Cette victoire du Mexique soulève des questions au sujet de l'équipe allemande.

Le Mexique surprend l'Allemagne

MOSCOU — La planète football a tremblé : l’Allemagne, avec huit champions du monde dans le onze de départ, s’est inclinée 1-0 contre un Mexique survolté, lançant de la plus mauvaise façon sa quête d’un deuxième titre consécutif.

« Il n’y a aucun raison de s’effondrer », a voulu rassurer Joachim Löw. Oui, mais sans déjà penser au pire, la Mannschaft se complique la tâche d’entrée : en finissant 2e de sa poule, elle pourrait hériter d’un Brésil revanchard (après le 7-1 d’il y a quatre ans) en 8e de finale à Samara...

« Tous les joueurs sont abattus et déçus évidemment, mais notre équipe a suffisamment d’expérience pour faire face à une défaite », a encore insisté le sélectionneur allemand.

L’Allemagne, qui avait gagné ses matches inauguraux lors des sept derniers Mondiaux, devra vite digérer la désillusion avant d’affronter la Suède et la Corée du Sud, les deux autres équipes du groupe F, qui restent théoriquement à sa portée.

Contre une « Tri » bien en place et portée par les milliers de supporters bouillants qui ont mis l’ambiance depuis plusieurs jours dans les rues de Moscou, les Allemands ont confirmé les faiblesses entrevues lors de leurs derniers matches de préparation : une équipe mal équilibrée laissant trop souvent ses défenseurs en position d’un contre un et des attaquants impuissants à concrétiser les occasions qu’ils se créent.

Dans le couloir des vestiaires avant les hymnes, les visages des Allemands étaient anormalement tendus. On pouvait y lire, au choix, de la détermination, ou alors le doute qui assaillait cette équipe depuis quelques jours, après ses dernières sorties médiocres et les tensions liées à l’affaire des « Turcs » Gündogan et Özil.

Pour cette entrée en matière, le sélectionneur Joachim Löw avait pourtant misé sur l’expérience, en alignant dans le onze de départ huit des héros de 2014. Seuls les latéraux Kimmich et Plattenhardt, remplaçant au dernier moment de Jonas Hector grippé, et l’avant-centre Timo Werner n’étaient pas de l’aventure brésilienne.

« Les attaquants mexicains sont rapides, mobiles et techniques. Notre grand défi sera de les museler », avait annoncé Löw.

L’analyse était bonne, mais les champions du monde n’ont pas trouvé la recette.

« Contre-attaques fulgurantes »

D’entrée de jeu, les Mexicains tentent crânement leur chance, sans aucun complexe, bousculant une défense trop lente et pas toujours bien en place. Vela, Layun, Lozano et « Chicharito » Hernandez en pointe jouent chaque contre-attaque à 100 à l’heure et combinent avec gourmandise entre les lignes allemandes.

« Nous avions un plan, a assuré le sélectionneur colombien du Mexique Juan-Carlos Osorio. Cela fait six mois qu’on y travaille (...) En première période nous avons été bien en place derrière et nous avons contre-attaqué très rapidement. Avec tout le respect que je dois à la grande équipe d’Allemagne, en première période, nous étions supérieurs ».

Le plan a fonctionné, et le piège s’est refermé sur les hommes aux quatre étoiles. À la 35e minute, les Mexicains chipent un ballon au milieu de terrain et jouent la transition à la vitesse de l’éclair. Hirving Lozano hérite du ballon dans la surface, efface le malheureux Özil qui avait suppléé Kimmich parti sabre au clair à l’attaque et trompe Neuer d’un tir sec et placé. Sensation !

« En première période, nous avons mal joué », a admis Löw, « nous n’avons pas développé notre jeu de passes offensif habituel, nous n’avons pas bien occupé les espaces, et nous avons perdu beaucoup trop de ballons. Les espaces étaient grand ouverts pour les Mexicains ».

Les champions du monde ne restent évidemment pas les bras croisés. Et la deuxième période est une alternance de déferlantes allemandes sur le but d’Ochoa, et de contre-attaques fulgurantes qui font passer des frissons d’horreur dans le dos des supporteurs de la Mannschaft.

Mais ni les uns ni les autres ne trouvent l’ouverture et les Mexicains peuvent jubiler au coup de sifflet final.

Les amateurs de soccer s'attendaient à une victoire du Brésil face à la Suisse.

LE BRÉSIL DÉÇOIT FACE À LA SUISSE

Après l’Argentine bloquée par l’Islande et l’Allemagne battue par le Mexique, le Brésil et Neymar, loin d’être irrésistibles, ont à leur tour été accrochés par la Suisse (1-1) dimanche à Rostov pour leur entrée dans le Mondial-2018.

Et si le Brésil ne savait plus gagner en Coupe du Monde ? Car les quintuples champions en sont à trois matches d’affilée sans gagner dans le plus grand tournoi de la planète.

Après les terribles défaites 7-1 face à l’Allemagne et 3-0 contre les Pays-Bas concédées il y a quatre ans à domicile, le match nul de dimanche à Rostov est évidemment moins douloureux.

Mais il vient confirmer qu’il reste des fantômes à chasser et, côté Neymar, des jambes à retrouver.

Après une blessure au pied qui l’a laissé de côté pendant plus de trois mois, l’attaquant-vedette de la Seleçao n’est effectivement « pas à 100 % », comme l’avait annoncé son sélectionneur Tite samedi.

Dimanche, on l’a remarqué pour sa nouvelle coupe de cheveux, pour une talonnade ici, là un crochet, un contrôle orienté qui a laissé Xhaka planté dans le gazon (6e), mais pas vraiment pour des jambes de feu.

Il a tout de même été très présent en fin de match, quand le Brésil poussait pour les trois points, avec une frappe sans grand danger (78e), une tête trop centrée (88e) et une avalanche de coup francs obtenus face à des Suisses exaspérés.

Mais il n’a pas été décisif, laissant le rôle à Philippe Coutinho, celui qui l’a remplacé à Barcelone après son départ vers le Paris SG.

Miranda tout près

Au bout d’un gros quart d’heure bien maîtrisé par les auriverdes, le petit milieu de terrain a en effet profité d’une relance ratée de Zuber pour expédier une frappe magnifique en lucarne et donner l’avantage aux siens (1-0, 20e).

La « Nati », alors, ne sortait plus beaucoup et n’était pas très loin de l’asphyxie. Mais la Seleçao, bizarrement, s’est un peu endormie et n’a plus proposé grand-chose à part une belle tête de Thiago Silva au-dessus de la barre dans le temps additionnel.

Et après la pause, après cinq minutes jouées à tout petit rythme, elle a été punie sur corner par les Suisses, avec une tête de Zuber, qui avait pris la précaution au passage de pousser des deux mains Miranda, le seul Brésilien qui avait l’air décidé à sauter.

La machine brésilienne, dont on vantait encore samedi l’équilibre et la cohérence, était alors bien grippée et l’on surprenait le capitaine Marcelo à balancer des transversales directement en touche.

La fin de match a quand même été brésilienne, bien sûr. D’abord avec Gabriel Jesus qui, au bout d’une action sublime, n’a pas obtenu la clémence de l'officiel comme il le réclamait.

Puis avec Roberto Firmino, qui d’abord tirait au-dessus (82e) puis trouvait de la tête un bel arrêt de Sommer (90e). Miranda frappait encore d’un rien à côté dans le temps additionnel, puis les Brésiliens repartaient tête basse.

Comme pour les autres favoris empruntés qui sont passés avant lui, ce match nul n’a rien de catastrophique pour le Brésil. Mais la Serbie a montré en battant le Costa Rica plus tôt dimanche à Samara (1-0) qu’il y a quelques bonnes équipes dans ce groupe E.

Au pire, les Brésiliens pourront toujours se dire que la première place n’est pas si bonne à prendre. Elle pourrait envoyer vers un 8e de finale face à l’Allemagne, en mauvaise posture dans le groupe F.

Les joueurs serbes célèbrent leur victoire face au Costa Rica.

LA SERBIE FRACASSE LE MUR COSTARICAIN

La jeunesse serbe est certes prometteuse, mais la victoire contre le Costa Rica (1-0) est signée du vieux capitaine Aleksandar Kolarov, d’un magnifique coup franc dans la lucarne, dimanche à Samara pour son entrée dans le Mondial-2018.

Le latéral de l’AS Rome a battu la vedette des « Ticos », Kaylor Navas, très bon jusque-là, pour bien lancer les Serbes dans le groupe du Brésil et de la Suisse (le E), qui s’affrontent à Rostov-sur-le-Don (20 h).

Son but (56) récompense la domination d’ensemble des Slaves, face à des Centre-Américains trop restrictifs, loin de leur jeu emballant de 2014, où ils avaient atteint les quarts de finale.

Une faute de David Guzman (averti) sur Aleksandar Mitrovic près de la surface a provoqué le coup franc fatal. Le prometteur attaquant serbe aura au moins décroché ça. Car auparavant il a buté sur Navas.

Le gardien du Real Madrid a honoré son statut de triple champion d’Europe en gagnant son duel avec Mitrovic sur sa meilleure occasion (50). Il avait aussi capté son retourné, illégitimement signalé hors-jeu (43).

L’attaquant prêté par Newcastle à Fulham, auteur d’un triplé contre la Bolivie en match de préparation, a aussi gaspillé une belle occasion en frappant mal après un bon contrôle (27), et s’est laissé reprendre par la défense en fin de match (86).

Un mur de cinq défenseurs

L’autre champion d’Europe U19 2013, Sergej Milinkovic Savic, a joué le même genre de partition. Positionné en meneur derrière son compère Mitrovic, il a démontré son talent sur ses contrôles orientés, mais n’a pas fait de vraies différences.

Comme le troisième joueur offensif, Dusan Tadic, « croque » trop le ballon, il faudra que les Serbes soient plus incisifs et collectifs contre la Suisse, le « match clé » selon Kolarov.

Mais cela suffisait pour battre ces Ticos trop repliés sur leur mur de cinq défenseurs souvent rigoureusement en ligne.

Navas, qui avait boxé en extension un premier coup franc de Kolarov (36), dans la boite celui-là, ne pouvait pas tout faire.

En fin de match, le Costa Rica a essayé, mais Nikola Milenkovic a devancé Joel Campbell sur sa meilleure chance de marquer (72).

L’arbitrage vidéo a failli distribuer son premier carton rouge, mais, juste après un début d’échauffourée collective le long de la ligne de touche avec Nemanja Matic et un membre du staff costaricain au départ de l’action, le Sénégalais Malang Diedhiou a jugé que la main au visage de Johnny Acosta lancée par Aleksandar Prijovic n’était pas volontaire et ne valait qu’un avertissement (90 +4).

La Serbie tenait sa victoire pour la 104e sélection de Branislav Ivanovic, nouveau record. Heureusement qu’elle a des joueurs d’expérience.