La jeune sensation russe, Alexander Golovin

«L’appétit vient en jouant»

MOSCOU —Équipe inattendue des quarts de finale, la « Sbornaïa » russe aborde en pleine confiance le duel contre la Croatie, un gros morceau, prête à prolonger le rêve de « son » Mondial 2018 jusqu’ici parfait en tous points, samedi à Sotchi.

Depuis la qualification arrachée à de tristes Espagnols (1-1 a. p., 4-3 T.A.B.) en huitièmes de finale, la Russie peut d’ores et déjà considérer avoir réussi son Mondial : solidité défensive retrouvée, attaquants qui marquent enfin et émergence d’une pépite en la personne d’Alexander Golovin.

« Même avant que le tournoi ne commence, on savait tous qu’on pouvait aller en finale. Maintenant, on y compte sérieusement », assure Golovin, annoncé par les médias russes un peu partout en Europe, à commencer par la Juventus Turin.

La Russie en finale de la Coupe du monde ? Ce qui relevait d’un doux rêve avant la compétition commence à prendre forme dans la tête des joueurs russes. « L’appétit vient en jouant, alors pourquoi pas », s’amuse Alan Dzagoev, blessé dans les premières minutes du match d’ouverture face à l’Arabie saoudite (5-0) et qui pourrait faire son retour samedi.

« Il ne faut pas tomber dans l’euphorie », a immédiatement nuancé le sélectionneur russe Stanislav Cherchesov. Car pour entrevoir la finale, il faudra commencer par dominer la Croatie, devenue par la force des choses la favorite de sa partie de tableau.

« L’hôtel est bruyant »

Reste que les Croates, convaincants en phase de poules, ont confirmé leurs difficultés récurrentes dans les matches à élimination directe en venant difficilement à bout du Danemark en huitièmes de finale (1-1 a. p., 3-2 T.A.B.).

L’ambiance aussi a changé autour de la Sbornaïa, en témoigne les sourires revenus sur les visages des joueurs russes en conférence de presse ou les quelques centaines de supporters qui s’étaient donné rendez-vous jeudi devant leur hôtel, à leur arrivée à Sotchi.

Au point de provoquer la colère de Cherchesov, qui a justifié vendredi son choix de rester plus longtemps à Novogorsk, le camp d’entraînement de la Sbornaïa en banlieue de Moscou, plutôt que de venir s’habituer au climat plus méditerranéen de Sotchi.

« Cela ne faisait aucun sens de changer d’endroit. D’autant que l’hôtel est bruyant, les gens nous entourent. Au camp de base, on pouvait se préparer tranquillement », a-t-il assuré.

Réussi, le Mondial russe l’est aussi sur le plan extrasportif. Les fantasmes et les craintes de racisme ou de hooliganisme qui précédaient la compétition ont été battus en brèche et la Russie a réussi à montrer, au moins pendant un mois, un visage plus ouvert qu’à l’accoutumée.

« Revenez ! »

« Nous sommes tous tombés amoureux de la Russie », a d’ailleurs salué vendredi le patron de la Fifa Gianni Infantino, présent au Kremlin aux côtés d’un Vladimir Poutine tout sourire, se réjouissant qu’« énormément de stéréotypes sur la Russie ont volé en éclat ».

« Non seulement notre jeu, mais aussi l’hospitalité de nos supporters ont changé l’opinion des étrangers sur la Russie. Ici, c’est bien et c’est beau ! Revenez ! », témoignait avant de s’envoler pour Sotchi le milieu de terrain Alexander Samedov.

Reste à voir si l’ambiance au stade Fisht de Sotchi, hôte il y a quatre ans des Jeux olympiques d’hiver, sera à la hauteur de celle de Loujniki. « Contre l’Espagne, tout le stade respirait comme une seule personne », a assuré Igor Akinfeev, qui avait auparavant comparé l’ambiance du match d’ouverture à un « orchestre de chambre ».

Loujniki, les Russes y retourneraient en cas de qualification face aux Croates. Pour une possible demi-finale contre l’Angleterre, avec qui les relations diplomatiques comme sportives, depuis l’Euro-2016 (admirateurs anglais agressés par des hooligans russes à Marseille), sont à couteaux tirés. Ce serait « une demi-finale de rêve », titraient plusieurs journaux russes vendredi.