« Nous avons vraiment déçu lors de ce tournoi », a reconnu Joachim Löw lors d’un point presse jeudi après-midi à l’aéroport de Francfort, après l’arrivée des joueurs depuis la Russie.

L'Allemagne rentre au bercail «désolée» et humiliée

FRANCFORT —Éliminée dès le premier tour du Mondial russe, la Mannschaft est piteusement rentrée jeudi en Allemagne où elle a promis à ses admirateurs meurtris de « profonds changements » et laissé en suspens à la semaine prochaine le sort du sélectionneur Joachim Löw.

« Nous avons vraiment déçu lors de ce tournoi », a reconnu Joachim Löw lors d’un point presse jeudi après-midi à l’aéroport de Francfort, après l’arrivée des joueurs depuis la Russie.

« En tant qu’entraîneur, je suis responsable. Je dois évidemment me demander pourquoi nous n’avons pas réussi », a concédé Löw, aux manettes de la Mannschaft depuis 2006.

La question de son avenir à la tête de la sélection, immédiatement posée après la débâcle russe, devrait être tranchée « dans le courant de la semaine prochaine », a indiqué le patron de la Fédération allemande (DFB), Reinhard Grindel.

La Fédération livrera alors ses premières analyses « et je pars du principe que (Joachim Löw) s’exprimera sur son avenir », a-t-il déclaré lors du point presse.

« Changements »

« Nous avons besoin de changements profonds », a prévenu le chef de la DFB.

Capitaine de la Mannschaft, Manuel Neuer a lui pris la défense de Löw : cet échec « n’a rien à voir avec l’entraîneur », a-t-il martelé.

Auparavant, la Mannschaft s’était excusée sur Facebook : « nous sommes désolés de ne pas avoir joué comme des champions du monde. C’est pourquoi nous avons été éliminés, à juste titre, même si cela nous fait mal ».

La question de l’avenir de certains joueurs tels Mesut Ozil (29 ans) ou Sami Khedira (31 ans), en totale méforme, est également posée.

Au lendemain de leur humiliante défaite 2-0 contre la Corée du Sud, synonyme d’élimination historique dès la phase de poule, l’équipe entière subit sans surprise les foudres de la presse.

« Sortis ! » y est le titre le plus fréquent. Les médias se désolent de la qualité du jeu de la Mannschaft et de leur « humiliation amère et pathétique ».

Bild enfonce le clou, titrant « Pas de mot ! ». Clin d’œil à son titre choisi quatre ans plus tôt après l’extraordinaire victoire des Allemands 7-1 sur les Brésiliens.

« Le cauchemar est devenu réalité : le champion du monde 2014 doit rentrer de Russie après seulement 10 jours (1er match perdu le 17 juin face au Mexique 1-0 et défaite 2-0 face à la Corée du Sud le 27, NDLR). Réduit en cendres et décombres », écrit le tabloïd.

Ancien capitaine de l’équipe allemande, champion du monde 1990, Lothar Matthäus reproche à l’équipe « son manque d’unité », son « absence de volonté » et sa « suffisance ».

Pour Kicker, c’est « une défaite collective : il n’y avait pas de véritable équipe en Russie ».

« La manière, sans force, sans idée, sans solution dont l’équipe nationale a joué contre le Mexique, la Corée du Sud et malgré une victoire tardive aussi contre la Suède (2-1) était inhabituelle et effrayante », explique le magazine sportif.

Polémique Erdogan

Les supporters interrogés par l’AFP n’étaient pas plus indulgents : « il n’y avait aucune étincelle et c’est la faute de Löw », a estimé Günther Kümmel, livreur de journaux de 67 ans interrogé à l’aéroport de Francfort.

L’extrême droite a profité de cette défaite pour prendre pour cible une nouvelle fois le caractère multiethnique de cette équipe.

Pour le député du parti AfD Jens Maier, la raison de la défaite est toute trouvée en la personne du milieu d’origine turque Mesut Ozil, « sans qui nous aurions gagné ! ».

Le joueur d’Arsenal et son camarade Ilkay Gündogan ont fait scandale juste avant le Mondial en rencontrant le président turc Recep Tayyip Erdogan, déclenchant une polémique en Allemagne pour savoir si ses enfants d’immigrés et champions du monde titrés au Brésil étaient vraiment loyaux à l’équipe nationale.

Les joueurs ont admis un faux pas, mais l’affaire a plombé la préparation des Allemands, des supporters sifflant les joueurs concernés. La chancelière Angela Merkel était finalement intervenue pour rappeler à l’ordre les partisans.

« Je suis sûr qu’ils ne cherchaient pas à décevoir les admirateurs allemands (...) ils appartiennent à l’équipe nationale, et je me réjouirais que les admirateurs les applaudissent aussi », avait-elle lâché quelques jours avant l’entrée en lice de la Mannschaft.