Les joueurs de la Croatie tenteront de vaincre la France pour leur « chef », Iva Olivari, dimanche lors de la grande finale de la Coupe du Monde 2018.

Croatie: au nom de «Tante Iva»

MOSCOU — S’ils écrivent l’histoire, ce sera aussi pour elle. Elle, c’est Iva Olivari, la team manager affectueusement surnommée « Tante Iva » ou avec plus de déférence « la chef » par les joueurs de la sélection de Croatie, opposée à la France dimanche en finale du Mondial 2018.

Car si le chemin vers les sommets du foot mondial a été long pour la sélection au damier depuis la demi-finale 1998, son parcours à elle l’a été plus encore. Et l’avènement de la nouvelle génération des « Vatreni » (« les Flamboyants ») est pour elle aussi une grande victoire personnelle.

Ancienne joueuse de tennis dont la carrière a été brisée par une blessure, elle a rejoint en 1992 la naissante Fédération croate de football (HNS). À 49 ans, c’est en tailleur strict qu’elle apparaît dorénavant fièrement, ses longs cheveux blonds s’écoulant sur les épaules, sur le banc de la sélection croate au sein d’un staff en survêtement.

« Je n’ai pas subi de discrimination, mais évidemment j’ai entendu des choses comme “elle ne devrait pas être là, ce serait mieux si c’était un homme, elle n’y connaît rien au foot…” », raconte-t-elle à l’AFP en assurant d’une voix ferme que ces commentaires ne lui faisaient ni chaud ni froid.

Voyez avec Tante Iva

Ce qui se passe sur le terrain est du ressort du sélectionneur Zlatko Dalic. Pour le reste, voyez avec Tante Iva... ou la chef !

« Les plus jeunes, lorsqu’ils arrivent en sélection sont assez effrayés, ils ne savent pas où ils arrivent et m’appellent “Tante Iva”, explique-t-elle avec un petit sourire. Puis, avec le temps ça devient simplement Iva ».

Parce que c’est bien elle la patronne.

« En tant que manager de l’équipe, je suis la reine des papiers. Je m’occupe de toute l’administration, de la communication avec les adversaires, avec les clubs, des voyages... tout ce qu’il faut pour participer à une compétition », détaille-t-elle.

Cela implique également d’assister le sélectionneur dans le dialogue avec la FIFA. Comme par exemple, l’annonce des changements en cours de jeu, ce que fait également l’Espagnole Silvia Dorschnerova pour la Roja depuis le Mondial 2002.

Olivari, elle, vit sa première Coupe du Monde, un monde du foot qui reste très largement masculin (staffs nationaux, organisation, médias, corps arbitral...) même si, selon les données de la FIFA, dans la majorité des pays d’Amérique du Sud les femmes ont constitué la moitié de l’audience du Mondial 2014 au Brésil.

Victorieuse de Steffi Graf

« J’aimerais voir beaucoup plus de femmes sur et en dehors du gazon. Il n’y a pas qu’en jouant que nous pouvons être représentées : nous pouvons travailler dans les administrations, à la direction de joueurs, aux transferts... », affirme cette mère de deux enfants qui peut s’enorgueillir d’avoir battu la légende allemande du tennis Steffi Graf dans un tournoi de jeunes.

Iva Olivari est devenue une pièce maîtresse de l’organisation de la HNS dirigée par le meilleur buteur du Mondial 1998 Davor Suker, attaquant de la Croatie qui avait décroché la 3e place.

Nommée manager de la sélection après le Mondial 2014, elle a fait ses premiers pas en compétition lors de l’Euro 2016 en France.

« C’est très impressionnant, que tu sois un homme ou une femme », affirme-t-elle.

Cette première expérience s’était terminée dans la tristesse en huitièmes de finale avec le but de Quaresma pour le Portugal futur champion d’Europe.

Mais en Russie, c’est la gloire qu’est venue décrocher la Croatie emmenée par Luka Modric. Et le meneur de jeu du Real Madrid n’a pas manqué d’y associer Tante Iva. C’est dans ses bras qu’il s’est jeté après la difficile qualification pour les quarts de finale arrachée aux tirs au but face au Danemark.

« Je pense que notre moment est venu et que nous allons faire des choses incroyables dans ce Mondial », a-t-elle pronostiqué.

Dimanche en finale contre la France, Tante Iva sera au bord du terrain au plus près de ses gars.