Au total, « 335 incidents ont fait l’objet d’une vérification » lors des 48 premiers matches de cette Coupe du monde.

La FIFA défend l’assistance vidéo à l’arbitrage par l’exemple

MOSCOU —« Matthew ! Tu vois le ballon ? Il est touché par l’attaquant N.11, ensuite le défenseur le touche clairement. Tu veux un autre angle de vue ou tu es convaincu ? » : la FIFA a utilisé vendredi des cas concrets pour défendre l’utilisation de l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR), grande première du Mondial 2018.

« Non, je pense que c’est clair, c’est le N.21 », Tyronne Ebuehi, défenseur du Nigeria, qui a commis la faute, répond Matthew Conger. Dans un premier temps, l’arbitre néo-zélandais du match Islande-Nigeria, le 22 juin, n’avait pas sifflé penalty en faveur des Islandais alors que Alfred Finnbogason venait de s’effondrer dans la surface de but nigériane.

« Attends, je vais vérifier » 

L’action litigieuse « se situe dans une partie de la surface (très excentrée, NDLR) qui est très difficile à contrôler pour les arbitres », commente l’ancien arbitre international Pierluigi Collina. Aujourd’hui patron de l’arbitrage à la FIFA, ce dernier a utilisé la séquence, ainsi que les dialogues entre arbitres VAR et arbitres de champ, pour montrer l’utilisation faite de cette assistance vidéo, vendredi lors d’une conférence de presse bilan sur l’arbitrage.

« Attends, je vais vérifier », entend-on juste après que Finnbogason soit tombé. L’arbitre vidéo Massimiliano Irrati demande, en italien, plusieurs angles de vue et un visionnage au ralenti puis à vitesse réelle, le tout en quelques secondes. « Au ralenti, tout semble plus gros, plus dur ou plus délibéré », poursuit Collina. « Il est demandé aux arbitres d’analyser à vitesse normale ».

« Je te recommande de venir revoir (l’action) parce que l’attaquant joue le ballon et le défendeur touche sa jambe », dit ensuite Massimiliano Irrati à Matthew Conger qui, après visionnage au bord du terrain, accordera un penalty (finalement raté) à l’Islande, défaite 2-0 ce jour-là.

335 incidents analysés en poules

Au total, « 335 incidents ont fait l’objet d’une vérification » par la VAR lors des 48 premiers matches de cette Coupe du monde. Soit une moyenne de 6,9 visionnages par match, dont l’ensemble des buts (122 sur la phase de groupes). « Et sur ces 335 vérifications, 17 ont donné lieu à un examen par la VAR », a précisé M. Collina.

« Dans 14 des cas, l’arbitre s’est déplacé sur le bord du terrain tandis que, pour les 3 autres cas, le visionnage » n’a été effectué que par l’arbitre VAR situé dans la « VAR room ». Quatorze décisions ont été changées après utilisation de la VAR et 3 confirmées : 1 penalty sifflé et 2 qui n’avaient pas été donnés avec raison.

Sur les 335 incidents analysés, 95 % des décisions arbitrales étaient correctes, mais les 14 changements de décisions décidés après recours à la VAR font grimper le pourcentage de bonnes décisions à 99,3 %, revendique la FIFA.

Accusée de casser le rythme, la VAR ? Le temps moyen pour un recours à la VAR a été de 80 secondes lors du premier tour. « Dans certains cas, la décision aurait pu être donnée plus tôt, mais l’arbitre a veillé à prendre quelques secondes supplémentaires pour être certain de prendre la bonne décision », a commenté Pierluigi Collina.

Pas la fin des polémiques

En revanche, si l’objectif était de mettre un terme aux débats sur l’arbitrage, il est loin d’être atteint. La fédération brésilienne a notamment déposé un recours auprès de la FIFA, certains sélectionneurs ou joueurs ne se sont pas privés de se plaindre et, vendredi, après plus d’une heure et demie de conférence de presse, le représentant de la FIFA chargé de distribuer le micro a fini par soupirer qu’ « on pourrait parler du sujet pendant des heures »...

Rendre publiques les discussions entre arbitres et assistants vidéo fait en tout cas partie des pistes de réflexion de la FIFA pour une meilleure compréhension du public par la suite.

« On peut y réfléchir. C’est quelque chose qui pourrait être intéressant à proposer, car, si on explique comment une décision est prise, cela peut en améliorer l’acceptation par la communauté du football », a ainsi déclaré M. Collina, interrogé sur le sujet. Tout en observant prudemment « qu’avant de courir, il faut apprendre à marcher ».