Les croates d’Ottawa se sont rassemblée pour suivre leur équipe nationale de soccer en demi finale de la coupe du monde.

Un miracle à l’église

Il existe toutes sortes d’endroits pour savourer l’expérience de la Coupe du monde de soccer.

Pour la centaine de familles de la communauté croate d’Ottawa qui ne voulait rien manquer de la demi-finale entre leur équipe nationale et celle de l’Angleterre mercredi, le choix s’était arrêté sur sous-sol de l’Église catholique Saint-Léopold non loin des plaines Le Breton.

Pourquoi ? Parce que c’est l’endroit tout désigné pour qu’un miracle survienne. Après tout, ça prend de la foi pour espérer de se relever d’un déficit de 1-0 dès la cinquième minute de jeu.

À la mi-temps, malgré un retard d’un but, Tomislav Samija et Sasha Muradori ne sont pas trop inquiets. Ils sont derrière le bar et servent de la Karlovacko, leur bière nationale, aux fidèles.

« Nous sommes un petit pays de quatre millions d’habitants. C’est la deuxième fois en 20 ans que nous accédons à la demi-finale de la Coupe du monde », lance fièrement en Tomislav en français.

Et Sasha de poursuivre, toujours en français. « Juste d’être là, parmi les quatre meilleures nations au monde, nous sommes comblés. Nous jouons sans pression. Je n’ai pas lavé mon maillot depuis le début de la Coupe du monde. Il est encore tôt. J’espère que je ne ferai pas de lessive aujourd’hui », dit celui qui s’est expatrié au Canada en 1995 pour fuir les atrocités de la guerre.

Mercredi, Dieu était probablement du côté des Croates, car Ivan Perisic a placé ses expatriés d’Ottawa dans un état d’extase en créant l’égalité 1-1 à la 68e minute de jeu. Un homme prend son portable. Téléphone à un ami. Il hurle de joie. Il pleure même, mais son bonheur est d’une douceur sublime.

Un peu plus loin, Steve Grguric de Hamilton fait les cent pas même si son club est à nouveau dans le coup. Il embrasse son foulard d’équipe. Dans le couloir qui mène aux escaliers, il saute pour toucher au crucifix à deux reprises. Il veut un autre but.

Pendant ce temps, les étreintes vigoureuses se poursuivent. Même le journaliste a droit à une solide caresse d’un pur inconnu.

Quand Mandzukic donne l’avance 2-1 à la Croatie à la 109e minute, c’est la fureur. Les partisans croates ne peuvent contenir leur enthousiasme. C’est une joie sans borne. L’excès.

Sasha Muradori, toujours placé derrière le bar, baisse la tête. Il la relève. Son visage est rouge. Il pleure à chaudes larmes.

« J’ai survécu à Sarajevo. Je suis né en Croatie contrairement à la plupart des gens ici. Ils sont nés au Canada. Nous sommes tous ici à cause du climat de merde politique qui sévissait chez nous. Nous avons beaucoup souffert comme peuple. Nous avons subi un siècle d’oppression. Le sport nous rassemble. Le Canada m’a ouvert ses portes. J’ai appris l’anglais et le français. Je suis devenu un fier Canadien, mais mes racines sont en Croatie. Donnez-moi une Coupe du monde et ça sera tout ! »

Les hauts-parleurs crachent des airs de triomphe. Les convives forment un cercle. On chante. On danse. On saute sur les tables. Là-bas dans un coin, il y avait une réplique d’une ceinture d’un champion du monde de lutte. Tout le monde se la passe pour la brandir bien haut.

« Nous l’avons créé pour le fun ! C’est un rituel de victoire. Les gens oublient que nous sommes bons dans tous les sports. Dans les arts martiaux mixtes, au tennis, au soccer et même au hockey. Joe Sakic et Marc-Édouard Vlasic sont d’origine croate. Pourquoi sommes-nous bons comme ça ? Ça doit être les gênes. Regardez autour. Je suis le plus petit dans la salle. Tout le monde fait plus de six pieds », ajoute Sasha dans son chandail à damier rouge et blanc.

La Croatie aura rendez-vous avec la France dimanche en finale. Ces Français avaient mis fin au rêve croate en demi-finale au Mondial de 1998. En plein jour du Seigneur, les Croates vont espérer un renversement de fortune.