Arrivée mouvementée lundi quand le Belge Wout van Aert de l’équipe Jumbo-Visma a remporté la 10e étape, à Albi. Julian Alaphilippe a confirmé son maillot jaune.

Coup de maître d’Ineos au Tour de France

ALBI — Arrivée de feu à Albi : le Belge Wout van Aert a enlevé jeudi la 10e étape du Tour de France et Julian Alaphilippe a conforté son maillot jaune aux dépens de Thibaut Pinot, l’une des grandes victimes d’un final mouvementé.

Vent de côté aidant, le piège du «coup de bordure» s’est refermé sur Pinot et consorts, le Danois Jakob Fuglsang, le Colombien Rigoberto Uran et l’Australien Richie Porte. Pour un bilan très lourd : 100 secondes exactement, un passif très élevé dans une étape de plaine promise aux sprinteurs que l’équipe Ineos du Gallois Geraint Thomas a utilisée au mieux, à la veille de la journée de repos.

Le désarroi de Pinot, au bord des larmes à l’arrivée, en témoigne. «Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise? C’est une journée de merde», a dit le Français aux journalistes.

D’autres coureurs bien placés à la fin de la première semaine ont perdu sensiblement plus. Le Néo-Zélandais George Bennett, qui occupait la quatrième place au départ de Saint-Flour, a lâché prise.

Le plus malheureux, peut-être? Mikel Landa. L’Espagnol figurait à l’avant de la course, avec Nairo Quintana et quatre autres équipiers, quand il a chuté après avoir touché une roue à 19 kilomètres de l’arrivée. La perte s’est élevée à plus de deux minutes.

Dans la campagne du Tarn, sous un beau soleil estival, la formation de Thomas, qui s’est appuyé sur de solides rouleurs (Rowe, Moscon, van Baarle), a réussi un coup de maître. Thomas a grimpé à la deuxième place, à 1 min 12 s d’Alaphilippe, et Bernal à la troisième, à 1 min 16 s. «C’est comme si on avait marqué un but», s’est félicité son patron Dave Brailsford. «Il est rare de prendre autant de temps à autant d’adversaires du classement.»

Derrière l’échappée matinale (Gallopin, Berhane, Turgis, Würtz, Eiking, Schär), une première alerte avait secoué le peloton à 64 kilomètres d’Albi, à l’initiative déjà de l’équipe Ineos.

Mais tout était rentré dans l’ordre avant qu’une cassure se produise à 38 kilomètres de l’arrivée, sous l’impulsion des Deceuninck d’Alaphilippe. Le maillot jaune lui-même a mis un temps la main à la pâte.

«Nous savions que cela allait arriver, mais quand ils sont passés à l’action sur le côté gauche, j’étais le dernier gars à ne pas suivre. C’était juste une histoire de puissance», a expliqué Porte, désormais pointé à près de trois minutes de Thomas. Fuglsang, lui, affiche un passif supérieur à deux minutes sur le Gallois.

Alaphilippe: un demi-tour en tête

«On avait le double objectif de protéger le maillot et Elia Viviani dans le final», a jubilé Alaphilippe. «On savait qu’il y avait des risques de bordure avec le vent de côté, et donc beaucoup de stress dans le peloton. Tout le monde sait que quand il y a vent de côté, tout le monde veut être devant au même moment. Mais les routes font trois mètres de large et 100 coureurs devant, ce n’est pas possible.»

Au prix d’un effort total de leurs équipiers, le groupe de Pinot, Fuglsang et Uran s’est rapproché à une douzaine de secondes à l’entrée des 20 derniers kilomètres. Mais il n’a pu faire la jonction et l’écart a logiquement grandi, en raison du travail de l’équipe Ineos relayée pour finir par les équipiers des sprinteurs.

«Je n’ai pas vraiment pensé au classement général, j’étais content d’être devant», a commenté le porteur du maillot jaune, qui boucle la première moitié du Tour en tête (1804 km). Mais, rappelle-t-il, les deux grands massifs, Pyrénées et Alpes, sont encore à l’horizon.

«Je vais défendre le maillot au maximum», a annoncé le Français. «Mais mes plans pour le classement général n’ont pas changé. Ce n’est pas parce que je l’ai maintenant que j’ai des chances de gagner le Tour de France. Le plus dur reste à venir.»


« Il est rare de prendre autant de temps à autant d’adversaires du classement »
Dave Brailsford, patron d’Ineos

Pour le gain de l’étape, au terme des 217,5 kilomètres, van Aert a devancé d’extrême justesse l’Italien Elia Viviani. Le jeune Belge (24 ans), triple champion du monde de cyclocross par le passé, a réussi ainsi ses grands débuts dans le Tour, dans la continuité de ses deux succès d’étape au Dauphiné.

Van Aert a apporté un quatrième succès à l’équipe Jumbo, déjà satisfaite par la réussite de ses deux autres sprinteurs (Teunissen, Groenewegen) et la victoire dans le contre-la-montre par équipes.

«C’est ma plus grande victoire», a souri le Belge, promis à une grande carrière.

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«NOUS NOUS SOMMES FAIT PIÉGER» — HOULE

Geraint Thomas (Ineos) a pu s’appuyer sur le travail de ses coéquipiers pour grimper à la deuxième place, à 1 min 12 s du maillot jaune Julian Alaphilippe.

Leur meneur Jakob Fuglsang a d’ailleurs reculé au classement général et l’écart s’est creusé entre le détenteur du maillot jaune Julian Alaphilippe (Deceuninck-Quick Step) et lui.

«Ça n’a pas été une bonne journée pour nous. Dans la montée finale, il y a eu du vent de côté alors que nous étions bien placés. Nous avions un point de ravitaillement dans un faux plat montant. Il y a eu un coup de bordure qui est parti subitement en haut de la bosse. Un gars a vraiment accéléré très vite, ce qui a fait des cassures dans le peloton et notre leader n’a pas réussi à revenir dans le groupe de 20 coureurs qui était devant», a fait savoir Houle.

Selon l’athlète de 28 ans, le retard pris par Fuglsang au classement général ajoutera de la pression à l’équipe pour la suite de la Grande Boucle. «Il a perdu 1 minute 40 secondes au général, ce qui n’est vraiment, mais vraiment pas une bonne nouvelle. C’est un peu un échec pour nous aujourd’hui. D’autres leaders ont aussi perdu du temps, mais nous ne pouvons pas laisser 1 minute 40 secondes à des meneurs comme Ineos. Nous n’avons pas été bons, nous avons été inattentifs à un moment et nous nous sommes fait piéger.»

Houle a indiqué qu’il s’agit d’une erreur qui aurait pu être évitée puisque ce n’est pas une question de talent. Il s’est d’ailleurs dit très déçu, car ses coéquipiers et lui avaient bien couru jusqu’à ce moment.

Les bidons

«Nous étions tous assoiffés et avons priorisé les bidons, mais nous avons oublié que nous devions rester aux avant-postes pour ne pas nous retrouver derrière. Nous avons seulement une trentaine de secondes pour réagir dans ces moments, ça va tellement vite à 60-70 km/h que tu ne remontes plus comme tu veux.»

Chez Astana, le Kazakh Alexey Lutsenko (50e) et le Danois Jakob Fuglsang (51e) ont tous deux terminé à 1 minute 40 secondes du cycliste le plus rapide du jour dans un peloton de 10 participants. Hugo Houle a rallié l’arrivée au 129e échelon, dans un groupe de 84 hommes, avec un retard de 9 minutes 41 secondes sur Van Aert. Le Français Julian Alaphilippe est en tête du classement général avec une avance de 1 minute 12 secondes sur le Britannique Thomas Geraint (INEOS). Fuglsang (+ 3 minutes 22 secondes) a chuté de neuf rangs et pointe maintenant en 16e place, alors que Houle est descendu en 113e place. Le Canadien Michael Woods (EF Education First) est 43e.

«Le vrai party commence»

Les participants à la Grande Boucle auront une journée de congé mardi avant de reprendre l’action mercredi, pour la 11e étape longue de 167 kilomètres reliant Albi à Toulouse. «Ça va faire du bien à l’organisme de récupérer! Ça fait 10 jours que nous roulons très fort. Nous allons faire un petit deux heures de vélo, massage et faire le plein d’énergie pour les cinq jours qui vont suivre. Mercredi, l’étape devrait être un peu plus tranquille», a expliqué le Québécois. D’ici à la 21e et dernière étape qui se conclura sur les Champs-Élysées le dimanche 28 juillet, les cyclistes ont encore plusieurs défis à relever avant de pouvoir crier victoire. «Le vrai party commence, comme on dit. Jusqu’à la fin du Tour, il y a de grosses montées pratiquement tous les jours et un contre-la-montre individuel vendredi. Ça va être important d’être en forme!» a conclu Hugo Houle.  Sportcom

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UNE BELLE JOURNÉE POUR ALAPHILIPPE

Julian Alaphilippe, de l’équipe Deceuninck et porteur du maillot jaune, juge que la concentration de l’équipe lui a permis de rester dans la course. «On savait que ça allait être nerveux et ça a été le cas toute la journée. On est restés concentrés, on savait à quel kilomètre il y avait des risques de bordure, donc on a fait le maximum. On avait le double objectif de protéger le maillot et de placer Elia [Viviani] pour le sprint, donc c’est parfait, on n’est pas passé loin de la victoire. Une belle journée!

«Au moment de la cassure, il y avait beaucoup de tension dans le peloton. J’étais bien placé, l’équipe Education First a tenté un coup juste avant, j’ai vu que ça faisait mal à tout le monde. Juste après leur effort, c’était à nous de tenter le coup. Mais l’objectif n’était pas de creuser l’écart sur les autres favoris. Je suis super content d’avoir encore le maillot jaune pour la journée de repos et l’étape suivante, ça ne change rien à mes plans. Ce n’est pas parce que je l’ai maintenant que j’ai des chances de gagner le Tour de France.»

Peter Sagan (Bora), cinquième de l’étape et maillot vert, était également satisfait de sa journée. «Nous avons fait du bon travail. “Emu” [Emanuel Buchmann] et Patrick [Konrad] ont terminé dans le groupe de tête et ont gagné du temps. Comme prévu, le sprint était rapide. C’était un peu tendu mais, entre la cinquième place et le sprint intermédiaire, cela maintient mon avance au classement par points.»

Son coéquipier Emanuel Buchmann, cinquième du classement général, a quant à lui tenu à remercier ses coéquipiers. «Un grand merci à tous mes équipiers, ils ont fait un travail formidable aujourd’hui. Ils ont toujours gardé un œil sur moi et Patrick [Konrad, 12e au classement général]. J’ai pu gagner un peu de temps sur plusieurs des principaux candidats au classement général mais il faut rester très prudent. La vraie bataille commencera à la fin de la semaine.»  AFP