Le Franco-Ontarien Éric Kibi a marqué 36 points à son premier match chez l’Al-Mina’a, dans la Ligue professionnelle d’Iraq.

Direction Iraq pour le Franco-Ontarien Éric Kibi

Ado, Éric Kibi rêvait de jouer chez les pros lorsqu’il lançait des ballons dans les paniers de basket-ball du parc Terry-Fox à Orléans.

La NBA lui traversait l’esprit. Jouer en Europe aussi. Le voilà toutefois, une quinzaine d’années plus tard, sur des planchers de bois franc en... Iraq.

« Jamais de la vie je ne pensais me retrouver ici... En fait quand j’étais plus jeune, je ne savais même pas qu’il y avait une ligue ici », a avoué dimanche l’attaquant franco-ontarien de 6’6’’ et 221 livres.

La veille, Kibi avait effectué ses débuts dans ce pays qui a été ravagé par deux guerres en deux décennies et demie. L’athlète âgé de 28 ans a marqué 36 points en plus de récupérer 21 rebonds à son premier match chez l’Al-Mina’a, qui occupe le sixième rang parmi les 12 clubs de la Ligue professionnelle d’Iraq.

« On m’a amené ici pour que l’équipe finisse parmi les quatre premières afin de jouer en séries éliminatoires », a indiqué Kibi.

Ce dernier a entamé la saison en France en deuxième division. Une aventure qui n’a duré que huit parties.

« Nous avons perdu nos huit matches. L’équipe a décidé de faire des changements. C’est comme ça le monde du sport », a-t-il rappelé.

Kibi s’est retrouvé dans une ligue en Slovaquie. Son séjour fut aussi de courte durée.

« Ça n’a pas marché non plus là-bas. Je n’ai joué que deux matches, a relaté.

«Mon agent m’a convaincu d’aller jouer en Iraq. Il y a beaucoup d’argent. Je suis arrivé ici mercredi.»

Kibi a triplé son salaire en allant dribler dans ce pays dirigé auparavant par le défunt Saddam Hussein. On lui a fourni son logement, une femme de ménage et un... garde du corps.

«Je ne peux pas juste sortir comme ça. On amène ma nourriture dans mon appartement.»

Le principal intéressé apporte ensuite un bémol.

«Les gens sont gentils ici. Mais c’est sûr que tu te protèges, que tu ne veux pas te mettre dans une mauvaise situation.»

C’est que le groupe armé État islamique est encore présent ici et là.

Kibi dit avoir apprécié sa première joute en sol iraquien. Les différents arénas peuvent accueillir entre 5000 et 12 000 amateurs.

«Tous des hommes. Les femmes n’ont pas le droit d’assister aux matches», a vite remarqué la nouvelle vedette canadienne.

«C’est une ambiance différente. Les gens sont très passionnés.»

Il s’agit du 10e pays dans lequel il joue depuis son départ d’Ottawa en 2007 afin d’étudier aux États-Unis.

Kibi a évolué dans la NCAA chez les Trojans de l’Université de l’Arkansas à Little Rock (UALR), participant notamment au March Madness à une occasion. Chez les pros, il a évolué notamment en Allemagne, au Danemark, Monténégro, Luxembourg et Danemark.

C’est sans compter ce court retour dans son patelin en 2013-2014 chez les défunts Skyhawks d’Ottawa.

Une de ses plus belles expériences ? Participer à l’Afrobasket il y a un an et demi. C’est le tournoi de qualification de la Coupe du monde pour les pays africains.

Le Congo l’a recruté pour porter les couleurs des Léopards, son équipe nationale.

«Représenter le pays natal de mes parents était une belle expérience... une expérience que j’aimerais revivre si possible. J’ai obtenu mon passeport congolais. J’ai pu aller au Congo pour la première fois de ma vie, voir toute ma famille.»

Et Éric Kibi a vite découvert un autre avantage à la double citoyenneté.

«Ce passeport m’ouvre des portes. Par exemple en Espagne, je ne compte pas comme un joueur étranger sur l’alignement d’une équipe professionnel. C’est comme ça aussi en Italie et en France.»

Et l’Iraq dans tout ça ?

«J’ai toujours voulu jouer un jour au Moyen-Orient. Je ne pensais jamais que ce serait ici. Mais c’est une autre expérience de vie. Comme j’aime dire souvent, tu n’as qu’une vie à vivre.»