Beaucoup de jeunes Français canadiens se souviennent exactement où ils étaient lors de la finale de la Coupe du monde de 1998.

Ça fait déjà 20 ans

Loana Locatelli avait quatre ans. Elle se trouvait en France, son pays natal, lorsque la première étoile a été gagnée. Naturellement, elle ne conserve aucun souvenir de la Coupe du monde de 1998.

« J’ai appelé ma sœur Maeva, qui est un peu plus vieille que moi. Elle devait avoir une dizaine d’années à l’époque. Elle se souvient surtout des émotions ressenties par notre famille. »

Les sœurs Locatelli ne jouaient pas au soccer, toutes petites. « À l’époque, en France, le foot était surtout un sport masculin », se souvient l’aînée.

Elles ont ironiquement développé une passion pour le sport quand elles ont suivi leurs parents au Canada. Dimanche, elles prendront d’assaut le Vieux-Hull. Elles vivront, avec des dizaines d’autres expatriés, une finale qu’ils ne risquent pas d’oublier de sitôt.

Julian LaBalec sera lui aussi de la partie.

Le jeune homme, qui est arrivé au Canada il y a bientôt deux ans, ressent un peu le mal du pays ces jours-ci.

« L’atmosphère qui règne ici est un peu différent », dit-il, poliment.

« J’avais sept ans, en 1998. Je ne me souviens pas de tous les détails, de tous les buts. Je me souviens par contre très bien de l’ambiance qui régnait à Dijon, là où j’habitais. Tout avait arrêté de respirer. On attendait une seule chose, que le match démarre. J’étais à la maison, avec mon papa. On avait retenu notre souffle toute la journée ! »

« En plus, c’était chez nous. Le tournoi se déroulait en France ! »

En 1998, même s’ils avaient l’avantage du terrain, les Bleus n’étaient pas nécessairement les favoris, en finale. Ils étaient confrontés à la première puissance mondiale de l’époque, le Brésil.

Ce week-end, ce sera différent. Peu de gens s’attendaient à ce que la Croatie élimine l’Angleterre lors de la demi-finale. La petite nation qui compte tout juste quatre millions d’habitants causera toute une surprise si elle l’emporte.

« Moi, je l’avais dit, intervient Loana Locatelli. Personne ne voulait me croire ! Ils n’ont jamais été en finale. Leur dernier match, ils l’ont gagné grâce aux tirs au but. Ils ont vécu la prolongation. Nous, on tout le temps passé dans le temps réglementaire de 90 minutes. Je persiste à croire que nous aurons droit à un très bon dernier match. »

« Tout le monde sera stressé, complète Maeva. Même durant la demi, jusqu’à la toute fin, personne n’était sûr. »

« C’est une Coupe du monde, rappelle Julian LaBalec. L’Espagne, le Brésil et l’Allemagne ont déjà été sortis. Tout peut arriver. C’est du soccer. »

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CANADIENS DE NAISSANCE, CROATES DE COEUR

Marco Samija est né au Canada. Ses parents aussi, d’ailleurs.

Il est aujourd’hui âgé de 22 ans. Il a passé sa vie dans la région d’Ottawa. Il se sent très Canadien.

« Mais j’ai découvert récemment que mes parents nous ont inculqué des valeurs très croates, à mes frères ainsi qu’à moi. Quand nous étions tout petits, dans la maison, on se parlait exclusivement en croate. »

Il s’identifie donc, énormément, au pays de ses ancêtres.

Il va sans dire que le feu brûle encore plus fort ces jours-ci.

« Je regardais ce petit quelque chose, un documentaire d’une douzaine de minutes sur Internet. Ça m’a fait réaliser que cette petite fenêtre de succès apporte beaucoup de visibilité au pays. Dans le documentaire, un vieil homme croate a dit quelque chose qui m’a fait rire. Il pourrait n’avoir que 10 Euros en poche. Sa femme pourrait le quitter. Rien ne pourrait gâcher sa bonne humeur. Et j’ai comme l’impression qu’on se sent un peu tous comme ça, présentement. »

Marco a pris le temps de se rendre à l’église catholique Saint-Léopold, dans le quartier Westboro d’Ottawa, afin de regarder les deux derniers matches de la phase éliminatoire avec des gens de sa communauté.

« Lors de la demi-finale, nous étions une centaine de partisans. On faisait tellement de bruit... J’avais l’impression que nous étions 500 », lance-t-il avec fierté.

Zoran Vranjkovic est du même avis. Ce jeune père de famille d’Ottawa réalise que la Croatie vit un moment unique. « Nous sommes un si petit pays. Le simple fait de se qualifier pour la Coupe du monde devrait nous remplir de fierté », souligne-t-il.

Il garde un beau souvenir du tournoi de 1998, durant lequel son pays avait réussi à terminer sur la troisième marche du podium.

« C’était différent, à l’époque. On venait de sortir d’une guerre. Des gens avaient vécu des choses atroces qu’ils n’auraient jamais du vivre. Ce tournoi a rendu beaucoup de gens heureux. Mais cette fois, c’est différent. Notre équipe de 2018 est bien plus forte. »

M. Vranjkovic a profité de la Coupe du monde pour renouer avec des amis qu’il n’avait pas vu depuis longtemps. Il vit aussi de bons moments avec ses fils Adrijan et Roko, qui sont âgés de 12 et sept ans.

« Nous avons installé des drapeaux sur nos voitures. Les gens nous saluent. Ils nous encouragent avec des petits coups de klaxon. C’est le genre de truc qui stimule la fierté. Je vois que ça fonctionne, surtout chez mon plus jeune. »

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OÙ REGARDER LE MATCH ?

Plus d’un milliard de personnes ont suivi, en direct, la finale de la Coupe du monde de 2014, au Brésil. Les cotes d’écoute pourraient être encore plus élevées, cette année. Dans la région d’Ottawa-Gatineau, quelques rassemblements sont prévus. Voici un survol.

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Pour regarder avec les Français

L’Ambassadrice de France au Canada, Kareen Rispal, invite les ressortissants français à suivre la partie dans les jardins de la Résidence de France, sur la promenade Sussex. On dit que l’événement affiche déjà complet, toutefois. Des jeunes partisans des Bleus ont l’intention de se réunir dans les bars du Vieux-Hull, où leurs amis Canadiens sont les bienvenus. Le Troquet et le Petit Chicago ont présenté plusieurs matches de la Coupe du monde, jusqu’ici.

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Pour regarder avec les Croates

Pas de rassemblements prévus à l’Ambassade. On nous dirige plutôt vers le sous-sol de l’Église catholique Saint-Léopold, dans le secteur Westboro d’Ottawa. Les fans Croates s’y sont réunis à plusieurs occasions, déjà, pour suivre les matches de la Coupe du monde. Mercredi, lors de la demi-finale, des pointes de pizza et des ailes de poulet étaient vendues. On pouvait aussi y déguster la Karlovacko, bière nationale.

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Pour regarder sur un très grand écran

La Place TD est devenue, depuis cinq ans, le théâtre des plus grands rassemblements sportifs à Ottawa. Une nouvelle expérience sera vécue, ce week-end. Jusqu’à 2000 personnes pourront s’installer sur la pelouse synthétique du stade, à compter de 10 h 30, pour suivre le match en direct sur l’écran géant. Des joueurs du Fury d’Ottawa seront place. Différentes activités ont été planifiées pour les enfants. Les billets sont en vente au coût de 10 $.

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Pour regarder en terrain neutre

Pas de grand secrets, ici. Les restaurants et bars sportifs qui sont ouverts sur l’heure du midi et qui présentent des événements sportifs sur écran géant seront branchés sur la Coupe du monde. La Cage - Brasserie sportive de Gatineau acceptait vendredi les réservations. À Ottawa, dans le marché By, le mythique pub irlandais a l’habitude d’organiser de beaux partys lors des grands matches de foot...