Denis Shapovalov, 12e tête de série, a eu besoin de trois heures 26 minutes pour venir à bout de Fritz, 19e tête de série. Il a dû effacer un retard de 2-5 en quatrième manche avant de s’imposer.
Denis Shapovalov, 12e tête de série, a eu besoin de trois heures 26 minutes pour venir à bout de Fritz, 19e tête de série. Il a dû effacer un retard de 2-5 en quatrième manche avant de s’imposer.

Denis Shapovalov défait Taylor Fritz en cinq manches et atteint le 4e tour

La Presse Canadienne
NEW YORK — Le Canadien Denis Shapovalov a franchi le troisième tour des Internationaux des États-Unis, vendredi, en battant l'Américain Taylor Fritz 3-6, 6-3, 4-6, 7-6 (5), 6-2.

Shapovalov, 12e tête de série, a eu besoin de trois heures 26 minutes pour venir à bout de Fritz, 19e tête de série. Il a dû effacer un retard de 2-5 en quatrième manche avant de s’imposer.

«Il était en contrôle, a reconnu Shapovalov. Puis j’ai vu qu’il est devenu un peu plus tendu.»

Fritz, qui est âgé de 22 ans, l’a aussi admis.

«Je jouais bien, je faisais les bonnes choses, tout ce que j’avais à faire, a-t-il dit. J’avais la victoire à portée de main, puis j’ai craqué.»

Shapovalov a réussi 22 as contre 10 fautes directes et a profité de cinq des huit balles de bris qu’il a obtenues. Shapovalov a également réussi 60 coups gagnants contre 33 fautes directes.

De son côté, Fritz a été moins opportuniste, profitant de cinq des 15 balles de bris obtenues. Shapovalov ne lui en a toutefois pas consenti lors de la manche ultime.

Fritz a été abandonné par son service lors du cinquième set, plaçant seulement 46 % de ses premières balles en jeu et commettant trois de ses cinq doubles fautes de la rencontre. Il a noté avoir ressenti de la douleur au bas du dos et de la fatigue aux pieds.

«J’ai tenté de tourner la page et me ressaisir au cinquième set, mais il a vite pris le contrôle», a indiqué Fritz.

Au quatrième tour, Shapovalov croisera le fer avec le Belge David Goffin, septième tête de série. Ce dernier a défait le Serbe Filip Krajinovic 6-1, 7-6 (5), 6-4.

Shapovalov en est à sa deuxième participation au quatrième tour d’un tournoi majeur. Il avait atteint cette étape en 2017 à Flushing Meadows.

Il ne s’est pas rendu la tâche facile jusqu’ici, alors qu’il a disputé 13 des 15 manches possibles lors de ses trois premiers matchs. Shapovalov a aussi complété vendredi soir un match de premier tour double en compagnie de l’Indien Rohan Bopanna commencé jeudi et ils ont gagné 6-2, 6-4 face aux Américains Ernesto Escobedo et Noah Rubin.

Mais Shapovalov n’est âgé que de 21 ans. Et comme il l’a rappelé, son corps n’est pas fatigué puisque le calendrier a été interrompu pendant cinq mois en raison de la pandémie de la COVID-19.

«Nous n’avons jamais pu autant nous reposer, a dit Shapovalov. Tout le monde se sent frais et dispos.»

Drames sous la bulle

La bulle sanitaire des Internationaux des États-Unis n’en finit pas de parasiter le déroulement du tournoi : vendredi, un mystérieux retard de près de trois heures a perturbé le début du match entre Adrian Mannarino, sous surveillance rapprochée, et Alexander Zverev.

Alors qu’on avait appris quelques heures plus tôt, par la bouche de la joueuse belge Ysaline Bonaventure, qu’elle et les autres « cas contact » de Benoît Paire avaient interdiction de quitter la bulle avant la fin de la semaine prochaine, même s’ils étaient éliminés, on a vu Zverev se prélassant torse nu sur la terrasse de la loge du court Arthur-Ashe.  

Il aurait pourtant dû être, au même moment, en train de batailler sur le Louis-Armstrong…

Le temps passant, il est apparu que l’Allemand attendait simplement son adversaire. Mais où était donc le Français ? Impossible de savoir. Plus tard quand le match a été reprogrammé «pas avant 17 h (23 h française)», les causes de ce retard étaient toujours inconnues.

«On m’a dit qu’il y avait peu de chances qu’on joue», a expliqué Zverev.

Et soudain, Mannarino est apparu, tout de noir vêtu, parfaitement impassible. Le match pouvait commencer, vers 17 h 15, avec près de trois heures de retard.

État contre ville

Durant le match, l’USTA a publié un communiqué pour expliquer le retard : « Le match Zverev-Mannarino a été retardé, consécutivement à un dialogue mené avec les autorités sanitaires ce vendredi. La communication s’est poursuivie avec les joueurs dans l’après-midi pour les tenir au courant à tout moment. Compte tenu de la sensibilité des problèmes médicaux en cause, l’USTA n’est pas en mesure de fournir plus de détails ». Les notices de montage de meubles en kit sont plus explicites…

Il a fallu attendre que Mannarino éclaire lui-même un peu la situation, en expliquant que l’État de New York avait tenté « d’outrepasser » la ville de New York pour l’empêcher de jouer ce match.

«Je ne sais pas qui a fait quoi. Beaucoup de choses se sont passées durant tout ce temps et finalement à 16 h 30 on m’a dit que je pouvais jouer. Je remercie toutes les personnes qui se sont démenées pour que je puisse jouer», a ajouté le joueur qui a donc bien failli être victime d’un jeu d’influence politique.

Cet épisode s’ajoute au trouble qui entoure les Internationaux des États-Unis et en plombe l’ambiance, déjà sérieusement détériorée.

Après sa victoire, plus tard en session nocturne, Novak Djokovic a affirmé avoir tenté de joindre le gouverneur de l’État Andrew Cuomo, pour permettre à Mannarino de jouer. « Je ne suis pas content de la façon dont a été gérée la situation avec le joueur français », a-t-il dit.

Ce dernier n’a lui pas montré de rancœur, assurant que bien qu’inhabituelles, les conditions de vie étaient supportables.

Mais d’autres ont été beaucoup plus critiques, comme Kristina Mladenovic ou Benoît Paire, laissant même entendre qu’ils ne pouvaient pas dire tout ce qu’ils avaient sur le cœur.

«Série Netflix»

Un tweet de Luka Mladenovic, le frère et coach de la joueuse, a encore appuyé cette impression vendredi : «Si seulement vous étiez au courant de tout ce qui est en train de se passer ici… C’EST UNE SÉRIE NETFLIX JE VOUS LE JURE… Vous êtes au courant de 10 % je pense».

Kristina Mladenovic avait dit mercredi se sentir comme une « prisonnière » ou une « criminelle ». Deux jours plus tard, on comprend un peu mieux avec cette confirmation de Mannarino : «On m’avait dit, et à tous les joueurs dans ma situation, qu’une fois éliminés on pourrait continuer de s’entraîner sur le site tous les jours, mais on nous a dit ce matin qu’en fait il faudrait rester dans la chambre pour le reste de la quarantaine…»

Or, comme l’a souligné Bonaventure jeudi, «ça fait maintenant 22 jours qu’on est là et qu’on a toujours été testés négatifs. C’est dur à accepter, surtout maintenant qu’on a perdu».

Comment comprendre, en effet, que des joueurs négatifs au coronavirus puissent devenir plus dangereux éliminés que lorsqu’ils étaient encore en lice, au point d’être totalement reclus dans leur chambre alors qu’ils pouvaient sortir pour jouer et s’entraîner ?

Quoi qu’il en soit, certains absents doivent se dire qu’ils n’ont pas eu tort de s’être tenus à l’écart de la bulle. AFP