La France n’avait jamais battu l’Uruguay en Coupe du monde. C’est maintenant chose faite.

Le rêve tenace des Français

NIJNI NOVGOROD — Vingt ans après 1998, la « deuxième étoile » est un rêve décidément tenace : l’équipe de France s’est qualifiée pour les demi-finales de la Coupe du monde en dominant l’Uruguay (2-0) grâce à des buts de Raphaël Varane et Antoine Griezmann, vendredi à Nijni Novgorod.

Elle affrontera en demi-finale, mardi à Saint-Pétersbourg, la Belgique, qui a disposé du Brésil 2-1. Le président Emmanuel Macron a confirmé qu’il se rendrait mardi dans la cité des tsars pour soutenir les Bleus. Il les avait exhortés en mai à décrocher cette « deuxième étoile ».

Les vice-champions d’Europe ont d’ores et déjà atteint leur objectif d’apparaître dans le dernier carré de la Coupe du monde russe, après s’être arrêtés en quarts de l’édition précédente au Brésil. Didier Deschamps est désormais tranquille jusqu’en 2020, terme de son contrat.

Edinson Cavani a dû déclarer forfait à cause de sa blessure au mollet survenue après son doublé décisif face au Portugal de Cristiano Ronaldo en huitième de finale (2-1). La chance à « DD » ? Il fallait plus que de la chance pour battre cette équipe valeureuse : les Bleus ont été tout simplement supérieurs. La France « nous a dominés » et « a mieux joué », a d’ailleurs reconnu le sélectionneur adverse, Oscar Tabarez.

La France n’avait jamais battu l’Uruguay en Coupe du monde (défaite 2-1 en 1966 et deux matches nuls de 0-0 en 2002 et 2010), et restait sur plus de huit heures cumulées sans marquer contre cet adversaire. C’est désormais chose faite. Il y avait de la revanche dans l’air sur les rives de la Volga.

Revanches personnelles
Pour Varane et Griezmann notamment. Sur un coup franc du second, le premier ouvrait le score d’une déviation de la tête (40e). Lui qui avait été battu dans cet exercice par Mats Hummels, pour l’unique but de l’Allemagne en quart de finale du Mondial 2014 à Rio. Son fantôme du Maracana peut désormais s’estomper.

Et une revanche personnelle dans le match lui-même, puisque le défenseur central avait causé des frayeurs par deux pertes de balle en début de partie (4e, 5e) et n’avait pu cadrer sa tête sur un précédent coup franc de « Grizou » (10e).

Ce dernier a mis les siens à l’abri d’une frappe qui doit beaucoup à Fernando Muslera, le gardien adverse, qui commettait une énorme faute de mains (61e). Décisif deux fois : de quoi rattraper un match où le leader d’attaque des Bleus a souvent manqué ses déviations et transmissions, malgré un allant, une envie indéniables.

Troisième but dans la compétition, grâce à une boulette, après deux penalties (contre l’Australie et l’Argentine) : ce n’est pas le « Grizou » de l’Euro 2016, mais le joueur élu homme du match a relevé la tête.

Kylian Mbappé, lui, a moins pesé que face à l’Argentine (4-3 en 8e de finale), faute d’espaces – c’était écrit. Il a tout de même fait quelques différences balle au pied sur l’aile droite, mais a trop lobé sa tête sur une remise aérienne d’Olivier Giroud (15e) et s’est davantage consacré au collectif, tout comme l’avant-centre.

Un « match chiant », comme l’avait pronostiqué Griezmann ? Eh bien non : un match à occasions nettes assez rares, mais pas verrouillé pour autant. Il y avait du jeu, au-delà de l’engagement attendu.

Quel arrêt !
Et les Bleus ont montré que du caractère, ils en avaient, défendant ensemble quand la pression uruguayenne s’accentuait. « Les duels, il fallait y être, et on y était. Les Uruguayens ont ça dans leur sang et dans leur ADN, nous aussi on l’a, et j’en suis très content », s’est félicité Deschamps.

Si les Bleus avaient montré des failles défensives dans la féerie argentine en encaissant trois buts, ils sont revenus à leurs garanties précédentes, autour d’un Varane et d’un Benjamin Pavard étanches, même si Samuel Umtiti et Lucas Hernandez ont connu des flottements. Si bien que Luis Suarez fut en jambes, mais jamais vraiment dangereux.

Et puis ils avaient derrière eux un Hugo Lloris souverain : le gardien et capitaine repoussait la tête de Caceres au pied de son poteau et réalisait là une des plus belles parades du tournoi (44e).

Au milieu ? « N’Golo (Kanté) nettoie, Paul (Pogba) ramasse et donne », avait résumé pour l’AFP Sambou Tati, ex-entraîneur de Pogba pré-adolescent, et cela s’est vu vendredi. Sans oublier un Corentin Tolisso remplaçant Blaise Matuidi (suspendu) à l’œuvre dans la bataille.

« Nous reviendrons, nous reviendrons une autre fois ! Nous redeviendrons champions, comme la première fois ! », en 1930, chantaient les partisans uruguayens avant le match. Ce ne sera pas pour cette fois. Les Bleus, eux, peuvent encore s’orienter sous leur « deuxième étoile » dans le ciel de Russie.

Kevin De Bruyne célèbre après avoir marqué le but victorieux contre le Brésil.

LES DIABLES ROUGES DANS LE CARRÉ D'AS

BRUXELLES — Hurlements de joie, verres de bière levés, coups de klaxon : la Belgique a fêté vendredi la qualification des Diables rouges en demi-finales du Mondial-2018 en éliminant le Brésil (2-1), saluée comme « un exploit » par tous les médias du Royaume et le premier ministre.

« Exploit magnifique ! En route pour la 1/2 finale ! @emmanuelmacron : En avant les Diables », a tweeté le premier ministre Charles Michel dans la soirée, en s’adressant au président français Emmanuel Macron.

La Belgique a rejoint la France en demi-finale en battant le Brésil 2 buts à 1, un résultat que Charles Michel avait pronostiqué dans un précédent tweet.

À 21 h 53 heure de Bruxelles, le coup de sifflet final a fait exploser de joie les dizaines de personnes massées devant les écrans du « Petit Paris », un café du quartier européen de la capitale.

Un bonheur couplé au soulagement, tant les Brésiliens ont joué avec les nerfs des supporters dans le dernier quart d’heure en réduisant l’écart.

La victoire permet aux Diables de se qualifier pour les demi-finales d’une Coupe du monde pour la première fois depuis 1986, où ils rencontreront leur voisin, la France, mardi à Saint-Pétersbourg.

« Battre les grandes équipes, on n’y croyait plus ! », se réjouit Véronique Dewilde, le visage grimé de noir, jaune et rouge, aux couleurs de la Belgique.

« Maintenant on va se heurter à la France, à nos chers voisins, on va voir », sourit cette artisane de 57 ans, fière d’avoir elle-même joué au football dans sa jeunesse.

« Un match à ne jamais oublier »

Sur les sites internet des grands médias belges, le mot « exploit » se déclinait partout après le match.

« Un match à ne jamais oublier ! » écrivait le journal flamand Het Nieuwsblad, alors que la presse de vendredi matin avait qualifié cette rencontre de « rendez-vous avec l’histoire » pour les Belges. « Ce soir ou jamais », titrait en Une le quotidien Le Soir.

Lors du Mondial 2014 et de l’Euro 2016, alors qu’ils faisaient déjà figure d’outsiders, les Diables rouges n’avaient pas réussi à aller au-delà des quarts de finale, éliminés respectivement par l’Argentine et le pays de Galles.

Cette dernière défaite (1-3), en juillet 2016, avait scellé le sort du sélectionneur Marc Wilmots, remplacé par l’Espagnol Roberto Martinez, désormais à la tête de la « génération dorée » belge.

Située à une belle 3e place au classement FIFA, cette équipe emmenée par les Vincent Kompany, Kevin De Bruyne, Eden Hazard, Romelu Lukaku ou Thibaut Courtois était d’autant plus attendue au Mondial russe.

« Aujourd’hui on a vraiment joué le football qu’on a promis depuis des années », faisait remarquer Joris, un supporter flamand de 30 ans, au milieu des effusions de joie du quartier européen.

Selon lui, c’est la défense des Belges qui « a fait la différence » vendredi soir face à la Seleçao de Neymar.

« Ces garçons méritent d’être des héros en Belgique, », s’est réjoui Martinez après le match. « C’est spécial et nous ne pouvons pas laisser tomber les Belges ».