Coupe du Monde

Une étoile dans les yeux

MOSCOU — Les Bleus veulent une deuxième étoile sur leur maillot. Les Croates rêvent d’une première. Dans les têtes des joueurs, une seule image, celle d’une Coupe du Monde à soulever à l’issue de la finale France-Croatie, dimanche à Moscou.

Pour les Français, il y a une revanche à prendre sur eux-même après la défaite en finale de l’Euro à domicile face au Portugal (1-0 a.p.), il y a deux ans.

Coupe du Monde

France: la finale de l’Euro 2016, un mal pour un mieux ?

ISTRA — « Il y a deux ans, en finale de l’Euro, c’était tellement douloureux... » La plaie de la défaite contre le Portugal est encore vive pour Didier Deschamps et ses Bleus, qui comptent bien s’en servir pour aborder la finale du Mondial 2018 dimanche contre la Croatie.

« C’est très dur, il faudra l’accepter et le digérer. Il n’y a pas de mots pour diminuer cette déception, elle est énorme », avait lâché un Deschamps livide au soir du coup de bambou portugais (1-0 a.p.), le 11 juillet 2016 au Stade de France.

Lundi, il avait exclu toute idée de « revanche ». « Mais ça fait toujours mal, on est passé à côté de quelque chose d’extraordinaire, parce que l’opportunité d’être champion d’Europe, ça peut se présenter plusieurs fois, mais quand elle se présente une fois, il faut la saisir ».

Alors que dire d’une finale de Coupe du Monde, même si les Français y sont parvenus pour la troisième fois sur les six dernières éditions, et que le groupe a été renouvelé (seuls neuf Bleus actuels ont disputé ce Championnat d’Europe à domicile) ?

« On n’est pas arrivé si loin pour lâcher », a assuré jeudi Paul Pogba. « Je connais le goût de la défaite en finale, c’est vraiment pas bon, très amer... On ne va pas l’aborder comme à l’Euro, on veut vraiment finir bien, avec le sourire. »

Pas « gagné d’avance »

Que faut-il éviter ? On touche là au secret industriel : « Ce sont des points à régler entre nous. D’un point de vue collectif, on le sait, mais ça restera entre nous », affirmait jeudi Samuel Umtiti. Un peu dans le droit-fil du mantra tactique de Deschamps, « ne rien donner à l’adversaire », qui transparaît parfois dans la communication des joueurs.

Les cadres ont assumé leurs fonctions dès mardi dans la foulée de la demi-finale contre la Belgique (1-0). « C’est fantastique, mais le plus dur reste à faire, il reste encore une étape. Il ne faut pas céder à l’euphorie. Ceux qui étaient à l’Euro 2016 auront leur mot à dire », avait prévenu le capitaine Hugo Lloris, afin de bien préparer le dernier match, « certainement le plus important de notre carrière ».

Et il faut éviter le complexe de supériorité qui a pu affleurer à l’Euro. « Franchement, quand on a gagné contre l’Allemagne (2-0 en demi-finale, ndlr), on pensait que c’était ça la finale. Contre les Portugais, avec leur parcours, on s’est dit que c’était gagné d’avance, c’était ça notre erreur. Maintenant, ce n’est pas pareil, on est tous conscients, concentrés. On ne veut pas faire la même erreur. »

« Quand on a battu l’Allemagne, on était euphorique à juste titre, un peu trop », abondait Blaise Matuidi vendredi.

« Ça sert de leçon »

Les Français voyaient dans la blessure de Cristiano Ronaldo en début de match un motif pour faire briller un peu plus leur bonne étoile... filante : André-Pierre Gignac trouvait le poteau dans les arrêts de jeu du temps réglementaire et Eder glaçait le « SdF » d’une frappe rasante en prolongation.

« Les larmes ont séché, mais c’est encore dans un petit coin de la tête et tant mieux, ça doit servir pour dimanche, même si je n’aime pas ressasser le passé. Ça sert de leçon, on sait ce que c’est qu’une finale. On va l’aborder différemment et espérer faire un grand match pour gagner », a avancé Matuidi.

Antoine Griezmann, lui, a donné dans la boutade : « En étant meilleur buteur on a perdu, je me suis dit : “Je vais mettre moins de buts pour voir si on la gagne (rire)”. »

Le levier de la finale, Alain Giresse n’y croit pas trop. « Pas spécifiquement la finale, c’est un tout, tout ce qu’ils ont emmagasiné à travers l’Euro. Il n’y en a pas beaucoup qui sont là, mais ça laisse de l’expérience », confie à l’AFP l’ancien joueur et actuel consultant sur Radio France, qui préfère insister sur « la difficulté du premier tour » qui « leur a fait du bien ».

Ce parcours avait-il ouvert un nouveau cycle ? Oui, avait répondu Deschamps à l’issue de la défaite : « Même si on prend un gros coup sur la tête, ça laisse envisager des jours meilleurs et un avenir intéressant. » Nous y voilà.

Coupe du Monde

Croatie: au nom de «Tante Iva»

MOSCOU — S’ils écrivent l’histoire, ce sera aussi pour elle. Elle, c’est Iva Olivari, la team manager affectueusement surnommée « Tante Iva » ou avec plus de déférence « la chef » par les joueurs de la sélection de Croatie, opposée à la France dimanche en finale du Mondial 2018.

Car si le chemin vers les sommets du foot mondial a été long pour la sélection au damier depuis la demi-finale 1998, son parcours à elle l’a été plus encore. Et l’avènement de la nouvelle génération des « Vatreni » (« les Flamboyants ») est pour elle aussi une grande victoire personnelle.

Ancienne joueuse de tennis dont la carrière a été brisée par une blessure, elle a rejoint en 1992 la naissante Fédération croate de football (HNS). À 49 ans, c’est en tailleur strict qu’elle apparaît dorénavant fièrement, ses longs cheveux blonds s’écoulant sur les épaules, sur le banc de la sélection croate au sein d’un staff en survêtement.

« Je n’ai pas subi de discrimination, mais évidemment j’ai entendu des choses comme “elle ne devrait pas être là, ce serait mieux si c’était un homme, elle n’y connaît rien au foot…” », raconte-t-elle à l’AFP en assurant d’une voix ferme que ces commentaires ne lui faisaient ni chaud ni froid.

Voyez avec Tante Iva

Ce qui se passe sur le terrain est du ressort du sélectionneur Zlatko Dalic. Pour le reste, voyez avec Tante Iva... ou la chef !

« Les plus jeunes, lorsqu’ils arrivent en sélection sont assez effrayés, ils ne savent pas où ils arrivent et m’appellent “Tante Iva”, explique-t-elle avec un petit sourire. Puis, avec le temps ça devient simplement Iva ».

Parce que c’est bien elle la patronne.

« En tant que manager de l’équipe, je suis la reine des papiers. Je m’occupe de toute l’administration, de la communication avec les adversaires, avec les clubs, des voyages... tout ce qu’il faut pour participer à une compétition », détaille-t-elle.

Cela implique également d’assister le sélectionneur dans le dialogue avec la FIFA. Comme par exemple, l’annonce des changements en cours de jeu, ce que fait également l’Espagnole Silvia Dorschnerova pour la Roja depuis le Mondial 2002.

Olivari, elle, vit sa première Coupe du Monde, un monde du foot qui reste très largement masculin (staffs nationaux, organisation, médias, corps arbitral...) même si, selon les données de la FIFA, dans la majorité des pays d’Amérique du Sud les femmes ont constitué la moitié de l’audience du Mondial 2014 au Brésil.

Victorieuse de Steffi Graf

« J’aimerais voir beaucoup plus de femmes sur et en dehors du gazon. Il n’y a pas qu’en jouant que nous pouvons être représentées : nous pouvons travailler dans les administrations, à la direction de joueurs, aux transferts... », affirme cette mère de deux enfants qui peut s’enorgueillir d’avoir battu la légende allemande du tennis Steffi Graf dans un tournoi de jeunes.

Iva Olivari est devenue une pièce maîtresse de l’organisation de la HNS dirigée par le meilleur buteur du Mondial 1998 Davor Suker, attaquant de la Croatie qui avait décroché la 3e place.

Nommée manager de la sélection après le Mondial 2014, elle a fait ses premiers pas en compétition lors de l’Euro 2016 en France.

« C’est très impressionnant, que tu sois un homme ou une femme », affirme-t-elle.

Cette première expérience s’était terminée dans la tristesse en huitièmes de finale avec le but de Quaresma pour le Portugal futur champion d’Europe.

Mais en Russie, c’est la gloire qu’est venue décrocher la Croatie emmenée par Luka Modric. Et le meneur de jeu du Real Madrid n’a pas manqué d’y associer Tante Iva. C’est dans ses bras qu’il s’est jeté après la difficile qualification pour les quarts de finale arrachée aux tirs au but face au Danemark.

« Je pense que notre moment est venu et que nous allons faire des choses incroyables dans ce Mondial », a-t-elle pronostiqué.

Dimanche en finale contre la France, Tante Iva sera au bord du terrain au plus près de ses gars.

Coupe du Monde

Petite finale au parfum de revanche

SAINT-PÉTERSBOURG — Ce n’est pas celle qu’ils auraient aimé jouer, mais les Belges et les Anglais disputeront samedi la petite finale de la Coupe du monde à St-Pétersbourg. Un match pour la troisième place au goût forcément amer mais qui couronne deux brillants parcours.

La Belgique et l’Angleterre se sont déjà affrontés au début du Mondial 2018, en phase de poule, lorsque les Diables Rouges avaient battu (1-0) les Trois Lions pour s’emparer de la tête du Groupe G.