Certains étaient heureux au Troquet. D’autres moins. Ce sont les partisans français qui ont eu le dernier mot.

Jubilation dans le Vieux-Hull

C’était bondé de Français en liesse sur les Champs-Élysées pour célébrer la victoire de l’équipe de France en demi-finale de la Coupe du monde mardi.

De l’autre côté de l’Atlantique, plusieurs ressortissants français ont vécu les mêmes émotions dans un resto-bar de Gatineau pendant deux bonnes heures en après-midi.

Des adultes vêtus de maillots de la « FFF » regardaient attentivement l’écran géant du Troquet, mais de jeunes enfants sirotaient également un thé glacé ou un « coca » en espérant une victoire contre la Belgique. La tension était palpable dans la salle. La bière coulait à flots. Les verres de pastis aussi.

Malgré l’excitation du moment, personne n’osait discuter pendant le déroulement du jeu.

« Ça ne sert à rien. Il faut rester concentré », lance Laurence Gillot, née en France, mais attachée de presse du maire Maxime Pedneaud-Jobin depuis cinq ans.

Tant bien que mal, elle essayait de concilier travail et passion, les yeux fixés sur deux écrans : celui du match et celui de son téléphone où elle filtrait ses courriels et ses textos tout en étant branchée sur Skype afin partager le moment avec ses parents à Ancerville dans le nord-est de la France.

« C’est une tradition », dit-elle en demandant à son fils Clément de confirmer ses dires.


« Ça prenait un Belge comme moi contre 25 Français ! »
Le chroniqueur Philippe Wouters

Malgré une première demie intense, c’est toujours l’égalité 0-0 à la pause. Des applaudissements polis se font entendre parmi la foule d’allégeance française.

Intrus

Deux intrus étaient dissimulés dans la foule. Évidemment, c’était deux gars de bière. Notre chroniqueur Philippe Wouters est Belge. Notre ancien collègue au Droit, Jean-François Dugas, s’est naturellement rangé du côté des Diables rouges. Il faut dire qu’il s’est recyclé dans le monde de la bière.

« Les Belges ont ouvert mon appétit pour les micro-brasseries, alors c’est mon équipe aujourd’hui », explique celui racontait des histoires liées à la Ville d’Ottawa avant de quitter Le Droit pour la brasserie Beau’s.

Philippe Wouters n’était pas intimidé même s’il se sentait « seul de sa gang » dans le Vieux-Hull mardi. « J’ai assez une grande gueule pour m’en sortir ! Ça prenait un Belge comme moi contre 25 Français ! Non, mais on s’entend que c’est une belle ambiance. C’est la beauté de suivre la Coupe du monde dans un autre pays. Maintenant, je suis pour la France puisque la Belgique s’en retourne travailler chez elle bien tranquille ! »

Jubilation et euphorie

À la reprise du jeu, c’est la jubilation. Samuel Umtiti place une tête sur un ballon qui va donner la victoire à la France à la 51e minute.

Jamais Laurence Gillot ne sera rassurée. « J’ai été stressée jusqu’à la fin. Les Belges ont poussé fort. »

D’ailleurs, plus le match avance, plus il y a des entraîneurs dans la salle. On commence à crier les consignes aux joueurs comme s’ils pouvaient les entendre. À 10 minutes de la fin, ce sont enfin les premiers chants « allez les Bleus. »

Au coup de sifflet final, c’est l’euphorie. La France accède à sa troisième finale de la Coupe du monde. Sa première depuis 2006. Dimanche, contre l’Angleterre ou la Croatie, elle visera un premier titre mondial depuis 1998.

« Tous les Français se souviennent exactement où ils étaient à deux dates précises. Le 12 juillet 1998 lors de la conquête de la Coupe du monde et le 11 septembre 2001 pendant les attentats terroristes », signale Emmanuel, un employé du Conseil régional de l’environnement et du développement durable de l’Outaouais qui regardait le match avec deux collègues français.

Ce dernier espère maintenant que la date du 15 juillet 2018 sera une autre date mémorable.

« On espère gagner dimanche, sinon on oubliera ! Amenez les Anglos maintenant! C’est une rivalité qui dure », lance-t-il.

Trente minutes après le triomphe, le Troquet était vide. La fête était finie. Tout un contraste avec la scène des Champs-Élysées.