L'entraîneur de l'équipe allemande Joachim Löw fait face à une situation de crise alors que son équipe pourrait être éliminée dès son prochain match.

Allemagne: Löw, au bord du précipice

MOSCOU — Jamais depuis des décennies l’Allemagne n’avait été menacée d’une élimination d’un Mondial dès le deuxième match, et son sélectionneur « Jogi » Löw, icône depuis le titre de 2014, n’a jamais non plus été aussi près de tomber de son piédestal.

Mercredi, lors de la conférence de presse quotidienne de la Mannschaft, un journaliste allemand a demandé si une défaite samedi contre la Suède, qui pourrait précipiter l’élimination, « remettrait en question tout le travail effectué depuis 14 ans », d’abord par Jürgen Klinsmann puis par Joachim Löw après 2006 !

Oliver Bierhoff, le manager de l’équipe, a fait mine de ne pas comprendre. Mais la question traduit bien le désarroi d’un pays qui ne reconnaît plus son « Jogi » (prononcer Yogi), tant porté aux nues depuis des années, à la fois pour son titre mondial et pour la qualité du football qu’il propose.

Jeudi, un sondage publié sur le web allemand montrait que 67,3 % des fans de football, soit plus de deux sur trois, estiment que sa composition d’équipe contre le Mexique était « plutôt mauvaise » ou « clairement mauvaise ».

Et les commentateurs remettent sur la table depuis trois jours ce que certains appellent son « entêtement » à s’appuyer toujours sur le même noyau de joueurs : ses « titulaires indiscutables » Mesut Özil, Sami Khedira ou Jérôme Boateng ont particulièrement été critiqués après le Mexique.

« Ca ne m’atteint plus »

À la lumière de la défaite, cette loyauté envers ses vieux grognards semble désormais en contradiction avec le discours qu’il martèle depuis des mois : « Au Mondial, a-t-il répété à plusieurs reprises, le passé et les titres ne compteront pas, seule la forme et la performance seront prises en compte ».

Samedi soir, encore sous le choc du résultat, il a voulu prendre les devants : « Nous n’allons pas jeter notre plan aux orties, il n’en est pas question », a-t-il lancé.

Depuis, les médias allemands s’interrogent ? À 58 ans, est-il encore capable de gérer une semblable situation de crise ? De se remettre suffisamment en question ?

« Jogi se voit comme un entraîneur champion du monde et vit dans son propre monde », dit de lui quelqu’un qui le connaît bien, sous couvert de l’anonymat. Löw lui-même, avec la sérénité que donne le succès, avoue qu’il est beaucoup moins sensible à la critique. « Ca ne m’atteint plus », disait-il récemment dans une interview.

Catastrophe nationale

« Löw a maintenant une chose à faire : rallumer le feu », conseille ainsi Thomas Baschab, coach mental spécialiste des sportifs de haut niveau : « Evidemment il faut corriger les erreurs tactiques, mais ce n’est pas l’essentiel. Le plus important est de convaincre les joueurs qu’à partir de maintenant, ça dépend d’eux. L’équipe a besoin d’un motivateur, comme l’était Jürgen Klinsmann en 2006 ».

« Les champions du monde vont-ils entrer sur le terrain plus déterminés et prêts au combat que contre le Mexique ? Cela dépend aussi de la réaction de Löw », prévient jeudi le magazine Kicker, la Bible du football allemand.

Dans les minutes qui ont suivi le 0-1 contre le Mexique, le sélectionneur a immédiatement endossé son costume de gestionnaire de crise : « Il n’y a aucune raison de s’effondrer, a-t-il dit, notre équipe a suffisamment d’expérience pour surmonter cette défaite ».