L’ailier défensif Edward Godin (95) et ses coéquipiers se sont entraînés une dernière fois sur le terrain du Stade Telus avant de prendre l’avion en direction de Calgary.

Coupe Mitchell: des chasseurs de Dinos

Même si le Rouge et Or affronte d’agressifs Dinos, samedi, le club de l’Université Laval devra se poser en chasseur du début à la fin du match pour repartir de Calgary avec la victoire. Et accéder à la finale de la Coupe Vanier.

«Faut toujours être l’agresseur, pas l’agressé», a résumé l’ailier défensif finissant Edward Godin, jeudi, à la veille de s’envoler pour l’Alberta. Godin et 49 de ses coéquipiers prennent un avion nolisé de Québec, vendredi matin, pour Calgary. Avec escale ravitaillement à Winnipeg.

Ces 50 joueurs pèsent ensemble 11 200 livres. Quarante-huit seront en uniforme pour la demi-finale canadienne, match de la Coupe Mitchell. Ajoutez à la délégation une quarantaine d’entraîneurs, de membres du personnel et d’invités, plus l’équipement des joueurs et les bagages de chacun.

Un voyage qui pèse lourd autant au sens propre que figuré. Équipe la plus décorée du football universitaire canadien, la fiche du Rouge et Or en demi-finale canadienne sur la route demeure de 3-4. Ce sera de plus la 23e fois qu’une équipe de la conférence Ouest accueille une demi-finale canadienne, les hôtes montrant un reluisant dossier de 19-3 dans cette situation.

Et il y a cette deuxième demie du dernier match, contre les Carabins de Montréal, samedi dernier. Le Rouge et Or y a été dominé 11-3 au pointage. «Il y a eu des moments stressants, mais on s’est rattrapés à la fin. Reste qu’à un moment donné, en défensive, on s’est mis à jouer sur les talons», admet Godin.

Pas si différent du match de la Coupe Vanier de l’an passé, dernier affrontement contre les Dinos et neuvième couronnement des Lavallois. Mais à l’inverse de la récente victoire contre Montréal, le Rouge et Or s’était surtout montré passif en début de rencontre. Pas moins de 553 verges et 31 premiers jeux accordés aux Dinos en grande finale de 2016. Touché sur le premier jeu, puis 14-0 après cinq minutes! «On s’est ressaisis malgré tout, ce qui montre la maturité de notre groupe. On a appris de nos erreurs», assure Godin.

Cet affrontement et plusieurs autres sont passés sur les petits et grands écrans du PEPS, cette semaine. «Des vidéos de toutes sortes!» s’esclaffe Godin, confirmant encore que rien n’est jamais laissé au hasard par Glen Constantin et ses entraîneurs.

Godin, lui, tente d’à la fois s’immerger dans le football et de profiter de ses derniers moments comme membre du club de l’UL. Lui restent au mieux que trois séances d’entraînement sur le terrain où il a fait ses premiers pas universitaires, en 2013. Ou peut-être était-ce sa dernière, jeudi.

«Je prends plus le temps d’apprécier les moments passés en gang. Les soupers avec les autres joueurs de la ligne défensive, les conversations qu’on a durant les entraînements. Ce sont des moments que je vais chérir le reste de ma vie», affirme celui qui confie être nerveux avant chaque match, «jusqu’au premier sifflet».

Gérer le stress

Autre chasseur à surveiller : le receveur de passes Marc-Antoine Pivin. Après une saison régulière plombée par les blessures, Pivin est de retour en plein cœur de l’action avec quatre attrapés pour 86 verges et un touché dans le duel crucial de la semaine passée contre Montréal, en plus d’un autre majeur sur 71 verges annulé pour cause de pénalité. «C’est une belle preuve de confiance de la part des entraîneurs», indique Pivin.

Auteur de trois attrapés pour 66 verges et un touché dans le match contre Calgary l’an dernier, le numéro 10 s’estime davantage «en mesure de gérer le stress» à sa deuxième campagne universitaire. Mais pas qu’il n’y en ait pas. «Les Dinos vont nous attendre de pied ferme», prévient Pivin.

L’autre demi-finale met aux prises Western Ontario et Acadia, en Nouvelle-Écosse, aussi samedi après-midi. Le porteur de ballon de Western Cedric Joseph, un Montréalais, est déjà à la recherche d’un huitième touché par la course à la troisième rencontre éliminatoire.

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Retrouvailles pour «AB» et ses copains du R et O

«Les Dinos de Calgary, c’est exactement la même chose que le Rouge et Or de Laval. Mais en version anglaise et à l’autre bout du Canada», fait valoir Abdraman Abdel-Rahim, dans un très bon français.

À Calgary, ses nouveaux amis et coéquipiers l’appellent simplement «AB». Prononcez é-bi, comme les deux premières lettres de son prénom, en anglais. Mais le receveur recrue des Dinos, auteur d’un touché et de 111 verges de gains jusqu’ici en novembre, n’oublie pas d’où il vient. Né au Tchad, élevé à Pierrefonds et ancien des Cheetahs du Collège Vanier de Montréal, l’athlète de 6’3” et 187 livres a hâte de retrouver ses copains qui s’alignent avec le Rouge et Or. Dont le secondeur Kean Harelimana et le demi de coin Zack Fitzgerald, avec qui il a joué au cégep.

«La dernière fois qu’on était sur le même terrain, c’était en demi-finale du Bol d’or, on a perdu contre CNDF. Et là, on se retrouve en demi-finale canadienne universitaire!» s’exclame celui qui n’a pas manqué de féliciter son chum Harelimana pour le titre de meilleure recrue au Québec. Mais les deux ne se parlent plus. Pas cette semaine. Parce que Harelimana a... brisé son téléphone. «Alors on n’a pas de contact! Mais c’est peut-être mieux comme ça. On se verra en personne quand ils arriveront ici, je vais essayer d’aller les saluer au stade vendredi», affirme Abdel-Rahim, qui a manqué la moitié du calendrier régulier pour une blessure à l’aine.

«Depuis que j’ai décidé de venir jouer à Calgary, je savais que ça devenait une forte possibilité qu’on s’affronte», poursuit-il, ajoutant que ni le Rouge et Or, ni les Carabins de Montréal n’ont tenté activement de le recruter, l’hiver dernier. Celui qui avait amorcé son cégep à Montmorency, avant de transférer à Vanier, n’avait pas non plus envie de retourner étudier en français. L’offre de Calgary est alors arrivée à point nommé, autant sur le plan sportif que scolaire et personnel.