Artyom Dzyuba marque le troisième but de son équipe contre l’Arabie saoudite lors du match d’ouverture de la Coupe du Monde en Russie.

La fête est lancée

MOSCOU — La Russie n’aurait pu rêver mieux : une démonstration 5 à 0, contre une Arabie saoudite à côté de ses crampons, en match d’ouverture de « son » Mondial 2018, jeudi à Moscou, sous les yeux de Vladimir Poutine, soucieux de profiter de ce tournoi pour redorer l’image brouillée de son pays en Occident.

Mais il n’y a pas de bonne Coupe du monde sans polémique : la popstar Robbie Williams, chanteur de la courte cérémonie d’ouverture, a adressé un doigt d’honneur à une caméra, devenu viral sur les réseaux sociaux.

Tout avait commencé sur un ton plus policé et politique. « Je vous félicite pour le début du plus grand tournoi sportif du monde », a déclaré Vladimir Poutine, ouvrant ainsi officiellement le Mondial devant les 80 000 spectateurs au stade Loujniki. Le président russe s’est montré magnanime au moment du premier but en serrant la main du prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane, dans une tribune officielle qui n’avait pas fait le plein des grands de ce monde.

L’opération séduction de la Russie avait commencé dans la matinée quand le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, annonçait avoir été libéré. « Je suis de nouveau avec vous après un séjour de 30 jours en détention. Je suis terriblement heureux d’être en liberté », a-t-il écrit sur Twitter. La justice russe l’avait condamné pour avoir organisé une manifestation deux jours avant l’investiture de Vladimir Poutine à un quatrième mandat présidentiel.

Et le football ? La Russie, qui n’avait pas gagné en 2018, est bien partie sur de bons rails avec des buts de Youri Gazinsky (12e minute), Denis Cheryshev (43e minute puis 90e +1), Artem Dzyuba (71e) et Alexander Golovin (90e +4). Maintenant, place au premier choc que la planète foot attend : Portugal-Espagne, vendredi à Sotchi.

Le casting est sublime avec Cristiano Ronaldo, quintuple Ballon d’Or, et le scénario dément : L’Espagne s’est séparée mercredi de son sélectionneur Julen Lopetegui qui a eu la mauvaise idée d’annoncer mardi son départ pour le Real Madrid après le tournoi...

La VAR déboule
C’est Fernando Hierro, ancien défenseur emblématique de la Roja, qui prend les manettes d’une équipe considérée avant ce psychodrame comme un des favoris.

Qui d’autre peut prétendre encore soulever la Coupe du monde le 15 juillet ? Les noms qui reviennent dans la bouche des anciennes vedettes sont le Brésil, l’Allemagne ou encore la France avec sa collection de petits prodiges (Kylian Mbappé, Ousmane Dembélé, Thomas Lemar, etc.).

« Pour moi, je vois deux favoris : le Brésil et la France. En France vous avez de nombreux jeunes talents (...) Mbappé est par exemple un talent incroyable ! (Au) Brésil ils ont Neymar », a ainsi confié à l’AFP Andreï Arshavin, qui avait mené la Russie en demi-finale de l’Euro-2008.

Tous les fans attendent les gestes venus d’ailleurs des Lionel Messi (Argentine), Luis Suarez (Uruguay) ou encore Eden Hazard (Belgique). Et prient pour que Mohamed Salah (Égypte), qui a crevé l’écran cette saison avec Liverpool, puisse jouer après avoir été blessé en finale de la Ligue des champions le 26 mai. Son sélectionneur Hector Cuper est « très optimiste » pour sa présence vendredi contre l’Uruguay.

Les spectateurs — et acteurs du jeu également — ont hâte de voir en action, pour la première fois dans l’histoire de la Coupe du monde, l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR). Réglera-t-elle toutes les contestations ? Sans doute pas après tous les accrocs des tests in vivo en Allemagne et en Italie. Les discussions sans fin ont encore de beaux jours...

Pour la Russie, l’enjeu est ailleurs. Pour s’assurer un Mondial sans couac, le pays a mis le paquet sur les infrastructures, déboursant au total 13 milliards de dollars.

Hooliganisme, racisme...
Mais les autorités russes ont aussi renforcé des mesures de sécurité qui étaient déjà parmi les plus élevées au monde. Premier objectif, lutter contre la menace terroriste alors que le pays est explicitement désigné comme cible par l’organisation djihadiste État islamique (EI), encore plus depuis son intervention armée en Syrie.

Puis, il y a la crainte du hooliganisme : à l’Euro-2016, des centaines de fans russes ont violemment attaqué les supporters anglais à Marseille. Les autorités ont depuis réagi avec fermeté et les supporters russes les plus violents, suivis de près par la police, ont été invités à se faire discrets. Beaucoup ont d’ailleurs assuré qu’ils feraient en sorte cet été de rester éloignés des onze villes hôtes de la compétition.

Reste un problème qui a ressurgi avec plus de virulence au cours des derniers mois : le racisme. Notamment dans les stades où plusieurs joueurs noirs ont été victimes de cris de singe. Enfin, depuis 2010, quand la Russie avait obtenu l’organisation du Mondial-2018, le pays de Vladimir Poutine a été au centre de crispations et crises diplomatiques à répétition avec l’Occident.

Mais ces scandales n’ont pas empêché la tenue de la Coupe du monde : seules la Grande-Bretagne et l’Islande ont ainsi choisi de boycotter diplomatiquement, évitant à la Russie de revivre l’épisode traumatisant des JO-1980 de Moscou, snobés sportivement par plus de 50 pays à l’initiative des États-Unis. Rendez-vous le 15 juillet.

CHERYSHEV SUR UN NUAGE

«Je n’aurais jamais pu rêver quelque chose comme ça», s’est réjoui Denis Cheryshev, le héros du carton de la Russie contre l’Arabie saoudite (5-0), jeudi en ouverture du Mondial-2018 au stade Loujniki de Moscou.

Des débuts sur le banc, une entrée en jeu, et deux buts magnifiques: «Je n’aurais jamais pu rêver quelque chose comme ça. Je me suis senti déjà heureux quand j’ai su que je serai dans les 23 mais je n’aurais jamais pu rêver quelque chose comme ça», a déclaré Cheryshev.

«Je n’ai pas de mots. Je suis heureux qu’on ait gagné, je suis heureux pour l’équipe et ma famille. Ils m’ont supporté pendant ma blessure et ils le méritent. Il ne faut pas s’arrêter là. A n’importe quel moment, si tu te reposes sur tes lauriers, tu peux être sorti», a-t-il ajouté, conscient que le plus dur est encore à venir avec l’Egypte et l’Uruguay, les deux favoris du groupe A.

Alors que la sortie sur blessure d’Alan Dzagoev au profit de Cheryshev (23e) laissait croire à un premier coup dur pour la Russie, l’entrée en jeu de l’ancien ailier du Real Madrid s’est transformée en coaching-gagnant.

Bien décalé par Zobnin, Cheryshev est parvenu d’un magnifique petit piqué à mettre dans le vent les deux défenseurs avant de fusiller le gardien saoudien (43e). «C’est arrivé très vite. La passe était un peu trop courte et j’ai dû jouer comme je l’ai fait. Le défenseur a taclé et j’ai juste pensé à tirer», a-t-il sobrement commenté.

En fin de match, il s’est offert le doublé d’un incroyable extérieur du pied gagnant (90+1).

Au vu de sa prestation, était-il déçu de ne pas avoir été dans le onze titulaire aujourd’hui? «Je respecte toujours la décision de l’entraîneur. Je n’ai pas le droit d’être énervé. Je peux seulement dire que j’étais très heureux d’être dans les 23 et je veux continuer», a répondu l’habituel remplaçant.