'âge de 37 ans.

Erik Guay tire sa révérence à 37 ans

MONTRÉAL - Le coeur n’y était tout simplement plus. Erik Guay, le skieur le plus décoré de l’histoire canadienne, a annoncé jeudi qu’il prenait sa retraite de la compétition.

Guay, de Mont-Tremblant, avait envoyé un premier indice quant à sa décision en se retirant de la deuxième descente d’entraînement de la Coupe du monde de ski alpin de Lake Louise, en après-midi. La veille, il avait signé le 69e chrono, à plus de quatre secondes de l’Italien Christof Innerhofer.

«Je ne suis plus compétitif, donc ça ne servait à rien de vouloir s’entêter et de prendre des risques inutiles, a d’abord évoqué Guay en conférence de presse à Lake Louise. Ç’aurait été très difficile de revenir au niveau où je veux être, et pour y parvenir il aurait fallu que je passe de longs mois loin de mes proches et de ma famille. J’en suis venu à la conclusion que je n’étais pas prêt à le faire de nouveau.»

Sa décision survient au lendemain de la violente chute de son coéquipier de l’équipe canadienne Manuel Osborne-Paradis, à l’occasion de la première descente d’entraînement. Le Britanno-Colombien, qui a été victime d’une double fracture tibia-péroné, selon Canada Alpin, devait d’ailleurs être opéré jeudi à Calgary. Sa saison est donc terminée, avant même qu’elle n’ait débuté.

La volonté du Québécois âgé de 37 ans de poursuivre ses activités avait été ébranlée une première fois, la semaine dernière, après que son compatriote Broderick Thompson se soit blessé à un genou lors d’une descente d’entraînement à Nakiska. Guay n’a d’ailleurs pas caché que ces accidents avaient joué un rôle dans sa décision.

«Vous savez, j’ai subi de nombreuses blessures au fil de ma carrière, et j’ai récupéré de nombreuses blessures, mais je ne crois pas que je serais en mesure de le faire de nouveau, a-t-il laissé tomber. Je crois que j’aurais beaucoup d’ennuis à endurer pendant un autre processus de rééducation.

«En conséquence, j’annonce aujourd’hui ma retraite, a-t-il déclaré. Ça fait tout de même quelques semaines que j’y pense, mais en raison des circonstances - plusieurs facteurs sont entrés en ligne de compte, dont les blessures qui ont secoué l’équipe depuis une semaine -, ça m’a poussé à prendre la décision d’annoncer ma retraite. Je n’ai aucun regret, j’ai eu une très belle carrière et je suis super content avec tout ce que j’ai accompli. Je suis très excité de passer à autre chose.»

Le principal intéressé a indiqué qu’il ignorait pour l’instant ce que l’avenir lui réservera, «sauf faire du ski avec mes filles». Guay voudrait également s’impliquer auprès de Canada Alpin, «pour rebâtir l’équipe, car il y a plusieurs bons jeunes skieurs au sein du programme».

Mercredi, après la descente d’entraînement, Guay avait laissé entendre qu’il pourrait accrocher ses skis pour de bon. Le vétéran avait déclaré à ‘La Presse’ ressentir «une certaine tristesse» à l’idée de disputer sa 15e et dernière étape de Coupe du monde à Lake Louise, où il a signé le premier de ses 25 podiums en 2003.

«J’ai comme un pied dans la retraite et un pied dans la compétition», a-t-il déclaré à ‘La Presse’.

Quant à savoir ce qui allait lui manquer le plus, Guay a indiqué que ce sera «probablement la nervosité, l’excitation, dans le portillon de départ, surtout quand tu te sens bien et que tu sais que tu peux gagner».

Guay est le skieur canadien le plus prolifique de l’histoire du ski alpin au pays. Il a été proclamé champion du monde de descente à Garmisch-Partenkirchen en 2011 et champion du monde de super-G à Saint-Moritz en 2017, en plus d’avoir été sacré vice-champion en descente la même année. Interrogé à savoir s’il allait avoir des regrets de ne pouvoir défendre ses titres aux Championnats du monde d’Are, en Suède, en février prochain, Guay a préféré voir le bon côté des choses.

«J’ai connu de bons moments, c’est certain, a-t-il admis. Mais je crois que mes médailles aux Mondiaux ont un cachet spécial. Le fait d’être en mesure de prendre ma retraite en étant champion du monde, c’est assez spécial.»

Guay a également obtenu un globe de cristal en carrière, et remporté cinq épreuves de la Coupe du monde.

Il n’aura cependant jamais pu émuler ses performances aux Jeux olympiques d’hiver. Après avoir terminé au pied du podium en super-G à Turin en 2006 et cinquième en descente et en super-G à Vancouver en 2010, Guay n’a pu faire mieux qu’une 10e place en descente à Sotchi en 2014. Il n’a pas pris part aux Jeux de Pyeongchang l’hiver dernier en raison de maux de dos persistants. Tout ça n’a plus d’importance.

«Ce sera le premier véritable Noël que je passerai avec ma famille, sans avoir à me soucier d’autre chose, a-t-il dit. L’an dernier, j’étais à la maison pour Noël, mais j’ai dû composer avec le stress et l’anxiété de tout faire pour être prêt à temps pour les Jeux olympiques. Je crois que ce sera très agréable cette fois-ci.»

La communauté du ski organisera une fête en l’honneur de Guay en 2019. Plus de détails suivront dans les prochaines semaines.